‹ Retraites pastorales et discours diversChapitre 10 sur 36 · NECESSITE DE L ORAISON · texte numérisé non relu

NECESSITE DE L ORAISON

ment habituel et la mortification, mais encore la préparation moins éloignée qui consiste à déterminer dès la veille le sujet d'oraison, et à s'en occuper dans le silence le soir en se couchant et le matin en se levant; i" d'observer les points principaux de la méthode de l'oraison de peur que le défaut d'ordre et de règle nous jette dans les distractions. Bouquet spirituel : Desolatione de^olata est terra, quia nullus est qui recogitet corde.

MÉDITATION

SUR

1» Profond respect ; 2° ardent amour que nous devons à l'Eucharistie.

Adorons l'amour immense de Notre-Seigneur qui, ayant aimé les siens, les aima surtout à la fin de sa vie dans l'institution du sacrement de son amour: Ciun dilexisset siios qui erant in mundo^ in finem dilexit eos ; mystère qui renferme un monde de miracles, qui fait vivre tous les jours avec nous et en nous un Dieu prodigue de luimême ; mystère qui est tout ensemble sacrifice et sacrement, où un Dieu est tout à la fois prêtre, victime, nourriture, hostie d'amour toujours vivante et se dépensant tout entière pour nous : Totus in iisus nostrosexpensus. Oh ! qu'il est juste de reconnaître tant d'amour par tous les hommages les plus fervents dont nos cœurs sont capables ! Abimons-nous dans tous les sentiments de Fadoration, de la louange, de la reconnaissance, de l'amour. Quoi que nous fassions, nous ne ferons jamais assez pour un mystère si plein d'amour: Quantum potes, tantuin aude^ quia major onini laude. nec laudare sufficis.

I. Le premier hommage qu'attend de nous la divine Eucharistie, c'est le phis profond respect: nous le devons à Jésus-CHirist, nous le devons an peuple qui nous voit, nous nous le devons à nousmêmes. Nous le devons à Jésus-Christ : car si on observe un maintien si respectueux devant les rois de la terre, que doit-il être devant ce Roi des rois, ce Seigneur des seigneurs? et si le Père éternel lui-même n'a pas cru trop faire pour honorer son Fils que de laisser autour des tabernacles des millions d'esprits célestes qui sy tiennent abîmés dans une continuelle adoration ; si les séraphins s'y couvrent de leurs ailes sans oser lever la tête, ainsi qu'ils apparurent auprophètelsaïe; si les anges sont là comme des gardes autour de leur Roi, dans l'attitude du respect le plus profond, les yeux baissés, la tête inclinée, ainsi que les vit saint Jean Chrysostome, ou ainsi que Tapôtre de la dilection nous dépeint les vingt-quatre vieillards devant le trône : Cecideriint in conspectu throni in faciès siias^ nous siérait-il à nous d'oser y lever les yeux, y porter un air familier, y prendre nos aises, y laisser notre esprit inattentif et notre cœur insouciant? et que sommes-nous donc devant ce Fils éternel du Père, descendu des splendeurs des saints où il est engendré de toute éternité? Nous sommes des sujets pauvres et indigents devant le Roi de gloire: Tiirexg/oriœ, Christe, disait saint Thomas en abordant les tabernacles avec le saisissement du respect. Nous sommes de misérables

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criminels devant leur juge. «D'où vous vient^ demandait-on à saint Martin, cette frayeur et ce tremblement qu'on remarque en vous quand vous entrez dans l'église? — Et comment ne trembleraisje pas ? répondit le thaumaturge des Gaules : je suis en présence de mon juge. » Nous sommes enfin de cliétives créatures devant l'infinie majesté de leur Dieu : or que doit faire la créature en face de son Créateur, sinon s'abaisser, s'anéantir de respect, confesser qu'il est son Seigneur: Dominiis est ; qu'elle n'est que cendre et poussière : Loqiiar ad Dominum meimi cum sim /)^^/l'^se^cm^5,etluiredire mille fois le cri de saint François d'Assise : Quis tu^ Do?7iine^ quis ego? ou phiiôi se rappeler l'avis de sainte Thérèse à ses filles : c'est que nous devons nous tenir devant la sainte Eucharistie tout comme les bienheureux se tiennent dans le ciel devant l'essence divine.

