ESPRIT DE REFLEXION
rendre semblable à Jésiis-Clirist, le modèle des élus. »
Bouquet spmrruEL : Desolatione desolata est terra quianullus est qui recogitet corde.
MEDITATION
SUR
Nécessité de l'espi'it d'abnégation : 1° Pour profiter de la retraite ; 2° pour réformer nos défauts ; 3^" pour acquérir les vertus ; 4° pour nous acquitter dignement des fonctions de notre ministère.
Adorons la Sagesse éternelle descendue du ciel en terre pour nous donner cette grande et importante leçon dont rintelligence parfaite et la conviction intime va décider du succès de cette retraite : Si quis vult venire po^t nip, abneget semetipsum. Admirons comme cette Sagesse incréée, voulant que la nature ne puisse échapper à l'arrêt de mort prononcé contre elle, se plaît à nous représenter la même vérité sous mille formes différentes : Celui qui ne renonce pas à tout, dit-elle ailleurs, ne peut être, quoi ? mon prêtre ? non, pas même mon disciple : Qui non reniintiat omnibus non potest meus esse discipulus. Celui qui s'aime se perd, tant il est loin de pouvoir être le sauveur des autres : Qui amat animam suam, perdet eam ; et celui-là seul se sauve qui se traite comme un ennemi dont on se plaît à contrarier les volontés et l'humeur, les désirs et les goûts : Qui odit rmimam suam in vitam œternam ciistodit eam. Le royaume des cieux ne se prend que par violence : pour y arriver
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il faut soutenir ou livrer bien des assauts contre soi-même : Regniim cœlorum mmpatitur. On n'y entre point en vivant à son aise, au gré de ses caprices ; la porte en est étroite, et pour y entrer il faut faire effort sur soi, mettre en quelque sorte dans les étreintes notre nature viciée comme on y met les enfants mal conformés pour les redresser : Contendite intrare j)er angiistam port/rm. 0 Jésus, mon divin maître, soyez béni et remercié à jamais de nous avoir donné sur l'abnégation des instructions aussi détaillées et aussi précises : Laudamus te, henedicimus te, gratias agimus tïln. Gravez-les par votre grâce bien avant dans mon cœur, afin que désormais elles soient la règle de ma conduite, et que je répare le malheur que j'ai eu jusqu'à présent de si peu les comprendre et de les pratiquer moins encore.
0 Dieu, qu'il m'est nécessaire de devenir un homme d'abnégation, d'arracher de mon cœur ce moi qui m'est si cher, d'arrachermoi-même à moimême. Sans cela 1" cette sainte retraite me sera complètement inutile ; car quel est le but de ces saints exercices ? C'est de me faire passer de la tiédeur à la ferveur, de la routine à l'esprit de foi, de la dissipation au recueillement ; c'est de me faire rompre mes attaches, mes habitudes de négligence et de sensualité ; c'est enliu de réformer mon caractère et ma volonté propre, de redresser mon cœur et ses penchants, de renouveler toute ma vie : voilà, la fin à laquelle se rapporteront et
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toutes les instructions que nous entendrons, et toutes les lectures que nous ferons, et toutes les paroles intérieures que TEsprit-Saint nous dira dans le secret du cœur. Or sans Fabnégation, sans la disposition de nous gêner et de nous faire violence, comment obtiendrons-nous cette fm? Eh ! que pourront produire en nous tous les discours qui frapperont nos oreilles comme toutes les lumières qui éclaireront nos âmes? Tout au plus peut-être quelques sentiments de piété qui dureront autant que la retraite, quelquesregrets sur le passé, quelques velléités stériles pour l'avenir ; mais jamais nous n'en viendrons jusqu'à cette conclusion seule utile : donc il me faut, au lieu d'écouter les caprices elles fantaisies de ma volonté propre, comme je l'ai fait jusqu'ici, l'assujettir à une règle de vie, la soumettre à l'obéissance, la livrer à tous les besoins de mon ministère; donc il me faut changer mon humeur, en adoucir les aigreurs, en modérer les saillies, en combattre les antipathies, les impatiences, les mélancolies; donc il me faut fixer les évagations de mon esprit éternellement dissipé, en captiver les légèretés et les écarts, le sevrer de toutes ces lectures frivoles et de toutes ces mille nouvelles qui le distraient et le préoccupent. En un mot, nous considérerons les vertus en théorie et en spéculation, nous admirerons le bel effet qu'elles produisent dans les vies des saints ; mais jamais nous ne les considérerons dans la pratique par rapport à nous, à la réforme de notre
