Retraites pastorales et discours divers
lo Nécessité de rcsprit de réflexion ; 2» ses avantages ; 3^ les moyens de l'acquérir et de le conserver.
Adorons FEsprit-Saint nous enseignant dans les divines Ecritures la nécessité de réfléchir souvent sur nous-mêmes et sur nos devoirs. Il nous dit dans le Nouveau .Testament : H%c meditare, in his estOy ut profectus tiius manifestus sit in omnibus ; attende tibi et doctrinœ^ insta in illis ; et, dans l'Ancien, il commande à Israël d'avoir toujours la loi dans son cœur, de la méditer dans le cours de ses voyages comme dans le silence de sa demeure, à son coucher comme à son lever, d'en porter toujours quelques extraits à la main et sur le front, et de la graver sur les portes et à l'entrée de ses maisons, afin qu'il fût comme impossible de l'oublier : Eruntque verba hœc... in corde tuo...; etmeditaberis in eis sedens in domo tua^ et ambidans in itinere , dormiens atque consurgens ; ellirjabis ea quasi siynum in manu tua, eruntque et movebuntur inter ocidos tuos scribesque ea in limine et ostiis domus tuœ . Enfin, àtant de recommandations, il ajoute cette remarque si propre à toucher nos
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cœurs, c'est que le défaut de réflexion est la source de tous les maux qui désolent la face de la terre : Desolatione desolata estomnis terra^ quia nullus est qui re cogite t corde. Oh ! que ce divin Esprit mérite bien toutes nos actions de grâce, toutes nos louanges et tout notre amour pour une leçon si utile ! Rendons-lui-en tous nos devoirs et épanchons nos cœurs en sa présence, le priant de nous faire bien comprendre : 1'' la nécessité de l'esprit de réflexion; 2° ses avantages ; 3° les moyens de l'acquérir et de le conserver.
I. L'esprit de réflexion nous est nécessaire. Voyons, d'une part, de quels biens Fesprit d'irréflexion nous prive ; de l'autre, quels maux il attire sur nous.
Faute de réflexion, toute la vie d'un prêtre devient stérile pour le ciel, parce qu'il n'a pas soin de relever ses actions par des vues de foi : il fait tout d'une manière naturelle et purement humaine, de sorte qu'après avoir beaucoup travaillé il se trouve vide de tout mérite, et on peut lui appliquer lesparoles du prophète: Seminastisniultumetintulistis parum.,., et qui ynercedes congregavit^ inisit eus in sacculum pertusum. Faute de réflexion, il ne tire aucun fruit ni de l'office divin qu'il récite, ni des offices publics qu'il célèbre, parce qu'il ne s'applique à lui-même rien de ce qu'ont de touchant, de pieux, d'instructif, soit les paroles saintes qu'il a à la bouche, soit les cérémonies sacrées dont il les accompagne ; il récite, il chante, il
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officie sans penser au sens de ce qu'il dit et de ce qu'il fait. Le saint autel lui-même ne lui dit plus rien au cœur, parce qu'il ne pense sérieusement ni à la grandeur et à la sainteté du mystère ni à l'excellence des dispositions qu'il demande. Faute de réflexion^ il instruit les autres et ne s'instruit pas lui-môme ; il exhorte les autres et ne s'exhorte pas. C'est un canal qui laisse tout couler et ne garde rien pour soi, parce qu'il ne rentre point en lui-même pour s'appliquer ce qu'il prêche et se dire au fond de sa conscience : « Ceci me regarde comme les autres ; conformé-je ma conduite à ce que j'enseigne? est-ce. d'après ces principes que je pense, que j'agis et que je parle ? »
Et ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est qu'il n'y a point de réforme et d'amélioration à espérer de la part de l'homme irréfléchi: pour corriger ses défauts et acquérir les vertus, il faut surveiller son cœur, ses intentions, ses actions et ses paroles. Et le prêtre irréfléchi n'entend rien à cela ; il se reproche même à peine ses fautes, parce qu'il s'allègue toujours cette malheureuse excuse : « Je n'y pense pas ; » et il ne réfléchit pas qu'il devrait y penser, et il ne prend pas la résolution d'être plus réfléchi désormais. L'Esprit-Saint lui parlera au cœur par de pieux mouvements, de salutaires remords ; mais tout cela sera foulé aux pieds comme la semence jetée sur le grand chemin par les mille pensées ou imaginations qui passent et repassent dans son esprit. La grâce d'une retraite lui sera donnée ; mais il
