Ibid
cultes par cette sèche affirmation : « Le maître l'a dit : Magister dixit. » Imprudente confiance qui, ne voulant pas tenir compte de la faiblesse humaine, l'expose à proscrire le vrai et à éterniser l'erreur. Mais nous, grâce à Dieu, nous n'avons pas à redouter ce funeste effet de notre foi sans réserve; car, lorsque nous disons : Magister dixit, c'est l'infaillible science et la suprême véracité de Dieu que nous mettons en cause : Dieu a parlé : Deus dixit.
Le maître divin enseigne, il faut le croire ; il commande, il faut lui obéir. Sa volonté sans contrôle pèse sur la nôtre avec un souverain empire. Gardez-vous bien de séparer la loi du maître de sa doctrine. La loi est une doctrine; ne pas croire à son indiscutable autorité, c'est n'avoir qu'une foi incomplète. Pour obéir, ne demandez pas conseil à vos instincts, à vos penchants, à vos convoitises, à vos habitudes prises, vous les trouverez à chaque instant en opposition avec la loi de Jésus- Christ. Cette loi sainte a tracé et aplani la route qui vous doit conduire au royaume des Cieux ; elle a tout prévu, même la violence qu'il faudra vous faire pour vous soumettre à ses prescriptions. Prenez -en résolument votre parti. Le maîfre
POURQUOI ClIEUCHEll JÉSUS-CHRIST? 273
commande; résignez-vous à tous les sacrifices d'orgueil, d'amour-propre, de sensualité que vous imposent ses commandements. Ah! sans doute, il est dur à la nature de contenir ses ambitions, de modérer ses convoitises, d'abaisser ses prétentions, d'aiguillonner sa molesse, de régler ses ardeurs, de calmer ses transports, de veiller sur les pensées de Tesprit, de prévoir et d'arrêter les égarements de Timagination, d'étouffer les désirs malsains du cœur, d'ordonner ses affections, de se détacher des biens périssables pour ne chercher que les biens éternels, de mortifier ses sens, enfin de renoncer à l'amour de soi, et de crucifier sa chair; mais, c'est la loi. — Etre doux et humble, c'est la loi; être chaste et mortifié^ c'est la loi; être bienfaisant, miséricordieux, généreux dans ses pardons, c'est la loi ; être patient, résigné, ami de la souffrance, c'est la loi ; aimer, même ceux qu'on aurait des raisons de haïr, c'est la loi ; contredire en tous points l'homme charnel, c'est la loi ; punir cet homme en l'amenant aux pieds d'un autre homme pour qu'il avoue, pleure et déteste ses faiblesses, ses infirmités, ses fautes, ses crimes, c'est la loi; loi unique, qui ne souffre pas la compétition d'une autre loi, car il est impossible de
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servir deux maîtres à la fois. Si le monde, Messieurs, s'est emparé de vous par ses maximes; si, pour ne pas cesser d'être chrétiens, vous vous efforcez de concilier ces maximes avec la loi de Jésus-Christ, vous trahissez votre véritable et unique maitre.
C'est le trahir encore que de prétendre conformer sa vie à la loi évangélique sans tenir compte des prescriptions de l'Eglise. Organe du Christ enseignant, l'Eglise est la continuation vivante du Christ législateur, et nous atteignons Dieu aussi bien par le mépris des lois, que par le mépris des enseignements de l'Eglise. Soit, donc, qu'elle ordonne nos actes religieux, soit qu'elle règle les époques où nous devons nous approcher de Jésus-Christ pour recevoir le pardon de sa miséricorde, soit qu'elle préside à notre table pour nous rappeler le devoir chrétien de la pénitence, il faut obéir parce que c'est le maître qui commande.
Jésus est maître de notre intelligence par sa doctrine, de notre volonté par sa loi, mais quel maitre aimable et condescendant! Pour mieux s'assurer notre soumission, il fait lui-même ce qu'il nous demande et nous invite à l'imiter : « Je
VOUS ai donné l'exemple, dit-il , suivez mes traces ^ . » Maître de la doctrine, il semble vouloir s'effacer devant elle, pour la mieux recommander à nos respects. « Je ne parle que comme mon Père m'a dit de parler^. Je ne dis que ce qu'il m'a enseigne^. Ce que j'enseigne, je l'ai vu en lui \ Mes paroles ne sont pas de moi-même. Ma doctrine n'est pas la mienne, mais la doctrine de celui qui m'envoie'. » Maître de la loi, il nous offre en sa personne le type du parfait obéissant. « Je suis descendu du ciel non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a confié ma mission*"'. Accomplir la volonté de mon père, c'est ce que je cherche en toutes choses'. — C est ma nourriture^. » Et à
1. Exemplum dedi vobis^ ut quemadmodum ego feci ita et vos faciatis. (Joan., cap. Xlil, 15.)
2. Qu£e loquor sicut dixit mihi Pater sic loquor, (Joan., cap. XII, 50.)