Ce respect que nous devons à Jésus-Christ, nous le devons encore au peuple qui nous voit. Le peuple croit bien plus à l'exemple qu'à la parole de ses prètreS;,etun extérieur profondément religieux^ un maintien recueilli lui apprend mieux que tous les discours combien est grand le Dieu de nos tabernacles. Souvent même la vue seule d'un saint prêtre à l'autel, d'un Vincent de Paul, d'un François de Sales a suffi pour convertir des âmes égarées, comme au contraire un air familier et tout à son aise, un regard libre et sans gêne qui voit tout ce qui se passe, un maintien peu recueilli, une dé-

marche peu respectueuse a suffi plus d'une fois pour refroidir la charité, faire chanceler la foi et triompher Tincrédulité : les prêtres ne paraissaient pas profondément pénétrés de ce qu'ils croient, de ce qu'ils adorent, et de là l'on tirait de désolantes conclusions.

Enfin, nous nous devons à nous-mêmes ce profond respect pour l'Eucharistie. C'est un fait d'expérience que, quand on a le courage de se tenir dans une attitude respectueuse, dans le recueillement de tous ses sens, la grâce ne tarde pas à descendre dans l'âme et y apporte l'esprit de prière et de piété, comme au contraire il est impossible qu'un extérieur peu respectueux cache un intérieur religieux : la dissipation du dehors entraîne la dissipation du dedans.

Ici retour sérieux sur nous-mêmes. Quel a été notre respect devant les saints tabernacles? La décence dans le maintien, la dignité dans les cérémonies, la blancheur éclatante dans les linges sacrés, la propreté dans les ornements, les vases saints, le tabernacle et l'église entière témoignentils de notre vénération pour l'Eucharistie ? les peuples ont-ils toujours vu en nous un prêtre profondément pénétré? n'y avons-nous point donné trop de liberté à nos regards, à notre démarche, à notre maintien? et n'a-t-on pas pu remarquer en nous un extérieur lâche et familier et ce peu de respect ou plutôt cette sorte de hardiesse avec laquelle certains prêtres vont et viennent dans le

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lieu saint, montent à l'autel et en descendent? enfin^ avons-nous appris aux peuples à respecter la divine Eucharistie, à se tenir en silence et avec religion dans l'église ? Examinons-nous devant Dieu sur tous ces points.

IL Le deuxième hommage qu'attend de nous la sainte Eucharistie, c'est l'amour le plus fervent. 0 Jésus, quaimerons-nous si nous ne vous aimons pas dans le Sacrement de votre amour, et sommesnous dignes d'avoir un cœur capable d'aimer si nous ne le dépensons pas tout entier à vous aimer? Quoil vous abaissez la hauteur des cieux, vous vous rapetissez jusque sous une parcelle par amour pour nous, vous transportez votre cœur dans le lieu de notre exil, jusqu'au fond de notre cœur, puisque par la communion tout le paradis est en nous; dans vos tabernacles vous ne cessez ni jour ni nuit de nous aimer, de prier pour nous, de vous immoler pour nous, et nous serions languissants, froids, insensibles envers vous, envers vous le meilleur des amis, le plus généreux des bienfaiteurs, le plus tendre des pères, envers vous qui nous êtes toutes choses au Saint-Sacrement : Deus meus et omnia! Oh ! qu'ils avaient bien raison les Louis de Gonzague, les François d'Assise, les Madeleine de Pazzi, les Catherine de Sienne, les Thérèse et tant d'autres nobles cœurs qui ne respiraient que l'amour de la sainte Eucharistie et regardaient les tabernacles comme un paradis en terre î