n'en profitera pas davantage : il se bornera à assister aux exercices, à écouter et à prier ; mais point de retours sérieux sur soi-même pour se connaître, sur ses défauti pour les corriger, sur ses devoirs pour mieux les remplir. Or une retraite ainsi faite est sans fruit; la retraite ne produit d'effet qu'à proportion qu'on réfléchit, qu'on examine trois choses : ce qu'on est et comment on agit ; ce qu'on doit être et comment on doit agir ; enfin, ce que l'on fera pour être ce qu'on doit être et agir comme on doit agir. Oh ! que l'esprit d'irréflexion est donc fâcheux dans un prêtre ! c'est un obstacle à tout bien.
C'est encore la source de tout mal : sans la réflexion sur soi-même, mille principes vicieux, l'amour-propre, la vanité, la sensualité, l'humeur, la volonté propre, viennent gâter toutes nos œuvres, corrompre toutes nos intentions et convertir en péché jusqu'aux actions les plus saintes. Sans l'esprit de réflexion, on se laisse emporter à son imagination, à son caractère ; on est léger, dissipé ; il n'y a plus rien d'ecclésiastique ni dans les paroles ni dans la tenue ; on brusque, on heurte et on blesse ; on commet dans le gouvernement de la paroisse et dans la direction des âmes mille imprudences qui ont les suites les plus fâcheuses; inconsidéré que l'on est, on ne mesure la portée ni de ce qu'on dit ni de ce qu'on fait. Sans l'esprit de réflexion enfin, on se fait
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une habitude, une routine de tout; on perd cet esprit intérieur de piété qui est l'âme du sacerdoce, ce cœur tendre, religieux, touché, qui en est comme la vie ; et plus on va,plus on se familiarise, l'usage même des choses saintes en fait perdre le respect, et Ton traite sans vénération, comme choses vulgaires et profanes, tout ce que la religion a de plus sacré et de plus terrible.
Toutefois il est un mal plus grand encore où tombe le prêtre qui ne réfléchit pas : c'est l'illusion. N'observant point ses paroles, il se permet des médisances graves, et ne se les reproche pas ; sans vigilance sur son intérieur, il y laisse entrer des pensées mauvaises etne s'en fait pas scrupule ; après cela il monte à l'autel, administre les sacrements, et ne se doute pas qu'il fait des sacrilèges ; il se croit vivant, comme cet évêque de l'Apocalypse, et il est mort; il se croit riche en mérites, et il est pauvre ; c'est un homme dans l'illusion ; il ne se connaît pas. Oh! qu'il en est peu qui se connaissent parce qu'il en est peu qui réfléchissent ! Si on laisse parfois tomber un regard sur son état, on détourne aussitôt la vue et on oublie ce qu'on est : Consideravit se, et abiit, et Uathn ohlitus pst qualk fuerit. De là vient que tel se croit ferme dans la vertu qui est faible à faire trembler ; inspiré par le zèle, qui n'est guidé que par l'amour-propre ; doux et humble de cœur, qui se fâche à la moindre contradiction ou humiliation ; détaché, qui tient à la terre par mille chaînes. De là vient qu'on fait
des fautes ou qu'on a des défauts qui frappent tous les veux, et on est le seul à n'en rien voir. On se reprochera peut-être des distractions involontaires ; mais cette humeur qui choque le prochain, mais cette vanité qui veut être llattée et s'indigne si on la touche du bout du doigt, mais ces dispositions d'aigreur et de ressentiment, mais cet esprit de cupidité qui déshonore le sacerdoce, mais le temps perdu, Tétude négligée, mais Finstruction de chaque dimanche omise ou mal faite, mais le lieu saint laissé dans Tindécence, mais les décisions et absolutions hasardées, mais mille autres fautes : voilà ce qu'on ne songera même pas à se reprocher, parce qu'on ne réfléchit pas. Oh ! que l'esprit de réflexion est donc nécessaire !
