Jerem., cap. xxxi
LA DERNIÈTIE HEURE. 205
il est possible aussi, il est même probable que, lassé par leurs mépris obstinés, Dieu dédaigne les restes d'une vie souillée qu'ils se proposent de lui offrir, et les laisse sous le coup de cette malédiction prophétique : « Malheur à vous, qui méprisez, ne serez-YOïis pas méprisés à votre tour? Va? qui spernis, nonne et ipse sperneris ' ? » Il est possible, il est même plus probable, que « la dureté et l'impénitence des misérables retardataires qui ont compté sur la dernière heure amassera contre eux des trésors de colère : Secundum duritiam tuam , et impœnitens' cor thesaurizas tibi iram~. »
Ils sentiront donc la mort approcher, et ils voudront se convertir, mais la grâce leur faisant défaut, ils chercheront en vain au fond de leur cœur, déshabitué de la componction, les sentiments à la fois tendres et violents qui fléchissent la justice de Dieu. Ils la verront se dresser devant eux cette perfection redoutable; ils l'entendront réclamer contre les abus qu'ils ont faits de la miséricorde. Leurs fautes, si longtemps oubliées, se
\. lsaï., cap. xxxiii, 1.
•?. Rom., cap. n, 5.
présenteront toutes à la fois à leur mémoire ; ils seront épouvantés de leur nombre et de leur gravité; ils se demanderont, avec angoisse, s'il est possible de réparer en quelques instants les désordres de tout une vie ; et, le démon aidant, ils finiront par perdre toute confiance en la suprême miséricorde de Dieu et pousseront ce cri désespéré : « J'ai trop péché pour que Dieu me pardonne : Major est iniquitas mea quam ut veniam merear1. » On a vu, Messieurs, on voit encore ces désespoirs de la dernière heure, non seulement dans l'âme de ceux qui font profession d'impiété, mais dans Pâme de ceux qui s'étaient promis de clore leur vie de péché par la pénitence.
Cependant ces fins violentes ne sont pas le châtiment commun de ceux qui comptent sur les derniers moments pour se convertir ; leur châtiment commun c'est fillusion. L'absence de la grâce ne leur laisse pour revenir à Dieu que les forces amoindries de la nature, et la nature, abandonnée à elle-même, ne peut produire qu'une fausse pénitence.
Un vrai pénitent doit au moins vivifier son re-