Mais ce ne sont là que des raisons communes à tous les chrétiens, et le prêtre a des raisons toutes spéciales d'aimer la sainte Eucharistie : elle est sa gloire, son trésor, sa vie. Elle est sa gloire : la gloire du prêtre est premièrement dans la fécondité de sa parole ; il parle, et sa voix^ plus féconde que celle qui fit jaillir Tunivers du néant, amène tous les jours le ciel sur la terre ; TEucharistie est pour lai l'ouvrage de quatre paroles. Certes, si un ouvrage rare et excellent fait la gloire de l'ouvrier, un enfant illustre la gloire de sa mère, quelle gloire pour le prêtre de produire tous les jours la divine Eucharistie , et de quel amour ne doit-il pas brûler pour elle ! Si ce sacrement ne renfermait qu'un homme, je dirais : Il doit Taimer comme l'artiste aime le chef-d'œuvre sorti de ses mains, dont la beauté le transporte, ou plutôt comme la mère aime l'enfant, le fruit de ses entrailles, puisque ce sacrement est le fruit de sa parole, l'ouvrage de sa bouche. Mais l'Eucharistie renferme un Dieu ; donc il joindra à tout l'amour d'une mère tout l'amour des anges pour le Dieu qu'ils contemplent.

La gloire du prêtre est encore dans sa dignité de sacrificateur, dignité qui le place comme à la tête de toute la création pour rendre à Dieu au nom de toute créature l'hommage souverain et infini qui lui est dû. Or ce n'est que par l'Eucharistie qu'un sacrificateur est possible sous la nouvelle alliance. Jésus-Christ, avant aboli sur le Calvaire tous les

autres sacrifices par rexcellence infinie du sien, il n'y avait que le mystère de TEucharistie, dans lequel le sacrifice du Calvaire est représenté, continué, renouvelé^ qui pût donner lieu à l'offrande des sacrifices sous la loi nouvelle, par conséquent à l'existence des prêtres. Donc nous devons aimer TEucharistie, à proportion que nous aimons notre sacerdoce, puisque sans elle nous ne pourrions être prêtres; nous devons l'aimer d'un amour qui surpasse l'amour des simples fidèles autant que la dignité du prêtre surpasse la dignité du chrétien, c'est-à-dire autant que le ciel s'élève au-dessus de la terre.

Mais l'Eucharistie n'est pas seulement la gloire du prêtre, elle est encore son trésor, trésor précieux et inépuisable où il peut toujours prendre sans jamais le diminuer, prendre non seulement pour payer ses dettes envers la justice divine, et s'enrichir plus abondamment que le reste des fidèles, mais prendre encore pour tous les besoins de ses amis, de ses proches et de l'univers entier, trésor qui lui tient lieu de tous les trésors : Sacerdotihuspro omnibus divitiis Christusabundat. Assez richedesa possession, il n'a plus rien à désirer ni au ciel ni sur Ja terre : Quid mihi est in cœlo et a te quid volui super terram? Il peut y puiser la consolation s'il est affligé, la vraie gloire s'il la désire, la force s'il est faible, la science s'il ignore : Omnia habemus in Christo, omnia Christus est in nobis. Trésor par lequel il peut faire un commerce admi-

rable et tout divin avec le ciel ; d'un côté, il donne au Père céleste son Fils par l'oblation du sacrifice, et, de l'autre, Dieu lui donne ce même Fils par la communion avec toutes les grâces qu'il lui plaît de demander ; trésor qui est le bien propre du prêtre ; les simples fidèles en jouissent bien quelquefois, mais ce n'est qu'en passant et comme l'on jouit d'un bien emprunté, au lieu que le prêtre le possède, en jouit tous les jours, tous les jours en repaît ses yeux, sa bouche et son cœur; trésor qui n'est pas seulement hors de nous comme les autres biens de la terre, mais s'incorpore à nous, devient un avec nous; trésor impérissable, pour ainsi dire, car en quelque coin du monde qu'on relègue le prêtre, pourvu qu'il y trouve un peu de pain et un peu de vin, il fait descendre du ciel son inestimable trésor, il en jouit et il est heureux. Point d'exil pour lui, parce que dans son trésor il trouve le paradis qui est la vraie patrie des enfants de Dieu; point de privation pour lui, parce que son cœur ne tient qu'à la sainte Eucharistie qu'il peut partout se procurer. Oh! comme le prêtre doit donc l'aimer, se tenir près d'elle le jour et la nuit, Fespritet le cœur dans le saint ciboire, puisque Jésus- Christ nous a dit que là où est notre trésor, là doit être notre cœur, là où est le corps, là les aigles doivent se rassembler.

