‹ Retraites pascalesChapitre 67 sur 98 · Malth.; cap. xxiv · texte numérisé non relu

Malth.; cap. xxiv

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de notre derjiier jour, sont les progrès merveilleux de la science et les prodigieux travaux de la critique. A les entendre, on dirait qu'un nouveau fiât lux a été prononcé sur le monde et sur l'histoire ; que les ténèbres, au milieu desquelles s'est développée la foi de dix-huit siècles, vont se dissiper comme par enchantement ; qu'on va voir clair, enfin, dans les dogmes surannés que l'ignorance et le fanatisme ont enfantés.

Dieu, s'il existe, n'est pas tel que nous le rêvons : un être personnel, préoccupé de nos destinées et de nos agissements, entrant en rapport avec sa créature, s'efforçant de l'ébahir, à la manière des bateleurs, par do prétendus miracles, pour lui faire accepter des révélations. Par conséquent, tout le système religieux qui repose sur le dogme d'une incarnation divine, s'écroule.

C'est le droit, aussi bien que le devoir de la science, arrivée à sa complète maturité, d'expliquer humainement ce Christ, dont l'imagination mal réglée des générations inexpérimentées a tant abusé. — Là-dessus, Messieurs, les prophètes de la raison se livrent à de stupéfiantes et interminables débauches d'interprétations. Chacun croit avoir trouvé le vrai Christ, et l'on entend leurs

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voix discordantes s'écrier : « Christus hic. Christus illic. Le Christ est ici. Le Christ est là.)) Le Christ! c'est un sectaire révolté contre la loi de Moïse, un séditieux, un perturbateur, un blasphémateur, un sacrilège justement condamné par les sages de sa nation, justement appelé aujourd'hui au tribunal de la raison pour rendre compte de son œuvre néfaste.

Le Christ! c'est un rêveur, dont l'imagination exaltée s'est égarée dans un monde mystique, jusqu'à s'identifier avec la divinité.

Le Christ! c'est un délicieux moraliste, un sage qui a fait faire à son espèce le plus grand pas vers le divin; un Socrate, victime de sa généreuse audace, comme tous les grands réformateurs.

Le Christ! c'est le démocrate socialiste préludant au triomphe des masses populaires sur les castes privilégiées.

Le Christ! c'est la personnification d'une ambition nationale vivement surrexitée par des promesses énigmatiques.

Le Christ! c'est la compilation savante des idées platoniciennes ou des rêveries du Zend- Avesta.

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Le Christ ! c'est un symbole représentant l'incarnation de l'infini dans le fini.

Le Christ! c'est l'humanité dans son immense et imposante collectivité.

Le Christ ! c'est la nature humaine ramenée à sa conception idéale.

Le Christ! c'est tout, hormis l'homme-Dieu ^ J'ai pu, Messieurs, vous présenter sans danger, au cours de mes conférences, les Christs de la raison ; mais, ce serait à vos risques et périls que vous iriez les chercher vous-mêmes, dans les ceuvres des faux prophètes, où les entassements de citations, les suppressions habiles, les rapprochements perfides, les commentaires outrés, les hypothèses impudentes, et quelquefois aussi les charmes du style conspirent pour séduire.

Si vous avez lu ces œuvres, permettez-moi de vous dire, Messieurs, que vous avez été, tout ensemble, souverainement imprudents et injustes. Votre mémoire, presque vide des religieux enseignements qui avaient formé la foi dans vos âmes, votre foi, âprement combattue, peut-être mortellement blessée par vos passions, avaient

1. Voyez : Exposition du dogme catholique. Trentesixième conférence : Les faux christs, 1*^® partie. ■

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certes besoin d'une autre lecture. — Mais, le bruit qui se fait autour des livres à scandale, les révélations que promettent ces livres ont alléché je ne sais quelle curiosité malsaine, toujours à l'affût des contradictions et des étrangetés. — Vous avez lu ; quelle imprudence ! Et comme vous en avez promptement recueilli les fruits ! Le vain étalage d'érudition que la critique rationaliste déploie dans ses ouvrages, Taudace de ses affirmations, les flatteries subtiles qu elle prodigue à la raison^ les ornements littéraires dont elle pare ses élucubrations malhonnêtes, tout cela vous a séduits, à tel point que vous n'avez pas même songé à demander aux docteurs de l'impiété de quel droit ils prétendaient vous imposer leurs opinions ; s'ils étaient bien d'accord entre eux ; s'ils procédaient, dans la recherche de ce qu'ils appellent la vérité, dégagés de toute passion, de tout parti pris, de tout préjugé ; où devait, finalement, aboutir leur travail de démolition des croyances chrétiennes; et, à l'heure même où vous prétendiez user, vis-à-vis de notre dogme fondamental, de la liberté de penser, vous subissiez niaisement la tyrannie d'un jugement particulier, qui vous isolait de l'universelle et impo-

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santé affirmation du monde chrétien. Vous n'avez pas, ou vous n'avez plus la foi en Jésus-Chrit; mais, comment l'auriez -vous, après une pareille imprudence ?

