‹ Retraites pascalesChapitre 89 sur 98 · Psalm. CXVIII · texte numérisé non relu

Psalm. CXVIII

rimmortalité de l'âme, tout entiers au bonheur de la chair, matérialisant les saintes promesses de la loi, et espérant le plaisir là où les autres attendent la gloire humaine. Tels sont. Messieurs, les premiers et les plus cruels ennemis de Jésus- Christ.

Ils cherchent des prétextes pour le perdre : les prétextes ne manqueront jamais aux scélérats ; mais je n'ai à tenir compte ici que de leurs intentions. Les évangélistes les passent sous silence ou en parlent à peine ; à quoi bon? puisque la Sagesse divine elle-même les avait démasqués.

Il est une page à jamais célèbre des Saintes Lettres, à laquelle il faut renvoyer tous ceux qui accusent le Sauveur et demandent sa mort. Elle peint au vif le drame intérieur des âmes perverses qui ont préparé le drame solennel du Calvaire.

Dieu voyait, longtemps à l'avance, les ennemis de son juste, et par la bouche du Sage il leur faisait avouer tout ce qu'ils devaient cacher plus tard.

c( Entourons le juste, disaient-ils : circurnvenicimus justum. Sondons-le par l'injure et les tourments : contumelia et tormento interrogemus eurn, » Mais, pourquoi ces embûches, cet achar-

nement, cette cruauté contre celui que vous appelez le juste ?

Pourquoi ?

— « Parce qu'il nous est inutile. Quoniam inutilis est nohis. »

Pourquoi encore ? — « Parce qu'il s'abstient de marcher dans nos voies, comme si elles étaient impures : Abstinet se a viis nostris tanquam ab immunditici. »

Pourquoi encore? — « Parce qu'il est contraire à nos œuvres et qu'il s'oppose à ce que nous faisons : Et contrarius est operibus nostris^ factis que nostris adversatur . »

Pourquoi encore ? — « Parce qu'il nous reproche nos péchés contre la loi : Improperat nobis peccata legis, »

Pourquoi encore ? — « Parce qu'il nous diffame et proclame publiquement les fautes de notre vie : Diffamât in nos peccata disciplinée nostrse. «

Pourquoi encore ? — « Parce qu'il révèle nos plus secrètes pensées : Factus est nobis in traductionem cogitationum. nostrarum. »

Pourquoi encore ? — o Parce qu'il nous regarde comme des hommes puérils : Tanquam nugaces sestimati sumus ab illo, »

Pourquoi encore ? — « Parce qu'il nous est odieux à voir, tant sa vie ditfère de celle des autres : Gravis est nobis etiam ad videndum quoniam dissimilis est aliis vita, illius. )>

Pourquoi encore ? — « Parce qu'il se flatte de posséder la science divine et se glorifie d'avoir Dieu pour père : Proniittit se scientiam Dei hahère... et gloriatur patrem se habere Deum\ »

Voilà, Messieurs, les véritables raisons de la

haine des prêtres, des docteurs, des scribes, des

pharisiens contre Jésus-Christ. Le Verbe incarné

pauvre^ infirme, homme de douleur, n'est pas le

Messie fastueux dont ils attendent l'apparition.

Ils s'irritent de lui entendre prêcher les vertus qui

abaissent et qui châtient, de lui entendre dire :

a Celui qui s'élève sera humilié, celui qui s'humilie

sera élevé. — Bienheureux les pauvres, les doux,

les chastes, les persécutés. » Que faire d'un homme

comme cela, quand on s'estime soi-même, quand

on croit à ses propres lumières^ quand on veut la

gloire, le bien-être et le plaisir, n'est-ce pas un

homme inutile ? Et puis, voyez comme le Sauveur

se sépare des faux docteurs qui trompent le

1. Tous ces textes sont tirés du Livre de la Sagesse, Cap. n, 14, 20.

peuple, pour vivre dans la compagnie des simples ; entendez les anathèmes qu'il prononce contre leur hypocrisie et leurs concussions, les reproches sanglants qu'il adresse à leurs perpétuelles transgressions de la loi dont ils sont les gardiens , les précautions qu'il indique pour éviter ces loups couverts de la peau des brebis. Voyez comme il les devine et les démasque quand ils veulent le surprendre ; comme il confond la méprisable tactique de leurs passions haineuses ; comme il se fait une vie simple, grave, austère, pure, dévouée, dont le touchant spectacle est la perpétuelle condamnation de leur vie.

Mais, ce qui les consterne, ce qui accroît leur fureur, c'est que le Sauveur se flatte de posséder la science divine et d'avoir Dieu pour père. — « Ma doctrine n'est pas la mienne, dit-il, mais celle de mon père qui m'a envoyé. Je parle comme mon père m'a dit de parler. Moi et mon père nous sommes une seule chose. >> — Ah ! s'il en est ainsi, plus de refuge pour la superbe ni pour la convoitise. L'enseignement de Jésus-Christ n'est plus le rêve d'un sectaire exalté ; ses humiliations, les caprices d'un philosophe morose; ses reproches, les emportements d'un esprit chagrin; sa vie,

l'exagération d'un fou. C'est Dieu qui parle, c'est Dieu qui condamne, c'est Dieu qui agit. Il faut rendre les armes, ou bien étouffer, par un grand crime, la voix et la vie qui minent nos criminelles espérances et prononcent notre sentence. Entourons donc le juste et sondons-le par l'injure et les tourments ; condamnons- le à la mort la plus infâme ; nos passions et nos vices triompheront sur son cadavre.

Aux orgueilleux, aux ambitieux et aux libertins vient s'adjoindre le traître. Le Maître l'avait choisi, il était de sa famille, il mangeait avec lui le doux pain de la charité. Il avait reçu avec les amis de l'époux le pouvoir de commander à la nature et d'opérer des prodiges, il devait s'asseoir un jour sur un trône pour juger les tribus d'Israël. Quoique sa passion dominante se manifestât en plus d'une circonstance, jamais il ne recevait de reproches directs; toujours, au contraire, de doux avertissements qui eussent fléchi un cœur moins dur que le sien. Jusqu'au dernier moment, le ministère de confiance dont il était investi lui fut conservé, mais une faim maudite le dévore. Il trouve que c'est dur de vivre au jour le jour de la vie modeste et détachée de l'apôtre; et, sans qu'il

ait à se plaindre, sans qu'il articule aucun grief, il s'en va dire avec une brutale franchise aux orgueilleux, aux ambitieux, aux libertins qui cherchent le juste : — « Que voulez- vous me donner et je le livrerai, Quid vultis raihi ddive et ego ewnx vohis tradsivi^ ? » Et il le livre, non pas en feignant la violence d'une âme désabusée de Terreur et indignée d'avoir été séduite , mais en abusant du plus doux témoignage de l'amitié. Il livre son maître par un baiser^, ô le monstre! Aussi, depuis qu'il a fait cela, son nom résume toute trahison. Quand on a dit d'un homme : c'est un Judas, on a dit : c'est le pire des traîtres.

Cependant, le juste est si fort que ni les orgueilleux, ni les ambitieux, ni les libertins, ni le traître ne peuvent venir à bout de leurs desseins sur lui, sans la complicité solennelle du pouvoir public. Ils traînent le juste devant son tribunal, et la Providence, qui a ses vues, leur a préparé un lâche! Ce serait un homme de bien, s'il n'avait peur de déchoir. Son bon sens romain découvre les

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