Enfin, rEucharistie. trésor du prêtre, estenmème temps sa vie : elle est le pain qui le fait vivre chaque jour :Panem nostrwn quotidianum ; elle est la

vie de son corps en qui elle dépose les germes de son immortaliié. la vie de son esprit qu'elle éclaire et sanctifie, la vie de son cœur qu'elle échauffe et qu'elle embrase, et qui lui fait dire comme l'Apôtre : Vivo jam non ego, vivit zéro in me Chrhtus. Elle est la source de vie après laquelle soupirait le Psalmiste : Apud te est fans vitœ ; il ne lui a pas été donné d'y étancher sa soif, c'est notre bonheur de chaque jour : or, comment les hommes aiment-ils la vie? Cest ainsi que nous devons affectionner rEucharistie, puisqu'elle est notre véritable vie. Mais, hélas I au lieu de l'aimer ainsi, quelle a été peut-être notre froideur^ notre insensibilité, notre insouciance?

Deux résolutions : La première, de ne jamais entrer dans l'église qu'avec une profonde religion et d'y témoigner notre respect pour la sainte Eucharistie par la retenue de nos sens, la gravité et la pompe des cérémonies, la décence des ornements, linges et vases sacrés, la propreté de toute l'église. — Notre seconde résolution sera de nous exercer tous les jours dans l'amour de l'Eucharistie, de désirer toujours Faimer davantage et d'en produire des actes par des oraisons jaculatoires fréquentes et ferventes, surtout de prouver notre amour par l'attention à éviter jusqu'aux moindres imperfections qui peuvent déplaire à Notre-Seigneur et par le zèle toujours croissant de notre perfection.

Bouquet spirituel: Nos ergo diligamus Deiwi, quoniam Deiis prior dilexit nos.

iMÉDITATION

SUR

Nous devons: i" A Jésus-Christ ; 2° à l'Église ; 3° à nous-mêmes d'être bien fidèles à visiter le Saint -Sacrement.

Adorons Notre-Seigneur Jésus-Christ résidant dans nos tabernacles comme un roi dans son palais, élevé sur un trône pour être visité de ses sujets et en recevoir les hommages qui lui sont dus. C'est là où son amour les appelle tous, les petits comme les grands, les pauvres comme les riches, les pécheurs comme les justes, pour les enrichir de ses grâces, leur communiquer ses trésors, guérir toutes leurs infirmités, consoler toutes leurs peines. Oh! qu'il est digne dans cet état de recevoir avec son Père toutes sortes de louanges et de bénédictions. Sedenti in throno'et Agno, henedictio, et hono)\ et gloria, et potestas in sœcida sxculonwi. OlTrons-lui donc en ce moment tout ce que nos cœurs peuvent concevoir d'amour, de reconnaissance pour la bonté infinie qui le fait demeurer au milieu de nous dans cet exil et cette vallée de larmes.

Nous devons avoir un grand zèle pour les visites du Saint-Sacrement: nous le devons à Jésus-Christ, nous le devons à l'Eglise, nous nous le devons à nous-mêmes.

I .Xous le devons à Jésus-Christ, car notre grand Dieu nous ayant fait l'insigne honneur d'établir sa cour parmi nous, tenant les portes de son palais ouvertes à toutes les heures du jour pour nous recevoir et nous déclarant que son plaisir est de s'entretenir avec nous, de nous soulager dans nos peines, de nous ranimer dans nos langueurs, de nous enrichir dans notre pauvreté, Finsouciance qui laisse ses grandeurs sans adoration, ses amabilités infinies sans amour, sa générosité sans prière, son trône sans courtisan, n'est-elle pas un sanglant outrage à sa personne sacrée ? Si nous eussions vécu au temps et au lieu où ce Dieu Sauveur vivait sur la terre avec les apôtres et quïl nous eût invités à le venir voir, si encore maintenant il se montrait quelque part ici-bas sous une forme sensible et nous conviait à aller à lui, nous n'aurions pas de langage assez énergique pour dire le crime de qui négligerait de le visiter. 0 hommes de peu de foi que nous sommes î n'avons-nous donc pas dans TEucharistie le même Jésus-Christ, le même, quoique invisible, que les mages ont adoré, que la Judée a vu passer en faisant le bien^ et duquel le Père céleste a dit : « Que tous les anges de Dieu l'adorent? » Et nous avons si peu de zèle pour le visiter I La reine de Saba est venue des extrémités de l'Orient visiter Salomon, et nous avons près de nous dans les tabernacles bien plus que Salomon : Ecce plus guam Salotnon hic; et nous n'avons pas à cœur de jouir de sa com-

