‹ Retraites pascalesChapitre 71 sur 98 · XVI · texte numérisé non relu

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exceptionnel et étrange de ceux qu'il rencontre à l'origine du christianisme, il les compare à d'autres faits, et finit par se convaincre que la bonté, la sagesse et la toute-puissance de Dieu ont dû intervenir, dans les événements qu'aucune cause naturelle ne peut expliquer suffisamment. — Telle n'est point la méthode de l'incrédulité. Son parti est pris contre Dieu et contre l'humanité. Partipris contre Dieu, à qui elle refuse, absolument, le droit de communiquer ses lumières infinies h notre intelligence faite pour la lumière ; le pouvoir de disposer en maître de la nature, et de faire exception, par un acte souverain, aux lois qu'il a établies ; la possibilité, en un mot, de se mettre en rapport avec sa créature, si on ne lui conteste pas son être même. Parti pris contre l'humanité, dont elle méprise les témoignages, pour ne croire qu'à sa propre critique : comme si, l'ignorance, Tillusion, la folie, l'imbécillité, la fourberie avaient été le partage des générations infortunées qui ont précédé le dix-neuvième siècle. Par suite de ce parti pris, ce n'est pas l'histoire qui s'impose à l'esprit humain, c'est l'esprit humain qui s'impose à riiistoire pour lui faire subir des tortures inouïes d'où les faits ne sortent que mutilés et mécon-

naissables. Nous avons trouvé le Christ ! disent les impies. Non, vous ne l'avez pas trouvé : parce que vos yeux défaillants ne pouvaient pas le voir tel qu'il est; parce que. la lumière de sa face ra* dieuse ne pouvait pas éclairer votre esprit, plus enténébré que celui des payens, dont Tapôtre maudissait la coupable ignorance*.

Je veux croire. Messieurs, qu'il n'y a parmi vous aucun incrédule à la manière de ces corrupteurs d'histoire, dont le parti pris aveugle l'esprit. Mais, suivant le conseil du Sauveur : « Regardez, et voyez si, autour de votre lumière intellectuelle, qui est l'œil de votre âme, il n'y a point de ténèbres ^ )) ; ténèbres, que vous n'avez peut-être pas cherchées, mais, qui sont entrées en vous, par une pénétration latente due à Faction des milieux pervertis dans lesquels éclôt et se développe votre vie religieuse ; — je veux dire : quelques-uns de ces préjugés vulgaires, qui s'installent comme autant de principes incontestables et deviennent, à notre insu, la règle de nos jugements : préjugés philo-

1. (Gentes.). Tenebris obscuratam habentes intellectum alienali a vita Dei. (Ephes., cap. iv, 18.)

2. Vide ne lumen quod est in te tenebrsc sinl. (Luc.;^ cap. XI, 35.)

COMMENT CHERCHER JÉSUS-CHRIST 2i7

sophiques, scientifiques^ historiques, politiques, économiques même. Par exemple : Que la raison a le droit naturel de se rendre compte de tout, et que Ton peut regarder comme non-avenu ce qu'elle ne comprend pas ; que les dogmes religieux, fixes et irréformables, imposent à la science un contrôle qui gêne ses libres mouvements et arrête son développement normal; que les abus, maintes fois remarqués dans la longue vie du christianisme, nous autorisent à croire qu'il n'a pas été fidèle à la pensée de son fondateur, peutêtre, même, à suspecter son origine divine; que ses principes et sa forme autoritaire s'accordent mal avec certains régimes, où la liberté réclame plus impérieusement ses droits; que la doctrine de détachement qu'il nous prêche, au nom* de Jésus-Christ, est l'ennemie jurée de la prospérité temporelle des peuples et des splendeurs de la civilisation. Que sais-je encore? Les préjugés pullulent ; il n'est homme de vingt ans qui n'en ait déjà fait une copieuse moisson.

Sous l'influence de ces préjugés, Messieurs, vous n'entrerez qu'avec défiance dans les lieux sacrés où se fait la recherche de Jésus-Christ. Vous discuterez avec les Livres Saints, au lieu

de VOUS soumettre humblement à leur enseignement; vous aurez peur de vous compromettre avec les mystères *, vous ferez un partage maladroit et injuste des faits qu'il faut prendre et de ceux qu'il faut laisser, des dogmes et de la morale, acceptant celle-ci, écartant ceux-là. Vous répugnerez à l'autorité de l'Eglise ; vous oublierez ses grands et incommunicables caractères, où se révèle le divin, pour lui contester ses définitions. Vous ne verrez dans la vie des saints que les choses qui choquent votre délicatesse mondaine et vos aspirations tout humaines, et vous ne saurez pas découvrir en eux le principe de leurs grandes actions : le Christ qui les anime et les vivifie. Finalement, vous bâtirez un christianisme à votre façon, vous moulerez un Christ à la taille de vos préjugés : un homme grandiose que vous entourerez de vos respects, mais qui ne sera ni le Christ de l'Evangile, ni le Christ de l'Eglise, ni le Christ des saints. Vous vous illusionnerez peutêtre à ce point, que vous croirez offrir à ce christ amoindri l'hommage de votre foi. Erreur profonde ! L'objet de la foi est le vrai Christ, Fils unique de Dieu, et ce Christ ne se trouve que par la simplicité.

Ne confondez pas, je vous pric^ la simplicité dont il est ici question, avec la faiblesse d'esprit, la naïveté béate, la niaiserie, toutes choses que Ton pourrait reprocher, peut-être, à ceux qui se laissent influencer par les préjugés. On n'est pas simple parce que l'on accepte sans examen et sans contrôle un jugement tout fait, mais, parce qu'on débarrasse son esprit de ce qui pourrait l'empêcher d'exercer librement ses naturelles fonctions, €t de recevoir le vrai dans toute sa pureté. — Ainsi entendue, la simplicité a des affinités merveilleuses avec la lumière. « Si votre œil est simple, dit le Sauveur, tout votre corps est en quelque sorte lumineux' » parce que ses mouvements se font à coup sûr. De même, si notre esprit est simple, toute notre âme se meut dans la lumière et va droit à son but. — Défiez-vous donc, Messieurs, de ces jugements tout faits, qui courent le monde, s'imposent à votre irréflexion et séjournent en vous, comme des nuages qui obscurcissent, comme une sorte de bain chimique, qui décompose et altère les vérités importantes, dont

1. Lucerna corporis tui est oculus. Si oculus tuus fueiit simplex totum corpus lucidum est. (Matth., cap. vi, 22. Luc, cap. XI, 34.)

dépend votre salut. — Puisque vous êtes obligés de chercher Jésus-Christ, cherchez-le d'abord avec simplicité d'esprit.

Je réclame en second lieu, la droiture du cœur : ce C'est aux cœurs droits, dit le Psalmiste, que se montre le Verbe, lumière divine : Exortum est in tenehris lumen rectis\ » Aux cœurs droits, c'est-à-dire aux cœurs, dont les affections tranquilles et pures ne cherchent' que le vrai bien, ou du moins, aux cœurs dont les passions n'ont pas encore étouffé cette voix mystérieuse qui crie en nous : En haut ! En haut ! Sursum corda l Troublé dans ses affections, détourné du vrai bien, qui seul peut le satisfaire, rivé par des passions impérieuses et obstinées à des objets vils et menteurs, le cœur obscurcit l'esprit, altère sa clairvoyance, et paralyse ses mouvements. Vous avez souvent entendu dire de ceux qui affectent l'incrédulité : c'est le cœur qui leur fait mal à la

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