JÉSUS CONSIDÉRÉ DANS L EUCHARISTIE COMME MODÈLE DU PRÊTRE
Modèle : 1° De ses devoirs envers Dieu ; 2° de ses devoirs envers le prochain ; 3° de ses devoirs par rapport à lui-même.
Adorons Notre-Seigneur nous adressant dans l'Eucharistie les mêmes paroles qu'il disait à ses apôtres pendant sa vie mortelle : « Je vous ai donné l'exemple afin que vous fassiez comme moi: Exemplum dedi vobis^ ut quernadmodum ego feci vobis, ita et vos faciatis. » Oh ! quïl est bien là le modèle le plus achevé de la vie parfaite ! Remercions-le des grands exemples quïl nous donne^ et demandons-lui la grâce de l'imiter.
I. Et d'abord Jésus-Christ dans l'Eucharistie offre à tous les prêtres le modèle de leurs devoirs envers Dieu. Le prêtre est tenu envers Dieu à trois devoirs principaux : une religion profonde, un esprit habituel de prière, un zèle immense pour sa gloire : une religion profonde qui, dans l'exercice de ses fonctions, dans les églises et dans les lieux saints, imprime au fond de son âme et sur tout son extérieur ce souverain respect que commandent l'incompréhensible grandeur de Dieu et l'édification des peuples ; un esprit habituel de prière soit
pour remplir son office de médiateur de l'Eglise universelle devant le trône de Dieu, soit pour entretenir son âme dans cet état de recueillement qu'exige la participation journalière aux saints mystères ; un zèle immense pour la gloire de Dieu, puisqu'il n'est établi prêtre que pour la procurer ; glorifier Dieu, le faire glorifier par toute créature : voilà la fin de son sacerdoce. Or dans rEucharistie Jésus -Christ remplit excellemment ces trois devoirs : il y remplit le devoir de la religion la plus profonde envers son Père. Et ne voyez-vous pas, dans ce Sacrement, comme l'humanité sainte de Jésus- Christ, abîmée de vénération par la grandeur de Dieu, semble vouloir disparaître, se reconnaître indigne devant l'excellence infinie des perfections divines ; elle se cache avec toute sa gloire sous des symboles de mort, sous un atome et dans un point. « 0 Dieu, semblet-elledire, qui est semblable à vous ? Quis ut Deiis? Je tombe anéanti devant vos grandeurs, je voudrais cacher mon être pour que le vôtre parût seul; car nul être créé n'est digne de subsister devant vous: Substantiel mea tanquam nihilum ante te. » Ohl si les prêtres méditaient bien cette religion profonde de Jésus^ notre grand pontife, s'anéantissant dans l'Eucharistie pour respecter souverainement l'excellence infinie de l'Etre divin^ qu'ils en retireraient d'immenses avantages ! 1° Un profond respect pour la présence de Dieu partout, et par conséquent une sainte retenue, une modestie angéliquedansleur
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extérieur ; 2** une religion parfaite dans tous leurs exercices de piété, laquelle les ferait prosterner de corps et d'esprit devant cet être si grand que nous avons l'honneur de servir; 3°une vénération singulière pour les temples, pour les vases sacrés, pour tout ce qui sert au culte enfin; le zèle des cérémonies, de la décoration des églises.