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cœur, à notre manière de penser.de parler et d'agir, parce qu'il en coûte de changer un certain tiain de vie, de vaincre des habitudes une fois prises, et ainsi la retraite nous sera complètement inutile. Examinons devant Dieu quelles sont nos dispositions à ce sujet : nous sentons-nous le courage de nous gêner, de nous faire violence, de nous assujettir, seul moyen de rendre la retraite profitable? 2" Sans l'abnégation, nos défauts sont irréformables ; car pour réformer ses défauts, il faut y penser et le vouloir. Or, sans l'abnégation, on ne pense pas à se réformer et on ne lèvent pas. On n'v pense pas : car,comme on ne sait pas se gêner pour se tenir dans le recueillement, on vit dans une dissipation perpétuelle, laissant errer et vagabonder son esprit partout où la vanité de ses pensées l'entraîne, où la curiosité l'emporte, où l'imagination l'égaré, où l'empressement naturel le précipite. En second lieu, on ne le veut pas. On le voudrait bien s'il n'en coûtait aucun sacrifice, aucune violence ; mais il n'en est point ainsi : nous avons hérité de notre premier père une volonté désordonnée qui a de l'attrait pour ce qui est défendu, de la répugnance pour ce qui est commandé ; un cœur froid pour Dieu et les choses spirituelles, ardent pour la créature et les plaisirs des sens, ennemi de tout ce qui gêne, ennuie ou incommode, passionné pour tout ce qui flatte et amuse ; une âme, enfin, foyer de toutes les passions, réceptacle de tous les vices qui y sont au moins en
germe : Caro enim conciqmcit aclverms spiritiim^ spiritus autem adversus caniem; hœcenim sihi invicem adversantur . Or, pour arracher les mauvaises herbes d'un si mauvais fond ,il faut déchirer la terre avec effort et violence ; pour tenir dans Tordre une nature si déréglée, il faut la combattre sans relâche, lui faire une continuelle violence : Militia est vit a hominis mper terrain. Il faut mourir à soi : Existimcfte vos tanqiiam mortiios. Il ne faut plus s'aimer, se rechercher ; car c'est là la source, la racine de tout mal. Oh! tarissons cette source, coupons cette racine, et tous nos défauts seront corrigés au jugement de saint Augustin, puisque l'homme ne pèche que pour se procurer quelque plaisir ou s'épargner quelque peine : Eominh perditio amor mi. On s'aime soi-même, et, comme Tassujettissementà une règle de vie^ la fidélité à Foraison et à ses exercices de piété, l'assiduité à l'étude dans les moments libres gêne et incommode la nature qui veut vivre au gré de ses caprices, delà une vie sans ordre et sans règle; de là l'oraison et les exercices de piété omis ; de là le temps perdu au jeu et à la bagatelle ; de là l'étude de la théologie renvoyée comme pratique surannée aux bancs de l'école; de là la préparation des prônes et des catéchismes délaissée comme un travail de commençant. On s'aime soi-même, et de là le désir de thésauriser, l'amour de la bonne chère, le goût du luxe dans les ameublements, la fréquentation du monde et de ses sociétés, la recherche de
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tout ce qui peut nous procurer quelque plaisir. On s'aime soi-même, et de là ces désirs sans cesse renaissants, ces volontés souvent contraires, ces mille petites passions, dont les unes, violentes, impétueuses, simpatientent, murmurent, éclatent, si elles ne sont promptement satisfaites; les autres, plus séduisantes parce qu'elles sont plus cachées, attaquent en secret et triomphent comme à l'insu du cœur qu'elles subjuguent. Rentrons encore ici en nous-mêmes et voyons combien l'abnégation est nécessaire pour la réforme de nos défauts.
