‹ Retraites pascales (volume 5)Chapitre 39 sur 90 · Gen., cap. n · texte numérisé non relu

Gen., cap. n

Nous avons admiré, clans le cours de notre exposition dogmatique, la beauté du corps humain : beauté de structure, de fonctions et de physionomie. C'est le chef-d'œuvre de la nature; on y reconnaît la main divine qui l'a pétri. Il a été créé le dernier, après tous les vivants qui peuplent le globe ; mais Dieu le voyait avant eux, parce qu'il est le plus beau, et toutes les beautés du monde inférieur étaient copiées sur la sienne '.

Eh bien, voyez comme la mort traite ce chefd'œuvre. En quelques heures, elle en fait un cadavre, en quelques jours ce cadavre devient un objet repoussant et malsain qu'on ne peut plus supporter. — « Enlevez cela, » dit la loi. —Et si l'on vous montrait cela après quelques semaines de tombeau, vous verriez apparaître une tête découronnée, un front ravagé, des orbites vides, des

l. Cl. Exposition du dogme catholique, dix-septième conférence : La beauté et la grandeur de V homme.

lèvres rongées, une bouche dépeuplée : une chose horrible qu'on n'ose plus nommer. — C'est ainsi que la mort triomphe de la beauté du corps. Mais le péché, père de la mort, est bien autrement terrible dans son triomphe sur la beauté de lame.

Nous ne la voyons pas cette beauté, ou plutôt nous ne la voyons que dans la lumière affaiblie de ses manifestations dont la chair est l'instrument. La pureté d'un front limpide, le doux et vif éclat des yeux, les jeux de la physionomie, et surtout l'harmonieuse musique de la parole nous révèlent quelque chose de l'immortel espritqui nous anime. C'est d'après ces témoignages, si facilement trompeurs, que nous disons d'un de nos semblables : Cet homme a une belle âme. Mais cette âme nous ne la voyons pas! Si Dieu eût permis à l'âme de se voir elle-même, elle eût été ravie, et peut-être que dans son ravissement elle eût oublié le grossier compagnon de sa vie. Dieu, qui fait bien les choses, n'a pas accordé à notre âme l'intelligibilité par laquelle un esprit se voit lui-même ; cependant il n'a pas voulu qu'elle ignorât sa beauté , et puisqu'il la connaît, puisqu'il la voit, il nous l'a révélée. C'est dans la parole de Dieu que l'âme se con-

temple, plus sûrement que dans ses propres manifestations.

Écoutez, Messieurs, ce que Dieu dit de l'âme humaine, par la bouche de ceux qu'il a inspirés. — Il la compare aux jardins de la cité sainte, aux lleurs immaculées qui réjouissent une terre féconde, aux eaux limpides dont la transparence nous renvoie les magnificences du ciel et de la terre, à l'azur étoile du firmament, à l'astre mystérieux qui reflète les rayons du soleil, à tout ce qui dans la nature nous rappelle quelque chose des perfections éternelles. Le langage des Livres Saints est plein de noms symboliques qui expriment, à leur manière, la beauté del'âme humaine. Mais il est un nom devant lequel tous les symboles s'évanouissent: Dieu appelle notre âme son amie. Or, Dieu n'aime que lui-même, non par égoïsme, mais par nécessité. S'il aime autre que lui, c'est que cet autre est par quelque endroit l'expression de son être et de sa vie ; c'est qu'il s'y rencontre et qu'en l'aimant il peut s'aimer lui-même, ou, ce qui est mieux, l'aimer en s'aimant lui-même. Dieu se rencontre donc dans notre âme ? Eh oui, Messieurs. Il est esprit, et il y voit un esprit ; il est immortel, et il y voit l'immortalité; il est intelligence, et il y

voit l'intelligence ; il est libre, et il y voit la liberté ; il est ordre, proportion, harmonie et ilyvoit l'ordre, la proportion, l'harmonie, — la beauté. — Mais ces perfections naturelles # ne sont qu'une lointaine image de l'être et de la vie de Dieu. Dieu voit plus et mieux que cela dans notre âme, il y voit sa grâce, c'est-à-dire sa propre vie, sa semence sacrée, son Verbe, la pourpre du sang de Jésus- Christ, les dons de son Esprit. Il peut se pencher avec amour sur notre âme et lui dire : Tu es mon amie, ma toute belle amie. En toi je contemple mon infinie bonté; « aime-moi, je te le rendrai : Ego diligentes vie diligo1. » — Ne demandez plus à voir votre âme, Messieurs, vous la voyez dans la parole de Dieu qui vous la révèle. Les chastes embrassements de l'amitié divine nous font plus beaux et plus glorieux que tous les dons de la nature.

Hélas! charmes de la nature, dons de la grâce, embrassements de l'amitié divine, gloire et beauté de l'âme, le péché détruit tout cela. S'il ne peut entamer notre essence même, il met cependant la mort là où tout à l'heure était la vie. Nous^lui

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