Notre-Seigneur Jésus-Christ dans l'Eucharistie remplit encore le devoir de la prière ; et quelle croyez- vous que soit son occupation habituelle dans ce mystère? Prier, louer, adorer, glorifier, remercier, demander : voilà toute sa vie. A chaque instant du jour et de la nuit s'échappe des tabernacles l'encens de la prière de Jésus, qui, embrasée du feu de sa charité, monte en sacrifice d'agréable odeur jusqu'au trône de Dieu ; à chaque instant partent du saint ciboire les hommages brûlants de ce divin Pontife, saint et séparé des pécheurs ; ils vont droit au cœur du Père, ils le comblent d'amour et ravissent toutes ses complaisances. Oh ! qu'il me semble que ce doit être une grande joie pour le ciel de voir ainsi arriver à chaque instant des tabernacles de l'un et l'autre hémisphères, devant le trône de Dieu, des hommages si fervents, si multipliés, si pieux, si dignes de Dieu; car ils l'honorent autant qu'il mérite de l'être infiniment : Secimdiim nomen tumn, Dens^ sic et laus lua. Mais en même temps quel modèle pour nous I Jésus priant dans l'Eucharistie, voilà le divin exemplaire sur lequel nous devons nous former à
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cette prière continuelle que l'Évangile demande à tous : Oportet semjoer orare et nunquam deficere... sine intermissione orantes, mais qui est bien plus encore nécessaire aux prêtres : aux prêtres qui sont par office des hommes de la prière, chargés de rendre à Dieu au nom des peuples les devoirs de la prière ; aux prêtres qui ont tant de grâces à demander; grâces pour euxmêmes, pour les âmes confiées à leurs soins, grâces pour l'Église universelle ; aux prêtres enfin qui n'ont point de salut à attendre s'ils ne sont des hommes de prière, de recueillement, d'union à Dieu, des hommes intérieurs?
Enfin Jésus-Christ dans l'Eucharistie est tout brûlant de zèle pour la gloire de son Père. Ah ! c'est ici surtout que mon Souveur est admirable : il ne se contente pas de prier dans les tabernacles pour que les pécheurs convertis et les justes sanctifiés rendent gloire à Dieu ; il sait que le sacrifice est tout ce qu'il y a de plus honorable à son Père, puisque c'est l'acte de religion qui reconnaît l'excellence infinie de l'Être divin devant lequel tout être n'est que néant ; et voyez ce qu'il va faire dans sa sainte ardeur pour la gloire de Dieu. Il se laisse sacrifier sous le glaive des paroles consécratoires, et si le sang ne jaillit pas à gros bouillons sous le coup de la parole, c'est qu'il est arrêté par miracle dans ses veines sacrées. Mais le sacrifice n'en est pas moins réel, le caractère de la mort ne lui est pas moins imprimé; et vous,
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ô Père céleste, vous n'en avez pas moins la gloire, la g-loire incomparable de voir une personne divine mourir mystérieusement aux pieds de votre trône en reconnaissance de votre dornaine absolu sur toute créature. Jésus-Christ ne s'en tient pas là : dans la soif immense qui le dévore de la gloire de son Père, voilà trois siècles que ce sacrifice est rendu perpétuel et ne cesse pas un instant du jour ou de la nuit. Pendant le sommeil de notre hémisphère, l'autre hémisphère veille, et les prêtres y immolent la victime en l'honneur de Dieu, et quand le soleil déclinant vers l'horizon vient nous rapporter sa lumière, Jésus-Christ revient avec lui sïmmoler sur nos autels, en sorte que le Père céleste trouve sans cesse ce grand réparateur de sa gloire outragée, comme suspendu par les mains du prêtre entre le ciel et la terre pour lui faire honneur et sauver le monde, tant est admirable le zèle de Jésus pour hi gloire de Dieu. Et encore ne dis-je rien de cet état de victime et de mort où il reste après le sacrifice dans les divins tabernacles : il ne se passe point d'année, peut-être même de mois, qu'on n'entende raconter qu'une main sacrilège a osé profaner les tabernacles !
Oh ! le ravissant modèle du zèle qui devra nous animer dans le saint ministère pour la gloire de Dieu ! Oui, pour la gloire de Dieu il faudra nous sacrifier comme Jésus-Christ, sacrifier notre humeur, nos répugnances, l'amour de nos aises, sacrifier toute attache à sa volonté, et surtout cet
amour-propre si délicat et si susceptible. Pour la gloire de Dieu rien ne devra nous sembler trop pénible ; un prêtre ne doit respirer et vivre que pour la plus grande gloire de Dieu, et trop heureux s'il peut mourir pour une si belle cause î
II. J'ai dit, en deuxième lieu, que Jésus-Christ dans l'Eucharistie offre à tous les prêtres le modèle de leurs devoirs envers le prochain : dévouement, et douceur, tels sont les devoirs d'un prêtre envers les fidèles.
