I. Cor., cap. vu
mourront, mais leur âme libre et tranquille passera sans regrets trop amers de l'exil à la patrie. Ils verront venir à eux l'ennemie du genre humain, mais ils l'accueilleront avec un sourire parce qu'elle n'aura rien à leur prendre.
Avec le caractère déjà si tragique de la séparation, le péché donne à la mort qu'il enfante le caractère plus tragique encore de la surprise. C'est le résultat de la souveraine indépendance que Dieu a reprise depuis notre révolte. En conservant l'innocence de notre origine, nous l'obligions à prolonger éternellement nos jours ; mais le péché ayant rompu le céleste contrat de notre immortalité, le bon plaisir de Dieu demeure suspendu sur nos têtes. Quand il voudra, nous serons séparés, nous mourrons. Sera-ce dans quelques années, dans quelques mois, dans quelques jours, dans quelques heures? — Nous n'en savons rien.
Dans le fait, ce sera bientôt. Car, hélas! qu'estce que la vie de l'homme ? Une frêle vapeur que
le vent emporte; un fantôme qui ne fait que paraître ; une fleur qui, la plupart du temps, se flétrit avant qu'elle ait porté son fruit. — « Brèves dies hominis sunt : les jours de l'homme sont courts; et le nombre des mois qu'il doit remplir en ce monde Dieu seul le connaît : Et numerus mensium ejus apud te est1. »
Nous savons tous cela, Messieurs. Le décret vengeur qui nous condamne est écrit dans notre nature, mieux encore que dans les livres. Lorsque nous nous interrogeons nous-mêmes , nous recevons dans nos langueurs, nos infirmités, nos défaillances, la marche chancelante de notre vie, une réponse de mort : Et ipsi in nobismetipsis responsum raortis habemus "2. Loin de suivre régulièrement les phases d'une vie humaine, jusqu'à ce que toutes les évolutions y soient accomplies, la mort prend, dans l'immense majorité de ses victimes, le caractère funeste d'un accident. Si bien, dit un savant physiologiste : « que la cessation de notre vie amenée par la seule vieillesse est devenue une espèce de phénomène 3. » Nous