Celte imprudence, Messieurs, se complique d'une souveraine injustice. Puisque vous preniez connaissance d'un acte d'accusation contre la vérité, vous deviez, en tout droit, tout honneur, prendre connaissance de sa défense, avant de prononcer un jugement ; lire, avec les ouvrages où le dogme chrétien est clairement exposé, ceux où les objections et les hypothèses de l'incrédulité sont solidement refutées, et savamment détruites. — L'avez-vous fait ? Non. — Que ce soit négligence ou calcul de votre part, il n'importe; vous avez été injustes^ et la privation ou la perte de la foi, si toutefois vous l'avez eue, est pour vous plus qu'un malheur, c'est un crime.

Funestes à ceux qui n'ont jamais eu la foi, à ceux dont la foi blessée et alanguie va bientôt mourir, les œuvres des faux prophètes ne sont pas sans danger pour ceux qui veulent être fermes dans leurs croyances. — J'en appelle à votre expérience. Messieurs. Un grand nombre d'entre vous ont eu le bonheur de recevoir, de leur pre-

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mière éducation, une foi vivante et robuste. Ils marchaient droit sur le chemin de la vérité ; mais aujourd'hui, peut-être, ils hésitent, ils s'arrêtent, ils sont tentés de revenir sur leurs pas. Le trouble, l'inquiétude, le doute ont envahi leur âme, naguère tranquille^ confiante et sereine. D'où vient ce changement? De la clairvoyance spontanée de leur raison découvrant, tout à coup, dans ses croyances chrétiennes, des ombres qui l'épouvantent, des contradictions qui la révoltent? Non, — mais d'une curiosité mal à propos satisfaite. Ils ont voulu faire comme tout le monde : lire, sans que leur état ou le cours naturel de leurs études leur en imposât la nécessité, les productions de l'impiété. Ils se croyaient assez avisés et assez forts pour résister aux adresses et aux assauts de l'erreur. Fâcheuse présomption, aujourd'hui punie par un affaiblissement de leur confiance en Dieu, une altération de leur paix intérieure. Oh! que l'Eglise a bien raison de nous interdire ces dangereuses et coupables lectures î Sa sollicitude maternelle, sur ce point, n'est après tout qu'une conséquence de ce grave et solennel avertissement du Sauveur : « Si l'on vous dit : le Christ est ici, le Christ est là, ne le croyez pas, n'y allez pas

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voir, y' Vous devez en tenir compte, Messieurs, vous qui vous glorifiez d'être les enfants de TEglise. — Evidemment, puisque vous êtes obligés de chercher Jésus-Christ, ce n'est pas dans les lieux ténébreux et malpropres, où la passion s'acharne à le défigurer et à le flétrir, que vous le rencontrerez, mais dans les régions pures et sacrées où se conservent fidèlement son histoire et sa doctrine, où se fait sentir l'influence de sa grâce et de ses vertus. — Si vous voulez bien me suivre, Messieurs, je vais vous faire parcourir rapidement ces régions.

A cette question : où faut-il chercher Jésus- Christ? Je réponds d'abord : Dans les Livres Saints.

L'élévation des pensées, la sublimité du style, la candeur des récits, la profondeur de la doctrine, la sainteté des préceptes, les vues sur l'avenir, l'originalité des parties et l'harmonie du tout, les recommandent, plus qu'aucun livre, à