3" Sans l'abnégation, l'acquisition des vertus nous devient impossible. Sans elle, on peut faire de longues prières vocales, des jeûnes et des aumônes ; on peut avoir de la dévotion, mais on n'a point de vertu. On n'a point d'humilité : car une légère humiliation abat et déconcerte ; les préférences accordées aux autres provoquent les murmures, leurs talents et leurs vertus éveillent la jalousie, leurs prétentions nous trouvent plus prétentieux encore; on trouve des défauts dans tout le bien qu^ils font et on n'estime que ce qu'on fait soi-même. On n'a point de charité : car on ne sait pas s'observer et se retenir pour réprimer Tesprit de médisance et de critique, le goût de la raillerie et de la satire, pour souiTrir tout du prochain et ne rien faire souffrir à personne. De là les bons rapports troublés, les cœurs froissés par les conflits inévitables de vues, de volontés, de caractères ; de là les divisions qui désolent le sanctuaire
et malédifient les peuples. On n'a point de douceur ; car il faudrait pour cela comprimer les fougues de l'humeur, maîtriser les mouvements du cœur et les soulèvements de l'impatience, vaincre cette inflexibilité de caractère qui ne sait point céder ; et rien de semblable ne se peut espérer des prêtres sans abnégation : il suffit de les heurter tant soit peu, et aussitôt on voit jaillir l'étincelle de l'impatience ou la flamme de la colère. On n'a point d'amour de Dieu , car cet amour ne règne dans le cœur qu'à proportion que l'homme se vide de lui-même : Diminutio cupiditatis augmentwn caritatis^ perfecta caritm nulla ciipiditas. On n'a ni résignation ni conformité à la volonté divine ; les attaches et les volontés propres dominent le cœur ; en un mot, rien de solide dans les prêtres sans abnégation, tout pèche en eux par le fondement ; tant qu'il n'y a point à prendre sur soi, à se faire violence, ils sont des saints; dès qu'il faut se gêner et souffrir, ils ne sont que des hommes. Rentrons encore ici en nous-mêmes : n'est-ce point là l'histoire véritable de ce que nous avons jusqu'à présent estimé nos vertus?
4° Enfin, sans abnégation, nous remplirons mal les fonctions de notre ministère: eh! laquelle remplirions-nous dignement? La sainte messe? mais ce cœur, plein de lui-même, rempli d'attaches, d'inclinations immortifiées, de volontés désordonnées, est-il une hostie digne de s'associer à l'adorable victime, une demeure digne du Dieu jaloux
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qui ne veut point de partage dans l'holocauste? L'instruction des peuples? mais sans abnégation ni on ne la prépare convenablement ni on ne la prononce avec esprit de foi. Le ministère du tribunal ? mais sans abnégation on n'y est ni assidu, ni doux, ni patient, ni animé de l'esprit de Dieu. L'administration de la paroisse ? mais sans abnégation on mécontente, on rebute, tantôt par un abord peu aimable, une parole dure, et l'ignorance de cet art heureux qui enseigne à cacher sous des dehors gracieux des préventions ou des peines, tantôt par des ennuis et des mécontentements qu'on laisse éclater, des imprudences qui vont heurter de front toutes les oppositions, et mille entreprises indiscrètes dont l'issue funeste livre la religion aux railleries des méchants. Un retour sur nous-mêmes nous fera connaître combien de fois, faute d'abnégation, nous avons manqué aux devoirs de notre ministère.
Résolutions : 1" De nous offrir souvent à Dieu pendant cette retraite dans une disposition généreuse d'abnégation, lui protestant que nous ne voulons plus tenir à rien de créé ni à nous-mêmes, mais nous sacrifier entièrement à son bon plaisir, quoi que ce soit qu'il nous demande ; 2° de nous conserver toujours après la retraite dans cet esprit de sacrifice, d'immolation de notre volonté propre, de notre caractère, de nos goûts et de nos aises.
Bouquet spirituel : Ces paroles de saint Jérôme : Tantiim profeceris quantum tibi ipsi vim intideris.
MEDITATION
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Nécessité de mortifiar notre amour-propre, qui est i° un menteur qui nous trompe ; 2'^ un ennemi qui nous perd ; 3" un traître qui nous rend malheureux en nous caressant.
Adorons Notre-Seigneur Jésus-Christ nous apprenant par r exemple de toute sa vie à combattre notre amour-propre et notre vanité: il est la splendeur du Père, le caractère de sa substance, un même Dieu avec lui, infini comme lui en toutes perfections; et cependant il s'anéantit sous la forme dun esclave et la ressemblance d'une chair de péché ; il est doux et humble de cœur au milieu des humiliations ; il s'estime l'opprobre du monde et le dernier de tous les hommes : Opprobrium homimim et abjectio plf'bis ; Mw ver de terre digne d'être foulé aux pieds : Ego sinn vermis et non homo. 11 naît, il croît, il vit, il meurt dans l'état le plus opposé à Famour-propre. Il a en lui tous les trésors de la sagesse et de la science, mais il les tient cachés : hi quo sunt omnes thesaun sapientise et ^cipatm absconditi; il ne passe dans l'estime publique que pour un ignorant : Quomodo hic litteras sfit? pour le 1ils d'un pauvre ouvrier apprenti de
son père : Nonne hic est faber et fahri filius ? Il y a plus : il se laisse appeler un trompeur, un homme qui adore le plaisir, le vin, la bonne chère, un Samaritain, un hérétique, un impie, un ennemi du temple et du peuple saint, un possédé du démon, un séditieux, un voleur, pire que l'assassin Barabbas, digne d'être supplicié entre deux voleurs comme le plus grand d'entre eux, et après sa mort il se dévoue à des humiliations plus grandes encore dans l'Eucharistie, où il est exposé à être jeté dans la poussière et foulé sous les pieds. 0 Dieu, après un tel exemple, qui aura de Famourpropre ? qui s'estimera ? qui voudra être honoré et estimé ? qui ne s'abîmera à jamais dans l'humilité la plus profonde ?
