Psalm., CXI
COMMENT CHERCHER JÉSUS-CHRIST "^Ôl
tête ; cela est vrai, pour Timmense majorité; et, si vous êtes sincères avec vous-mêmes, Messieurs, vous conviendrez que cela est vrai pour ceux d'entre vous qui, depuis de longues années, résistent aux appels de Dieu et s'obstinent à vivre loin de lui. — On a beau leur dire : il faut chercher Jésus-Christ; on a beau leur indiquer les lieux sacrés où ils le trouveront sûrement ; une secrète terreur les retient ; ils n'osent pas aller au-devant de leur condamnation. Ils prévoient une invasion de lumière, qui dissiperait les ténèbres dont il leur plait, pour le moment, d'envelopper leurs affections déréglées ; ils prévoient des révélations et des grâces, qui les obligeraient de désavouer des habitudes dont ils ne veulent pas, tout de suite, se défaire ; ils ont peur, ils s'efforcent de ne pas voir en eux-mêmes ; ils ferment les yeux à toute lumière qui vient du dehors ; ils s'immobihsentdans une indifférence silencieuse, qui leur permet d'attendre l'heure problématique sur laquelle ils comptent, pour faire le premier pas vers celui qui les appelle.
Je les plains. Messieurs; toutefois, il y a encore au fond de leur cœur un reste de droiture. Ils comprennent que leur état ne peut s'accorder avec
les exigences d'un Maître divin, dont il faudrait subir les volontés. Ils ne prétendent pas se justifier, mais ils voudraient s'oublier. Assurément, ils ont tort de s'immobiliser dans l'indifférence ; cependant, toute coupable qu'elle est, cette indifférence vaut mieux que l'empressement criminel de ceux qui cherchent, sous l'influence d'une passion dont ils ont hâte d'assurer en eux le tranquille et souverain empire.
Chez ces derniers, le cœur dépravé ne rencontre en Jésus-Christ que des contradictions. Il suffît qu'il se montre, qu'il ouvre la bouche, non pas pour les confondre, car ils ne veulent pas être confondus, mais pour les révolter. — Sont-ils épris d'eux-mêmes, avides d'honneurs, tourmentés d'ambitieux désirs, envieux de ce qui les surpasse, superbes et dédaigneux pour les petits ? Ils voient un Dieu humilié, anéanti dans sa chair, méprisé, saturé d'opprobes ; un Dieu qui se plaît avec les humbles, ils entendent un Dieu qui leur dit : « Apprenez de moi que je suis humble de cœur; ne cherchez pas les premières places ; quiconque s'élève sera abaissé ; les premiers seront les derniers ; laissez venir à moi les petits ; si vous ne devenez semblables à des enfants, vous n'entrerez
pas dans le royaume des cieux ; si quelqu'un veut venir après moi. qu'il se renonce lui-même. » — Ont-ils au cœur des haines invétérées qui refusent le pardon ? Méditent-ils des vengeances ? Ils voient un Dieu qui s'offre pour le salut des pécheurs, un Dieu qui promet sa miséricorde à tous les prodigues qui l'ont offensé, un Dieu qui appelle les traîtres : « Mon ami! )) un Dieu qui prie, avant de mourir, pour ses bourreaux ; ils entendent un Dieu qui dit : « Bienheureux les doux, bienheureux les pacifiques, bienheureuxles miséricordieux! Aimezvous les uns les autres, aimez vos ennemis euxmêmes. Réconciliez-vous avec vos frères ; pardonnez, non pas une fois, mais septante fois sept fois. A celui qui pardonne, il sera pardonné. » — Sont-ils dévorés de la fièvre de l'or; attachés passionnément aux biens de ce monde; prêts à Finjustice pour les acquérir; et pour les retenir, durs à la misère ? Ils voient un Dieu enfant couché sur la paille, un Dieu adolescent qui vit, auj ourle jour, de son labeur d'ouvrier, un Dieu apôtre qui reçoit l'aumône et n'a pas une pierre pour reposer sa tête ; ils entendent un Dieu qui leur dit : « Bienheureux les pauvres en esprit, bienheureux
ceux qui ont faim et soif de la justice ! Malheur à
VOUS, riches ! car il est plus facile au chameau de passer par le trou de l'aiguille, qu'au riche d'entrer dans le royaume des cieux. Que sert à l'homme de gagner l'univers, s'il vient à perdre son âme ? Faites-vous par l'aumône des amis dans le ciel, avec vos richesses d'iniquité; donnez et il vous sera donné. » — Enchaînés par des amours coupables, esclaves d'une chair flétrie, dont les honteuses émotions leur deviennent un besoin ; ils voient un Dieu permettre contre lui toutes les calomnies, mais défendre que le plus léger soupçon effleure sa pureté ; ils entendent un Dieu leur dire : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur! Bienheureux ceux qui, par d'héroïques résolutions, mutilent leur sens dépravé ! Il suffît d'une pensée impure pour souiller le cœur de l'homme ; le désir seul nous rend adultères. )) — Affamés de bien-être et de jouissance, saturés de plaisir, en garde contre la douleur ; ils voient un Dieu maltraité, blessé, sanglant, crucifié; ils entendent un Dieu leur dire : ce Malheur à vous qui riez, bienheureux ceux qui souffrent ! La voie du ciel est rude, le royaume des cieux souffre violence. Que celui qui veut venir après moi, porte sa croix. Celui qui ne porte pas sa croix n'est pas digne de moi. »
Eloquents et terribles contrastes! Un cœur, où il resterait quelque droiture, en serait touché; ceux dont le cœur est dépravé se révoltent. Il leur déplaît de voir et d'entendre condamner les chères passions qui sont dcvenues^, eu eux, comme une seconde nature, et auxquelles ils semblent tenir autant qu'à leur vie. Il leur déplaît, surtout, que ce soit un Dieu qui les condamne. S'ils pouvaient le faire descendre du tribunal auguste et infaillible d'où il prononce, ils diminueraient, ils annuleraient, peut-être, Tautorité de ses sentences. Eh bien, soit! Non seulement, ils se prêtent à l'invasion des préjugés qui courent le monde et les livres, mais ils les recherchent avec une âpre sollicitude ; ils les entassent, les pressent, les condensent, y ajoutent le poids des blasphèmes de l'impiété la plus décidée, et, sous cet écrasement, ils ne voient bientôt plus qu'un Christ rapetissé à la taille des autres hommes, un Christ impuissant, un Christ qui ne les gêne plus. C'est pour en arriver là qu'ils Font cherché, tant ils étaient pressés d'en fmir avec lui.
