‹ Retraites pascalesChapitre 4 sur 98 · Bossuet, Sermon sur les démons · texte numérisé non relu

Bossuet, Sermon sur les démons

ce n'est pas un principe. Il nous hait, mais il ne peut nous faire violence ; il nous tente, mais il ne peut nous prendre d'assaut que nous n'ayons consenti à son triomphe. Pourquoi donc tant de peuples se sont-ils abandonnés à lui? Pourquoi lui ont-ils dressé des autels? Pourquoi Font-ils adoré à l'égal de Dieu par prières et sacrifices? Manquaient-ils de philosophes pour les éclairer? — Non, Messieurs. — N'y avait-il pas au milieu d'eux des esprits indépendants, agréables railleurs qui se donnent la mission d'enfoncer l'arme du ridicule au ventre de toute superstition ? — Il y en avait : cette race est vieille et immortelle comme l'orgueil humain. Mais ni philosophes, ni railleurs n'ont détruit l'universelle croyance aux esprits, ni empêché qu'elle ne s'égarât.

Pendant qu'ils laissaient s'éteindre les lumières de la révélation, les peuples ont été séduits par les manifestations de la puissance de Satan; ils ont admiré ses œuvres qui excédaient leur connaissance et leur pouvoir^ Oublieux et ingrats à l'égard de Dieu qui remjDlit le monde de ses bien-

1 . Dœmones possunt facere miracula, quse scilicet homines mirantur , in quantum eorum facultatem et cognitionem excedunt. {Summ. Theol., I P., qusest. 114, a. 4.)

faits, ils Font banni de leurs temples et de leurs autels, et remplace par l'esprit malfaisant dont les prestiges contentaient, à la fois, leur malsaine curiosité et leurs criminelles convoitises. Le prophète a pu dire : « Tous les dieux des peuples sont des démons: Omnes dii gentium dsemonia^ ».

Ce n'est point ici le lieu. Messieurs, de discuter les prestiges diaboliques^. Que vous les acceptiez, que vous ne les acceptiez pas, il n'en reste pas moins acquis a l'histoire qu'une tradition perpétuelle et universelle confirme les pres.sentiments et les conjectures de la raison, touchant l'existence et le pouvoir d'un mauvais esprit. Ces deux autorités suffisent, ce me semble, pour nous déterminer à nous incliner avec respect devant les enseignements de l'Ecriture et de l'Eglise, règles de notre foi.

Or, l'Ecriture nous raconte les orgueilleuses prétentions de Lucifer, ses combats et sa chute ^ Elle l'appelle celui qui a été précipité, diabolus^

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