I. Cor., cap. xv
4. Delens quod adversus nos erat ehirographum décret^ quod erat contrarium nobis. et ipsum tulit de medio affigens illud cruci. (Col., cap. n. 14.)
l'offense faite à sa majesté et le désordre introduit par le péché dans l'harmonieux équilibre des facultés humaines. Même dans l'état surnaturel, nous pouvons supposer que Dieu, cédant de son droit de justice, fait prévaloir sa miséricorde, se contente d'une satisfaction amoindrie et détruit directement le péché par un pardon immédiatement suivi de sa grâce. Mais il ne nous est pas permis de tenir compte des suppositions devant la volonté manifeste de Dieu. Or, la volonté manifeste de Dieu,. c'est que sa justice soit satisfaite à l'égal de ses autres perfections, et que le péché ne soit détruit que par une réparation équivalant à l'outrage que reçoit sa très sainte majesté.
La créature qui pèche est finie, c'est vrai ; mais Dieu a tant fait pour elle qu'il y a dans ses prévarications une monstrueuse ingratitude, jointe à cette cruelle et exécrable malice qui, selon la pensée de saint Bernard, voudrait avoir raison de la puissance, de la justice et de la sagesse divines l. La cause du péché est finie, c'est vrai ; « mais, dit saint Thomas, il prend de la perfection à laquelle
1. Crudelis plane et omnino execranda malitia. qure Dei potentiam justitiam. sapientiam perire desiderat. (3erm. III, De resurrectione.)
il s'adresse une sorte d'infinité, et ne peut être réparé dignement que par une expiation d'une vertu infinie1. * Ni l'ange, ni l'homme ne peuvent fournir cette expiation ; une mort divine devient notre unique ressource dès qu'il est certain que Dieu veut trouver dans la réparation du péché la mesure de son être2.
Cette mort divine vous l'avez aujourd'hui sous les yeux, Messieurs. Ce n'est pas seulement pour anoblir la création que le Verbe de Dieu a pris notre chair, ni pour satisfaire ce mystérieux besoin de rapprochement qui tourmentait l'humanité, hantée par les souvenirs de l'Eden. Il a voulu se donner le pouvoir de mourir, pour détruire le péché, père de la mort. Et voyez comment il s'y prend. Dans les profondeurs de l'éternité il dit à Dieu : « Dieu souverain, Dieu juste, vous n'êtes
1. Peccatum contra Deum commissum, quamdam infinitatem habet, ex infinitate divinre majestatis; tanto enim offensa est major, quanto major est ille in quem delinquitur. Unde oportuit ad condignam satisfactionem, ut actus satisfactionis haberet efficaciam infinitam utpote et Dei et hominis existentem. [Summ. Theol., III. P., qusest. i, a, 2. ad 2.)
2. Tantum fuit peccatum nostrum, ut salvari non possemus aliquando, nisi unigenitus Filius Dei moreretur pro nobis. (S. Ambros., in cap. ix, ad Ilebr.i
pas content des oblations et des hosties que vous présente le genre humain, donnez-moi un corps. » Il aurait droit à un corps glorieux, impassible, immortel, mais voulant rendre à la majesté de Dieu et à sa justice infinie le suprême honneur de la souffrance et la mort, il accepte un corps infirme; et dans ce corps infirme il s'écrie : « Me voici, je viens : Ecce venio. »
Il est l'innocence et la sainteté même, mais pour que le péché reçoive en sa personne sacrée les coups que veut lui porter la justice divine, afin de le détruire, il en prend la responsabilité. Il se laisse charger par Dieu de toutes les iniquités du genre humain * Posuit in eo iniquitatem omnium nostrum1. » Répondant des pécheurs, il prend aux yeux de Dieu l'aspect d'un pécheur universel : « In similitudinem carnis peccatis*. » Dieu voit en lui comme le péché vivant, selon la vigoureuse pensée de saint Paul : « Eum qui non noverat peccatum, pro nobis peccatum fecit3, » Et pénétrée de l'horreur que l'iniquité inspire à la sainteté divine, sa chair sacrée devient, à notre