CINQUIEME INSTRUCTION
LA RECHERCHE ENMEMIE
Tanc congregati sunt prinoipes sacerdoturrif et seniores populi in atrium principis sacerdotum, qui dicebatur Càiphas : et consilium fecerunt, ut Jesum dolo tenerent et occiderent.
Alors les princes des prêti'es et les anciens du peuple s'assemblèrent dans les palais du grand Prêtre, que l'on appelait Caïphe, et ils tinrent conseil, afin de se saisir de Jésus par ruse et de le faire mourir. (Matth., cap.xxvi, 3.4.)
Eminentissime Seigneur, Monseigneur, ^Messieurs,
Voilà des hommes tourmentés qui se rassemblent, délibèrent et s'arrêtent à la résolution que nous avons prise au commencement de cette re-
traite : il faut chercher Jésus-Christ. Mais, quelle différence dans le comment et le pourquoi ! Invités par Texemple des hergers de Bethléem, des sages rois d'Orient, des publicains et des gentils, nous avons résolu de chercher avec simplicité, droiture, bonne volonté, afin que Jésus-Christ trouvé devienne le maitre, l'ami, la vie de nos âmes. Les princes des jDrêtres et les anciens se proposent de suivre les voies tortueuses de la ruse pour aboutir à un crime exécrable : se saisir de Jésus, le perdre, et se débarrasser, par la violence, de sa présence importune. C'est la recherche ennemie. Nous lui devons la douloureuse passion et la mort du Sauveur, sombres mystères dont nous célébrons aujourd'hui la mémoire.
Cette recherche ennemie n'est pas un fait isolé à l'origine du christianisme ; elle se poursuit, à travers les siècles, parallèlement au mouvement bienveillant et généreux qui amène les générations chrétiennes aux pieds de leur maitre, entre les bras de leur divin ami, aux sources de la vraie vie. Je vous lai montrée vive, ardente, passionnée, tout entière à ses orgueilleuses préoccupations, fouillant le passé, imposant silence à la tradition, altérant ses monuments, pour réduire le Christ
aux proportions vulgaires et menteuses d'un sectaire, d'un sage ou d'un symbole, et le ravir ainsi aux adorations de l'humanité chrétienne. Elle se pare du nom de critique scientifique. Mais la critique scientifique ne représente qu'un bataillon d'élite, dans Timménse armée des chercheurs funestes qui en veulent à la gloire du Sauveur. Depuis les jours de sa vie mortelle jusqu'à nos jours, Jésus-Christ nous apparaît entouré d'ennemis ; et ses ennemis sont si nombreux, si acharnés, si pleins de ruse et de malice, si bien aidés par les complices de leurs mauvais desseins qu'il importe de vous les faire connaître, et de vous indiquer l'attitude que vous devez prendre et la conduite que vous devez tenir à leur égard. C'est l'objet de ce discours.
0 croix adorable, en ce jour de douleur et de sang, vous nous prêchez l'amour. A vos pieds sacrés, je proteste que je n'ai dans le cœur aucun sentiment de haine contre ceux que je vais flétrir. Je commence en priant pour eux ; pour eux encore seront mes dernières invocations. 0 cruxave!
Les premiers ennemis de Jésus-Christ, bien qu'ils aient eu des successeurs pendant plus de dix-huit siècles, onl eu, jusqu'ici, le privilège bien mérité de la répulsion et du mépris universels. Aujourd'hui, leurs mânes plaintives ont rencontré des patrons qui les ont prises sous la protection de leur science et de leur érudition. — S'il y a eu quelque égarement passager dans l'esprit de ceux qui ont préparé et décidé la mort de Jésus de Nazareth, le plus doux des hommes pourtant, il faut les plaindre, et ne pas les juger avec l'emportement de ces passions exclusives, qui voient des crimes là où il n'y a que des fautes trop communes à la faiblesse humaine. Le zèle de la loi, la déconsidération prématurée d'un ministère sacré, Tordre public, l'honneur et la majesté du peuple romain, le respect du temple et de l'inviolable unité de Dieu, tels sont les motifs qui ont poussé à des rigueurs sanglantes grands prêtres, pharisiens, sénateurs, docteurs, scribes, préteur et multitude. Judas^ le mélancolique Judas lui-même,
n'est pas sans excuse. Son tempérament atrabilaire avait besoin de ménagements, et on l'irritait sans cesse par de sinistres prophéties. Son esprit calculateur s'indignait contre des prodigalités insensées. Dans une lutte journalière, il a perdu la gravité de son jugement et quelque chose aussi de la responsabilité de ses actes. — Voilà, Messieurs, comment la critique contemporaine apprécie les ennemis de Jésus-Christ. En rendant, dit-elle, à chacun son rôle dans le drame de la passion, on obtient, au lieu d'un forfait, un simple malheur. Je n'ai nulle confiance dans le presbytisme intellectuel de ceux qui prétendent mieux voir l'histoire de loin que les témoins des événements qu'elle raconte. Les contemporains et la tradition, la plus universelle et la plus constante, nous peignent, au naturel, les ennemis du Sauveur, et en cela, ils s'accordent avec le prophète qui^ se mettant à la place du Fils de l'homme, voit autour de lui se presser des bêtes insensées, des tau* reaux repus et des chiens affamés. « CircumdedeiUint me vituli multi, tauri pingues obsederunt me; circumdederunt me canesmulti^ ; » tout un