Matth., c. X, 3G
Les plus grands ennemis de l'homme sont ceux qui l'approchent de plus près. » Et, parce que personne n'approche de plus près l'homme que luimême, son plus grand ennemi c'est lui-même.
Comment cela, Messieurs? Vous le saurez bientôt, si vous voulez jeter un regard sur votre nature. Vous la verrez ouverte, par un côté, aux influences du Lien: toute prête, par un autre côté, à recevoir les influences du mal. Vous apprendrez que les ennemis du dehors ne sont que les causes incomplètes de nos chutes et de nos déshonneurs, et qu'il faut compter encore avec les complices du dedans. Ces complices, qui préparent trop souvent aux tentatives de l'enfer et du monde un facile triomphe, vous les avez devinés et nommés : ce sont les passions.
Tout un monde s'ouvre devant nous ; vous comprenez bien qu'il m'est impossible de l'explorer. Je ne dirai donc rien ni des innombrables manifestations des passions, ni de leur tyrannie, ni de leurs ravages, ni des remèdes spécifiques qui leur conviennent. Il suffit à mon dessein de vous faire connaitre leur nature, les principes de leur révolte et de leur corruption, les remèdes généraux par le moyen desquels nous pouvons
atténuer cette cause intime et personnelle de nos fautes.
Je ne puis, Messieurs, dire la nature des passions sans les définir, et je vous avoue que ce n'est pas pour moi un petit embarras. La plupart du temps, on ne prend garde qu'à l'effet des passions, sans tenir compte de leur siège dans la nature humaine et de leur mouvement original. Elles ne sont plus alors, pour les moralistes, que des langueurs de l'âme, des maladies du cœur, des perturbations de la nature, la source de nos misères morales et de nos infortunes. Ainsi les définissaient les stoïciens \ dont les idées sombres et chagrines ont passé, sans contrôle, dans nos livres de morale chrétienne.
J'aime mieux la doctrine plus profonde et plus"