Ne vous prévalez pas de cette lamentable conclusion. Messieurs les indifférents; si vous êtes moins criminels, il n'en est pas moins vrai que
votre état proteste contre le devoir sacré qui vous incombe de chercher Jésus-Christ. Vous n'avez pas renié ce devoir, c'est possible ; mais vos atermoiements sont une injure faite à Dieu^ une imprudence qui compromet votre plus grave intérêt. Le misérable reste de droiture, qui vous fait craindre la confrontation de votre vie coupable avec la volonté d'un maitre souverain, ne vous sauvera pas. — Allez plus avant. Soyez assez droits, non pas encore pour triompher de vos passions, et établir dans vos cœurs le règne de ces tranquilles et pures affections du vrai bien, qui vous introduiront dans l'intimité divine; vous n'obtiendrez cette parfaite droiture qu'après avoir longtemps connu, aimé et possédé Jésus-Christ; mais, soyez assez droits pour comprendre qu'il faut sérieusement combattre les penchants qui vous troublent le cœur, sincèrement désavouer les fautes où vous cherchez desjouissances temporelles, ardemment désirer d'être délivrés des chaînes du péché, et attendre avec confiance votre délivrance de celui qui s'appelle Sauveur. Alors, s'accomplira en vous l'oracle du prophète : « Au milieu des ténèbres du monde, la lumière du]Verbe s'est levée sur les cœurs droits ; Exortuvi est in tenehris lumen rectis corde. »
J'arrive, Messieurs, à une troisième disposition délicatement mêlée aux deux précédentes, mais qui demande ici quelques explications particulières : la bonne volonté dans la recherche de Jésus-Christ.
J'appelle bonne volonté, une volonté sincère, une volonté généreuse, une volonté persévérante.
Une volonté sincère se prononce et va droit à son but ; elle ignore ces suspensions, qui endorment l'âme dans une molle inaction, en lui persuadant qu'elle fait assez et que Dieu doit faire le reste. Elle ne dit pas : Je voudrais, mais, je veux.
Je voudrais ! ce mot facile est dans la bouche de tous ceux qui n'ont que des velléités chrétiennes. — Emus par le spectacle de la douce piété, des vertus fortes et aimables, du bonheur tranquille qu'ils voient s'épanouir autour d'eux, ils ne peuvent se défendre d'une sainte convoitise ; et, à leur femme, à leurs enfants, à leurs amis, qui les pressent de se rapprocher de Dieu, ils répondent : Je voudrais, comme vous, avoir la foi; je voudrais,
avec vous, connaître, aimer, servir Jésus-Christ; je voudrais prendre part aux fêtes intimes de vos âmes, je voudrais! Mais!.... Mais quoi, Messieurs ? Attendez-vous que Dieu vous fasse violence ? Si c'est son bon plaisir, il le peut; mais, c'est assez pour sa miséricorde qui vous poursuit, pour sa sagesse qui respecte votre liberté, de cette première grâce d'attrait par laquelle il sollicite votre cœur. A cette grâce, vous répondez par un acte qui n'est pas sincère. Ce n'est pas, je voudrais qu'il faut dire, c'est : je veux.
Écoutez les Gentils venus, de loin, à Jérusalem pour assister aux fêtes. Ils ont entendu parler de Jésus-Christ, ils le cherchent. S'adressant à l'apôtre Philippe qu'ils connaissent, ils ne disent pas : Ne pourrait-on pas voir Jésus ? Mais, il prient avec instance; ils expriment sincèrement une volonté bien arrêtée : « VolumusJesum videra^ l'Nous voulons voir Jésus. » A cette volonté, Jésus répond aussitôt par ces solennelles paroles : « L'heure est venue, le Fils de l'homme va se faire connaître : Venit hora ut glorificetur filius hominis^. »