Trois raisons nous y obligent: V' Tamour-propre est un menteur qui nous trompe ; il nous dit que nous avons du mérite, que nous devons en être fiers et avons droit à l'estime et à la louange. Ecoutons comme il ment: Qiiis te discernit ? quid h'fbes quodnon accepens? Si autem acceperis , q ind fjloi'iaris quasi non accepens. Siquisexistimat se aliquidesse cumnihil sit, ipse se seducit. Qui seipsum bene cognoscit., dit l'auteur de V Imitation, sibi ipsi vileseit, nec laudibus delectatur humanis. Ne putes te aliquid profecisse nisi te ornnibus inferiorem esse sentias. L'amour-propre a beau crier : nos péchés passés et nos misères présentes sont là ; l'abus des grâces et le mal que nous mêlons en tout, nos froideurs au service de Dieu, nos faiblesses
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dans les tentations, notre inconstance dans les résolutions sont là qui crient plus haut encore. Humiliez- vous : il vous va mal de vouloir être estimés et honorés quand on est si misérable, d'être si susceptibles et si jaloux, si ambitieux de gloire, d'avancement et de préférence ; il vous va mal de vous estimer tant, de prendre pour des vérités les louanges qu'on vous donne et les égards qu'on vous rend pour des dettes qu'on vous paye ; il vous va mal de vous estimer vous-mêmes, de vous croire plus capables, plus judicieux, plus habiles que les autres, de ne vouloir ni convenir de vos torts ni avouer vos erreurs, ni reconnaître vos défauts, ceux-là même qui frappent tous les regards, de telle sorte que tant d'endroits par où vous êtes des misérables ne suffisent pas pour vous donner un peu d'humilité, tandis que le moindre avantage que vous croyez remarquer en vous suffit pour vous enfler d'orgueil ; il vous va mal enfin de mentir, et combien de fois par cette malheureuse excuse avez-vous couvert vos torts et vos travers, vos fautes et vos défauts ?
2° Non seulement l'amour-propre est un menteur qui nous trompe ; c'est encore un ennemi qui nous perd. On a vu des solitaires, après des quatre-vingts ans de pénitence, se perdre par l'amourpropre ; et sainte Thérèse nous déclare avoir vu sa place marquée au fond des enfers si elle n'eût rejeté un mouvement de vanité dont les suites l'eussent perdue. C'est 1° que l'amour-propre nous
empêche de voir les vertus qui nous manquent pour les acquérir, et les défauts que nous avons pour les réformer ; nous demeurons toujours dans le même état, toujours incorrigibles, jamais meilleurs, et d'autant plus incorrigibles que l'amour-propre ne se remarque guère : il se cache dans les plis et les replis de l'âme, dans les pensées et arrière-pensées. C'est comme le battement du cœur, qui ne s'observe point parce qu'il est ordinaire et habituel^ et que d'ailleurs il forme un charme où l'on se complaît, où l'on ne songe qu'à jouir. C'est 2° que Dieu maudit l'orgueil qui se complaît en lui-même ; il lui soustrait ses grâces et l'abandonne à sa superbe faiblesse. C'est 3° que l'orgueil est le principe de tous les vices : Tnitium omnis peccati est superbia. Tel prêtre au sortir du séminaire était fervent ; mais l'amourpropre lui a dit qu'il pouvait compter sur sa vertu, qu'il n'avait pas besoin de prendre tant de précautions contre les dangers, et il est tombé de chute en chute jusqu'au fond de l'abîme. L'amour-propre lui a dit qu'il était beau d'être entouré de l'estime et de la louange, et dès lors, détournant son cœur des vues spirituelles, il n'a plus vécu, parlé et agi que pour la vanité, moins inquiet de ce qu'il était en réalité et devant Dieu que de ce qu'il était en apparence et dans l'opinion des hommes. L'amourpropre lui a dit qu'il était beau de s'élever audessus des autres : de là l'amour des richesses, le goût du luxe, de l'opulence, de la bonne chère ;