Dévouement. Il faut qu'il soit tout à tous : Omnibus omnia ; il ne s'appartient plus, il est le serviteur de tous : Servus seri^orum. A chaque instant il faut qu'il soit prêt à instruire l'ignorant, redevable à tous de son ministère : Sapientibus et insipientibiis debitor ; à écouter le pécheur, à consoler l'affligé, à exhorter le malade, à courir après la brebis qui s'égare, à obliger un confrère. A chaque instant, il faut quil veille sur le troupeau ; c'est une sollicitude continuelle : Prœest in sollicitudine ; c'est un dévouement sans bornes. Mais toutefois qu'il y a loin de là encore au dévouement de Jésus-Christ dans l'Eucharistie ! Notre salut ne faisant qu'une seule et môme cause avec la gloire de son Père, ce divin Sauveur n'a pas un soupir dans son cœur, une pensée dans son esprit qui ne soit pour nous ; à chaque instant il pense à chacun de nous, il prie par la voix de toutes ses plaies, par l'offrande de sa victime, qui est lui-même, pour chacun de nous, mais
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avec quelle ferveur, quel zèle !... Ah! si nous l'avions compris une bonne fois, nous ne pourrions plus aussi vivre que d'amour, respirer qu'amour pour le Dieu qui nous est ainsi tout dévoué. Et avons- nous remarqué combien il est encore plus particulièrement dévoué au prêtre et à toutes ses volontés ? Le prêtre l'appelle du ciel et il descend ; le prêtre l'élève ou l'abaisse, le renferme dans les tabernacles ou l'en retire, le place où il veut, le donne par la communion à qui il veut, et Jésus-Christ tout dévoué à son prêtre se laisse faire ! 0 chose vraiment admirable ! il aime mieux descendre sur une langue souillée, dans un cœur abominable, à côté du démon, que de manquer de dévouement à son prêtre qui l'y place. En vérité, après un pareil exemple, un prêtre ne devrait-il pas nous faire rougir de n'être dévoué qu'à demi au salut des âmes et au bien des peuples ? Toutefois, il en faut convenir, dans l'exercice de ce dévouement sacerdotal, il y a des choses pénibles, des contradictions à souffrir, des dégoûts à surmonter, des volontés dures à amollir, des violences à se faire ; il faut de la patience et de la douceur : de la patience pour ne pas exciter des paroles dures et scandaliser par les saillies du caractère, de la douceur pour gagner l'amour et la confiance, car la douceur est la clef des cœurs. On ne les ouvre pas d'une autre manière. 0 prêtres, venez donc à l'école de l'Eucharistie apprendre cette double vertu : Discite a me quia mitis s^^m.Tous les jours^
Notre-Seigneiir dans son Sacrement a à souffrir l'irrévérence des mauvais chrétiens, les blasphèmes de l'incrédule qui vient l'insulter jusque dans son sanctuaire ; tous les jours il a à souffrir notre froideur, nos distractions, nos négligences en sa présence, et plus d'une fois une main sacrilège est entrée dans les tabernacles pour en retirer son corps sacré et le jeter dans la boue, le fouler aux pieds. Eh bien, Notre-Seigneur a-t-il manqué à la patience et à la douceur? Est-il sorti des foudres du fond des tabernacles? A-t-il donné quelque signe de mécontentement? 0 calme, ô douceur, ô bénignité de mon Sauveur outragé, que vous confondrez ces prêtres durs et impatients, vifs et emportés, qui ne savent rien souffrir I