II. Voyons maintenant quels en sont les avantages : 1° Le prêtre qui réfléchit surnaturalise et rend méritoires d'une gloire éternelle jusqu'à ses moindres actions, ses délassements mêmes, ses repas et son sommeil, parce qu'auparavant il dit à Dieu: « Seigneur, tout pour votre amour, tout pour vous plaire ! » et que dans le cours de l'action il prévient l'altération de l'intention première en se demandant souvent : « Quel est le principe de foi qui me fait agir? Est-ce bien le seul désir de plaire à Dieu ou d'imiter Jésus-Christ, mon modèle ? » 2" Tous ses exercices de piété portent leur fruit parce qu'il les fait avec un esprit recueilli, il les accompagne de retours sérieux sur lui-même, de résolutions pratiques, et il s'en souvient le
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reste diris ici ""dlexemple de Marie : Maria causervabat om?îî\ue ma xissc^ confercns in corde siio. Non moins fidèléout ce qtis laisser perdre la moindre grâce^ il entre.» point fini les bons mouvements de FEsprit-Saint et tïaires eille pour ne pas les perdre par la dissipation, ées iime l'homme qui porte un trésor et craint de le réfléc tomber, comme le serviteur qui porte une luur.^Ve au grand air, et craint que le vent ne l'éteigne. 3" Toutes les fonctions de son ministère tournent au bien de son âme : s'il parle, il s'applique/ à lui-même tout ce qu'il dit aux autres ; l'esprit Ck réflexion arrête les eaux de la doctrine, les circonscçit dans le cœur et les y recueille comme dans un bassin d^où il ne sort que la surabondance ; s il administre les sacrements , assiste les moribonds, il tire de tout des moyens de salut et s'édifie de tout ce quïl voit, de tout ce qu'il fait. 4" L'œil toujours ouvert sur sa conscience, sur ses pensées, ses actions ou ses paroles, il se connaît et se tient en garde contre l'illusion ; sans relâche il poursuit sa route vers la perfection, réformant son caractère, contrariant sa volonté propre, rompant ses attaches, s'étudiant à copier Jésus-Christ, et se demandant souvent : Quid niinc Christiis ? 0° L'esprit de réflexion rend sa foi vive, son humilité profonde, sa charité ardente, et le fait avancer rapidement dans toutes les vertus.
III. Mais quels sont les moyens d'acquérir et de conserver cet esprit de réflexion si essentiel dans un prêtre ? Le premier moyen, c'est la vie de
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retraite: le monde n'est que dissiç.'dtïon et jette ceux qui le fréquentent dans uiie dissipation égale à la sienne ; le monde ne sait , ce que c'est que rentrer en soi-même, il en a horreur ; et si on ne le t'ait, on devient soi-même iriréfléchi, étranger à son intérieur. Celui-là seul p/ourra donc contracter l'esprit de rétlexion qijf fujira le monde et aimera la retraite. C'est la retfraite, qui donne les goûts sérieux, les habitudes de rérlexion^ d'observation sur soi-même, — Le second moyen d'acquérir et de conserver l'esprit de réfloxion, c'est la vie d'ordre et de règle: rien ne f>^ dite le recueillement et l'attention sur soi-même comme l'ordre et la règle. Ce bel ordre de l'extérieurréagit sur le dedans et y maintient tout dans un calme qui rend la réflexion aisée ; la règle de son côté, moyen d'ordre, rappelant dans chaque action la volonté à Dieu dont elle exprime le bon plaisir, fait contracter naturellement l'esprit de réflexion. — Un troisième moyen, c'est la fidélité à l'oraison et aux examens de conscience : deux exercices dans lesquels le prêtre repasse ses voies ainsi que le saint Roi et dirige toutes ses démarches vers la loi du Seigneur : Cogitavi vias meas^et converti pedes meos; in textimonia ^^/r/. Enfin, un dernier moyen, c'est de contracter l'habitude de nous arrêter quelques instants avant chaque action, chaque fonction de notre ministère pour nous recueillir en présence de Dieu, purifier notre intention et réfléchir sur la manière d'agir la plus parfaite.