VISITES AU SAINT-SACREMENT l | f>

^a^nie : Re g ma Aiistri surget in jiidicio cum generatione ista. Les hommes du monde tiennent à honneur d'être admis à la cour et à l'audience des rois; ils se serrent, se disputent la place aux avenues qui y conduisent; et Jésus-Christ, le Roi des rois, est délaissé dans son sanctuaire jusque par les prêtres ! Si le ciel nous était ouvert et qu'il nous fût donné d'aller quelquefois nous mêler aux séraphins qui entourent le trône de l'Agneau, nous nous estimerions heureux; et dans l'Eucharistie nous avons le Dieu du ciel, le même qui fait la joie et les délices des saints; il est caché, il est vrai, et comme anéanti, vere Deiis ahscondïtm, mais il n'en est pas moins ce qu'il est dans le ciel, l'aimable majesté, la souveraine puissance, l'infinie sagesse,, la bonté ineffable, l'objet de l'adoration des anges qui remplissent le sanctuaire, et ce paradis enterre n'attire pas nos cœurs et ne leur fait pas crier comme au prophète : Qucun dilecta taheniacula tua^ Domine virtutmn ! Et concupiscit et déficit anima mea in atria Domini... Altaria tua^ Domine mrtutum^ rex meus et Deus meus ! Ah ! ne devons-nous pas craindre qu'ayant été si peu assidus devant ce trône de la charité pour y recevoir miséricorde, nous ne soyons menés un jour par force devant le trône de justice pour y être condamnés : Coget omnes ante thronum^ et pour nous entendre dire : « J'ai été délaissé dans mes tabernacles comme un étranger inconnu auquel personne ne s'intéresse, et vous ne m'avez pas visité: Hospes eram...^ et non

visitasHs me. » Paroles terribles pour le prêtre négligent à visiter le Saint-Sacrement ; car il est par office le successeur des anciens lévites chargés de veiller à la garde du tabernacle : Excuhabunt in ciislodiam tabernacuH ; le Père céleste a commis à sa religion Jésus dans le Sacrement comme il confia autrefois Jésus dans l'enfance à Marie et à Joseph, et son devoir est de faire une garde assidue autour de ce précieux et inestimable dépôt : 0 Timothee, depositum custodi^ de remplir sur la terre devant le trône de la charité l'office que remplissent les anges dans les cieux devant le trône de la gloire, et d'y venir souvent adorer et admirer, aimer et béuir , offrir des hommages pour tous ceux qui n'en offrent pas, réparer la froideur des lâches chrétiens, les outrages des méchants, les irrévérences de Tincrédule et de l'impie par la ferveur de la prière, les larmes de son amour répandues entre le vestibule et Tautel. Ce n'est qu'à ces conditions que le ciel reconnaîtra en lui le ministre du Dieu caché, l'homme de sa cour, Fange visible destiné à représenter aux yeux des peuples ces célestes intelligences dont les phalanges invisibles entourent les tabernacles. Faisons ici un retour sur nous-mêmes et voyons comment jusqu'à présent nous avons rempli ce devoir envers Jésus-Christ.

II. Mais ce n'est pas seulemenf, à Jésus-Christ que nous devons d'avoir un grand zèle pour les visites du Saint-Sacrement, nous le devons encore à l'Eglise. Hélas! tant de maux affligent cette tendre