III. Enfin, Jésus-Christ dans l'Eucharistie offre à tous les prêtres le modèle de leurs devoirs par rapport à eux-mêmes. Les principaux devoirs d'un prêtre par rapporta lui-même, consistent: 1 dans une vie de règle qui empêche le caprice et fixe lïnconstance de la volonté propre. Or, quel plus beau modèle de cette vie que Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Ilii'y fait jamais sa volonté propre ; la volonté du prêtre qui fait de lui tout ce qu'il veut, voilà sa règle; il souffrira tout plutôt que de s'en écarter. Ils consistent : 2° dans cette grave modestie, cette singulière décence qui est pour les peuples une prédication si touchante ; pour nous-mêmes un préservatif contre les tentations extérieures et un moven assuré d'arriver au recueillement. Or,
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encore une fois, quel plus beau modèle que Jésus- Christ dans l'Eucharistie, puisque là ilne fait aucun usage de tous ses sens ; il a des pieds et ne marche pas, des mains et n'agit pas, une bouche et ne parle pas ; ce qui nous apprend bien à réprimer cette intempérance de la langue qui ne peut se taire^ cette liberté des sens qui veut se satisfaire en tout, et enfm toute cette immodestie du maintien qui provient de l'immortification intérieure. Les devoirs d'un prêtre par rapport à lui-même consistent à ne faire de nos sens que cet usage modéré qu'exige la gloire de Dieu et le bien du prochain. Ils consistent : 3°, et c'est là un des points les plus essentiels, dans l'humilité : on veut se produire, se faire estimer, faire parler de soi, s'élever peu à peu dans l'opinion ; on ne voudrait pas être obscur , caché, inconnu et surtout méprisé. 0 àme infatuée d'orgueil et d'amour-propre, venez, venez de grâce au pied d'un tabernacle, et ou vous avez perdu la foi ou vous serez désabusée. Voyez votre grand Dieu caché, enfoncé, perdu dans la plus profonde obscurité: paraît-il au dehors? La divinité et l'humanité sont également cachées ; il est là, et on n'en voit rien ; il n'y a que l'œil de la foi qui puisse le découvrir dans Fabîme de son humiliation. Fait-il là des actions d'éclat? c'est une vie tout intérieure : nulle action, nulle fonction au dehors. Son Père seul, qui voit dans le secret, est témoin de ses adorations et entend sa prière. Voilà bien le grand modèle de l'humilité^ c'est-à-dire de cette
disposition de Tàme qui a le courage de se contenter de Festime et des regards de Dieu sans désirer l'estime et les regards des hommes, d'aimer à être cachée en Dieu, seule avecDieu seul; en sorte que son grand attrait, c'est d'être oubliée des hommes, loin de leur estime et de leurs louanges, vains aliments de l'amour-propre. Oh ! que cette vertu est rare sur la terre, même dans les prêtres ! Ah 1 c'est quils n'ont pas médité l'humilité de Jésus-Christ dans les tabernacles ; car autrement comment pourraient-ils songer encore à paraître et à se faire valoir, en face des abaissements prodigieux, de la vie si obscure, si humiliée à laquelle Jésus-Christ s'est condamné dans l'Eucharistie? Ce n'est pas pour un moment ou dans un seul endroit de la terre seulement, qu'il se cache et s'humilie de la sorte : c'est dans tous les temps et dans tous les lieux jusqu'à la fin des siècles, jusqu'à l'éternité: Omnibus diebus usque ad consummationem sœcidi. Si encore les hommes lui savaient gré de vivre ainsi humilié par amour pour eux, leur reconnaissance lui serait une compensation. Mais qui pense à lui parmi eux, qui l'aime, qui se préoccupe de le dédommager et de le consoler? Ne le laisse-t-on pas le plus souvent se morfondre au fond de ses tabernacles? Nest-il pas oublié, délaissé, méprisé, par la plupart? Et ceux même qui se disent ses amis, quels reproches n'ont-ils pas à se faire pour leur froideur et leurs irrévérences à son égard ?