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Faisons ici un sérieux retour sur nous-mêmes. Qu'est-ce que ma vie, sinon une irrétlexion perpétuelle pour tout ce qui tient à ma sanctification ? Ne me laissé-je point absorber tout entier par les nouvelles, les affaires et les visites, par mon imagination, mes pensées inutiles, mes conversations, mes fonctions, sans réfléchir ni sur mes défauts pour les corriger, ni sur les vertus qui me manquent pour les acquérir, sans songer à vivre de la vie de la foi, à me demander: « Par quel principe de foi fais-je cette action, formé-je ce projet? J'officie, je récite, je chante sans penser au sens de ce que je dis ou de ce que je fais. Ma vie entière s écoule dans la dissipation, c'est une vie toute d'habitude et de routine, par conséquent inutile pour le ciel et infiniment dangereuse pour le salut. — Et cependant ce n'est pas encore là le plus grand mal : l'irréflexion n'a-t-elle pas mille fois étouffé les remords de ma conscience? Mille fois ne m'a-t-elle pas étourdi sur mes fautes à ce point que je ne les aperçois point? Je ne songe presque jamais à examiner où j'en suis de mon salut. Et cependant, s'il me fallait mourir en ce moment, serais-je tranquille? Que de choses doivent me donner de légitimes inquiétudes et dans la manière dont je dis le saint office, dont je célèbre, dont je confesse, dont j'emploie le temps, et dans mes négligences, mes fautes sans nombre, mes mœurs si peu sacerdotales ? »
Resolution r/mérale d'embrasser ces quatre
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moyens d'acquérir et de conserver l'esprit de réflexion.
Résolutions particulières de réfléchir sérieusement sur nous-mêmes pendant cette retraite : 1 ° Pour mettre ordre à notre conscience comme si nous devions mourir à la fm de ces saints exercices; 2° pour bien nous connaître^ bien remarquer tous nos défauts et prendre les moyens les plus propres à les corriger. Ainsi nous ne nous bornerons pas à dire : « Je veux me convertir; » mais nous développerons le sens de ce mot et nous dirons : « Je veux me convertir, cest-à-dire je veux m'appliquer à mieux faire mes actions ordinaires^ mieux prier, mieux méditer,mieux réciter le saint office; je veux réformer mon caractère, en adoucir les aigreurs, en modérer les saillies, en combattre les antipathies ; je veux me convertir, c'est-à-dire je veux renoncer à ma volonté propre, n'en plus suivre les caprices, n'en plus écouter les répugnances, mais la sacrifier au bon plaisir divin dont je lirai l'expression dans les devoirs de mon ministère et dans le règlement de vie que je vais me tracer pendant ces saints jours ; je veux me convertir, c'est-à-dire je veux rompre toutes les attaches dont Dieu seul n'est pas la fm ; étudier pendant cette retraite tout ce à quoi je tiens en ce monde et couper sans ménagement jusqu'à la dernière fibre, c'est-à-dire je veux réformer toutes mes manières de penser, de parler et d'agir, et m'éUidier dans toutes mes actions comme dans tous mes jugements à me