de là l'affectation dans l'air et les manières, la prétention et l'envie de monter plus haut. Et tout sans soupçonner qu'on est sous l'action deTamourpropre qui déguise ses ruses, parce que jamais on ne séduit mieux un aveugle qu'en lui cachant le précipice et le flattant de le conduire au but. Ainsi l'amour-propre perd les prêtres et en peuple l'enfer comme principe général de tous les vices ; et il ne les perd pas moins comme principe destructeur de toutes les vertus. Destructeur de la foi, il est le principe de toutes les hérésies et de tous les schismes ; il accueille avec défiance et critique les décisions et les actes de l'autorité. Destructeur de l'espérance, il la renverse par la présomption ou l'abandonne par dépit. Destructeur de la charité, il la détruit entre les confrères ou les paroissiens tantôt par des susceptibilités qui s'ofTensent d'un rien, d'un manque d'égards involontaire ou d^une parole irréfléchie ; tantôt par des prétentions et des exigences qui le rendent insupportable» Destructeur du support mutuel, il ne sait rien pardonner, rien excuser, rien oublier ; il est jaloux du mérite d'autrui, jaloux des louanges qu'on en fait ; il publie le mal qu'il en sait, ou qu'il en soupçonne, et en invente au besoin. Sa société est désagréable parce qu'opiniâtre dans ses idées et ses volontés, il ne veut jamais céder ni condescendre. Destructeur du zèle, l'amour-propre s'ennuie des fonctions obscures, et laisse là l'utile pour l'éclat^ la surérogation pour le devoir; il se décourage quand le
succès ne le paie pas comptant, il se compromet par des imprudences, s'impatiente contre tout ce qui le contrarie^ néglige l'instruction de crainte de ne pas réussir ou la rend inutile en ne s'abaissant pas à la portée de ses auditeurs ; et, lors même qu'il réussit, il en perd tout le mérite devant Dieu, parce que la pureté d'intention manque. Quel malheur ! Il avait travaillé beaucoup et il n'en recueille rien: Nihil invenerunt omnef^ viri divitiaruni in inanilms suis. Il ne manquait que d'une direction d'intention, et des trésors de mérites étaient gagnés pour le ciel; faute de cette direction, il n'y a gagné qu'un degré d'orgueil de plus.
3° L'amour-propre est un traître qui nous rend malheureux en nous caressant. Qu'ils sont malheureux les esclaves de l'amour-propre ! Ils espéraient du succès et de la louange et étaient malheureux d'inquiétude avant l'action ; ils sont encore plus malheureux après, en voyant leurs espérances frustrées. Le moindre défaut d'égards les attriste, et dans la plus petite humiliation ils trouvent la matière d'une grande peine. Souvent ce n'est rien^ c'est imagination pure ; mais cela suflit pour les désoler et les abattre. Que sera-ce donc quand la calomnie vomira contre eux ses noirs poisons ? et qui peut en être exempt dans la vie? L'homme humble foule tout cela sous les pieds, il laisse dire le monde et va son chemin ; à l'esclave de l'amourpropre seul les tristesses et les chagrins de la vie.
Après ces réflexions^ nous devons comprendre
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combien il importe d'interroger sérieusement notre conscience sur ce point : Ai-je fait à Dieu le sacrifice de mon amour-propre? Ne m'estimé-je point, même me préférant aux autres, ayant bonne opinion de moi-même, me croyant plus capable que les autres? Ne désiré-je point être estimé, capter la louange, les applaudissements, cherchant en tout à satisfaire mon amour-propre, à obtenir de F avancement?
Résolutions: i° De nous établir fortement dans la disposition de ne jamais rien dire ni rien faire par amour-propre. et de proiiter de toutes les occasions qui se présentent de le contrarier pour le détruire en nous.
2° Dans nos actions et conversations, de rapporter avec soin et amour tout à Dieu seul, «tout pour vous plaire, mon Dieu ! » de désavouer toutes les A^es humaines qui pourraient s'y mêler et de nous demander souvent : « Par quel principe de foi fais-je cette action? Est-ce bien pour Dieu seul?
Bouquet spirituel : Qui seipsum hene cognoscit sibi ipfii vilescit, nec laudibus delectalur humanis.
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