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notre attention et à nos respects. Ils embrassent l'histoire du monde entier, depuis la première éclosion du tourbillon d'où jaillissent les astres, jusqu'à la consommation de toutes choses dans le sein de Dieu; mais, de la première à la dernière page, ils sont surtout remplis de Jésus-Christ. Ils nous racontent sa divine génération et nous promettent sa venue. Ils nous le montrent préparé dans le sang de la race humaine, à l'heure même où elle tombe sous le coup de la malédiction duc au péché; passant, germe mystérieux et divinement protégé, dans les veines des patriarches et des rois de Juda, et finalement reçu dans le sein très pur de la Vierge qu'il doit appeler sa Mère. Longtemps à l'avance, ils essaient de balbutier son nom, de décrire sa grandeur et son incomparable beauté. Ils font passer sous nos yeux les figures qui représentent quelques-unes de ses perfections ou des circonstances de sa vie ; ils accumulent et enlacent les indications prophétiques ; ils crayonnent, par anticipation, tous les traits de sa sublime personne, pour qu'on le reconnaisse dans la nuit des contradictions, des opprobres, de la souffrance et de la mort ; ils font marcher les peuples et les empires vers son berceau. Puis,

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tout à coup, Ton entend ce cri du ciel : (c Au commencement était le Verbe, le Verbe était Dieu, et le Verbe s'est fait chair. Et Verbiun caro factuni est. »

Les anges saluent sa bienvenue. On le voit naître dans une étable, comme le plus pauvre des enfants; charmer par ses grâces divines les pasteurs qui le visitent; attirer à lui les sages d'Orient et leur imposer, jusqu'à l'adoration^ le respect de sa majesté cachée. Proscrit par un roi jaloux, il sanctifie la terre étrangère ; de retour dans sa patrie, il étonne par sa sagesse précoce les docteurs d'Israël. Jusqu'à Vàge de trente ans, il enveloppe de mystère sa parfaite obéissance, ses humbles labeurs et les progrès de sa grande âme. Après cela, il nous apparaît au désert, luttant contre l'ennemi du genre humain, recevant, dans le baptême du Jourdain, le témoignage de son précurseur et le témoignage bien autrement auguste du Père céleste qui l'appelle son Fils bien-aimé. Avec quelle autorité il se fait suivre de ses disciples! Que ses enseignements sont simples ! Que sa doctrine est élevée ! Quelle parfaite morale il enseigne à ce monde qui a essayé de toutes les corruptions ! Comme Ton sent bien qu'il est le maître

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de ce royaume descieux qu'il annonce et qu'il promet ! Maître plein d'amabilité et de douceur pour les âmes humbles et droites, justement sévère aux orgueilleux et aux hypocrites, mais toujours prêt à ouvrir son cœur aux pécheurs repentants; maître des cœurs qu'il pénètre de son regard clairvoyant ; maître de la nature qui obéit à ses ordres ; maître des infirmités humaines qu'il guérit par ses attouchements sacrés ; maître de la mort à qui il redemande des victimes ; maître de la grâce qu'il répand dans les âmes avec le pardon des péchés, il prouve par sa doctrine, ses œuvres et sa vie qu'il est le Fils de Dieu. Et^ cependant, on le méprise, on l'injurie, on le menace, on le persécute, on le saisit, on l'enchaîne, on le sature d'opprobres, on demande son sang, on le condamne à mort, on met sa chair en lambeaux, on le crucifie ; il meurt abandonné de la terre et du ciel. Mais, il devait en être ainsi, pour qu'il entrât dans sa gloire, pour que l'arrêt de notre condamnation fût déchiré, pour que la vie divine se répandît sur le monde. La mort, d'habitude si sûre de son triomphe, la mort que Jésus attendait, à laquelle il s'est livré, la mort n'a pas la force de le retenir entre ses bras, et, tout de suite après que

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nous avons contemplé le Christ expirant, nous entendons les anges s'écrier : « Surrexit sicut clixit. Il est ressuscité, comme il Tavait dit. »

Les Saints Livres ne se ferment pas sur ce grand événement, Messieurs. Dans l'enseignement, les travaux, les souffrances et les visions des apôtres, c'est encore Jésus-Christ qu'ils nous montrent : Jésus-Christ, commencement et fin de toutes choses^ médiateur de Dieu et des hommes, principe de toute grâce, source féconde de tous les prodiges ; Jésus-Christ, fondant son église et sanctifiant ses élus; Jésus-Christ, objet prochain de notre foi, de notre espérance, de notre amour, et modèle do notre vie; Jésus-Christ, réglant le sort des peuples, préparant le jugement du monde, inscrivant le nom de ses enfants sur le livre de vie et marquant leur place dans la céleste Jérusalem ; Jésus-Christ, que toutes les générations sanctifiées et sauvées de la mort appellent l'une après l'autre : « Veni Domine Jesu! Viens, Seigneur Jésus * ! »

Tel est, Messieurs, le plan général des Saintes Ecritures. Les livres historiques, sapientiaux et

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