‹ Retraites pascalesChapitre 86 sur 98 · Philip., cap. i · texte numérisé non relu

Philip., cap. i

nos facultés, de nos œuvres, de nos mérites où circule la sève surnaturelle qui s'échappe de la personne môme du Sauveur auquel nous sommes incorporés, comme le rameau de vigne à la souche qui le vivifie ; de sorte que tout ce qui se fait de bien en nous se fait « par le Christ, avec le Christ, dans le Christ: Per ipswn^ cura ipso^ et in ipso. :» Ainsi entendue , Messieurs , la vie do Jésus- Christ est-elle l'objet de vos désirs ? Vous Tavez reçue, quand l'eau sainte du baptême purifia vos âmes d'enfants, et vous communiqua'une première grâce qui vous engendrait surnaturellement. Vous l'avez reçue, plus riche, plus féconde, plus glorieuse, quand, au jour béni de votre première communion, le Verbe incarné vous nourrit de sa propre substance et entendit, au milieu des plus doux «mbrassements, les promesses et les serments de votre innocence. Alors, s'accomplissait la parole du Sauveur : « Je suis venu pour que mes enfants aient la vie jusqu'à la surabondance : Ego veni ut vit'àm hcibeant et Rhiindantius habeant. » Mais depuis? — Depuis ! un grand nombre d'entre vous sont devenus, par le péché, des sarments stériles que le divin vigneron, d'un moment à l'autre,

peut retrancher de la souche et jeter au feu. Je ne

les accuse pas de cette suprême apostasie, dont se rendent coupables ceux qui, reniant tout leur passé religieux, voudraient, s'ils le pouvaient, effacer dans leur âme l'indestructible caractère du baptême. Noh, les morts, dont je parle, prétendent encore être chrétiens. Ils conservent la foi, et comptent bien en user un jour d'une manière pratique. Que dis-je ? On les voit se soumettre volontiers à certaines observances, abstinences, et prendre intérêt à la sainte cause de Jésus-Christ. Ils prient , fréquentent les églises , participent à nos fêtes, écoutent respectueusement la parole de Dieu ; ils se réjouissent de la piété de leurs femmes et de leurs enfants, voient avec effroi les progrès de l'irréligion ; ils s'indignent contre toute démontration publique de l'impiété ; ils défendent avec une certaine vigueur leur foi attaquée ; ils prêtent leur concours aux bonnes œuvres, et, quand on parle des serviteurs et des amis de Jésus-Christ, ils ne craignent pas de dire : J'en suis.

Hélas! serviteurs infidèles, et faux amis, puisqu'ils s'arrêtent, depuis si longtemps, aux portes des sacrements dans lesquels Jésus-Christ communique sa vie, puisqu'ils résistent à la volonté de leur

Maitre, et se refusent obstinément aux cmbrassements miséricordieux, au doux commerce, à la pénétration intime de l'ami des âmes, pour demeurer les esclaves du péché que Dieu hait. Jésus-Christ n'est pas à vous, Messieurs, vous n'êtes pas à lui, si vous ne venez au tribunal, qu'il a luimême institué, vous prosterner humblement, désavouer et pleurer vos fautes devant celui qui a reçu le pouvoir de vous guérir de la grande misère du péché, en vous rendant, par le pardon, la vie divine que vous avez perdue ; si vous ne vous approchez de Tangélique festin de l'Eucharistie dans lequel, selon l'expression des saints Pères, l'adorable mystère de Tincarnation s'étend à toute l'Eglise du Christ.

Vous êtes pleins de bons désirs, me dites-vous, et vous attendez des jours plus propices. Mais, sont-ce de bons désirs que ceux dont on retarde sans cesse l'exécution? Mais, quand viendront les jours propices que vous attendez ? Ne savez- vous pas que la vie humaine est pleine de surprises et de trahisons, qui trompent subitement nos meilleures intentions et coupent court aux plus saints projets? — Je vous en conjure: « cherchez le Seigneur, pendant que vous pouvez le trouver :

Quserite Dominuni dum invenivi potest. » Ne dites pas : à demain la vie ! car il pourrait n'y avoir pas pour vous de demain.

A demain la vie ! Mais ne voyez- vous pas que, jusqu'à ce que demain vienne, c'est la mort : c'està-dire la vulgarité de toutes vos bonnes œuvres, l'impuissance de mériter surnaturellement et, conséquemment, la perte de tout ce qui pourrait vous être compté pour le ciel, si la sève divine vivifiait vos vertus, si Jésus-Christ devenait, premièrement, votre maître et yotre ami, en devenant votre vie^

Ah! j'espère qu'il vous reste assez de foi pour être effrayés de cette perte immense, et que vous allez dire à l'ami de vos âmes : « Veni Domine Jesu. Viens, Seigneur Jésus! )> Mais, prenez garde. Messieurs, ne jouez pas avec le grand don de la vie divine. Ne la faites pas entrer en vous, pour lui ouvrir dans quelques jours, en retournant à vos anciens péchés, une issue par où elle s'échappera, laissant de nouveau votre âme aride et désolée. Ces passages rapides de la grâce dans vos âmes, au lieu de les féconder, comme les fleuves tranquilles fécondent les heureuses campagnes qu'ils parcourent, les dévastent souvent, comme les torrents le flanc des montagnes où Forage les

précipite. En ces jours de bénédiction, vous devez dire au Christ, dont vous venez chercher la vie : (( Marie vobiscum Domine. Reste avec nous, Seigneur. ))

Plus d'infidélités, d'ingratitudes, de rechutes ! — D'une année à l'autre, il faut que vous puissiez témoigner, par la stabilité de votre vie chrétienne, que la recherche de Jésus-Christ a atteint en vous son dernier terme, et qu'elle n'attend plus que sa perfection ; il faut que vous puissiez vous écrier désormais : « J'ai trouvé mon Maitre, mon ami, ma vie, mon Jésus. Je l'aime, je le tiens, je ne me séparerai plus de lui. Inverti quem diligit anima, mea, tenui eum nec dimittann. »

VENDREDI SAINT

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