mère, elle pleure ses enfants qui périssent, les désordres et les scandales qui menacent de tout envahir, et c'est à nous comme ses prêtres à sécher ses larmes, à consoler ses douleurs en lui ramenant nos frères égarés et diminuant de jour en juur l'empire du mal. Or le moyen de réussir dans cette grande entreprise ? Sans doute il faut nos travaux et notre zèle dans la portion du champ du père de famille confiée à nos soins ; mais il faut quelque chose de plus, il faut de ferventes visites au Saint-Sacrement. Les divins tabernacles, voilà le véritable propitiatoire où, mieux que Moïse et Aaron^ nous devons venir nous prosterner et appeler les bénédictions de Dieu sur nos efforts ; c'est là qu'on obtient la conversion des pécheurs, la ferveur des tièdes,la sanctification des justes, la cessation des scandales, le retour de toutes les vertus et le succès de toutes les saintes œuvres; c'est là qu'on prépare ces exhortations brûlantes qui vont au cœur, qu'on trouve ces lumières surnaturelles, ces sages conseils, cette onction de la piété^ ces saintes industries du zèle que ne peut donner le talent humain. En vain on parlera dans la chaire si auparavant on n'a prié au pied de l'autel, et un quart dlieure de gémissements poussés par un saint prêtre dans le secret du sanctuaire opère plus de prodiges dans l'ordre du salut que des journées entières de travaux et de fatigues. Les marches de Fautel, voilà la place chérie d'un apôtre ; c'est de là qu'il remporte ses victoires, parce que c'est de là qu'il

fait descendre du ciel ces traits tout-puissants de la grâce qui vont terrasser les pécheurs ; et telle est la raison pour laquelle tant de saints prêtres ont été trouvés si souvent prosternés devant le tabernacle, et là priant avec un zèle tout de feu pour les péchés de leurs peuples ou de quelques âmes en particulier dont elles voulaient obtenir la conversion. Yoilà pourquoi l'apôtre des Indes passait les nuits en prières devant la sainte Eucharistie pour obtenir le succès des travaux du jour, convaincu de cette maxime qu'il nous a laissée dans ses écrits, que la grande œu^Te de la conversion des âmes doit se traiter dans le secret avec Dieu bien plus que dans des discours avec des pécheurs: Sœpius de animarum salute secreto agendum esse cianDeOs quam de ipsa cxnn illis colloquendum... Est-ce ainsi que nous avons jusqu'à présent compris le ministère? N'avons-nous pas été de ces prêtres qui croient que pour convertir les âmes il suffit de parler beaucoup du haut de la chaire sans rien dire à Dieu au pied de l'autel, de ces prêtres qui prêchent et ne prient pas, et après cela s'étonnent de ne pas réussir et se fâchent contre les pécheurs, au lieu de s'en prendre à eux-mêmes ? Oh ! que n'y a-t-il à leur place un prêtre qui prie, qui aime à épancher son âme oppressée devant les tabernacles^ et l'on verrait son apostolat béni. Grand sujet de retour sur nous-mêmes .

III.Enfm.nous nous devons ànous-mêmes d'avoir un grand zèle pour les visites du Saint-Sacrement.

Le prêtre, fidèle chaque jour à cette pratique, sera infailliblement un saint prêtre. Ce quart d'heure donné régulièrement à x^[otre-Seigneur détruira dans l'âme le goût du monde et de ses vanités, lui inspirera l'esprit de piété, l'amourde ses devoirs, le zèle de sa perfection ; ce quart d'heure rappellera l'âme à elle-même dans ses dissipations, lafortifiera dans ses tentations, la relèvera dans ses abattements, la ranimera dans ses tiédeurs ; elle priera, et Jésus, accueillant sa prière, la fera exaucer dans le ciel ; elle méditera, et cette âme^unie au foyer de l'amour divin, en rapportera nécessairement des flammes d'amour: Quisjuxta copiosiim ignem stans^ aliquid caloris non inde reportât ? Souvent le prêtre dans le ministère a besoin de conseil pour résoudre ses doutes, de lumière pour éclairer son ignorance, de directeur pour lui tracer sa route, et souvent il n'a sous la main personne à qui il puisse recourir ; mais qu'il aille au pied de l'autel : là Celui qui est la lumière de la vie fera luire le grand jour au milieu des ténèbres de son âme, Jésus-Christ luimême se fera son directeur, son conseiller, son docteur et son guide: Accedite adeum et illuminamini. Souvent aussi il succombe sous le poids de la peine et il n'a point de cœur ami dans lequel il puisse s'épancher ; mais qu'il aille à Jésus dans son Sacrement, qu'il lui raconte toutes ses peines avec la simplicité d'un ami parlant à son ami, et il sentira toute la vérité de cette douce promesse : Venite ad nie^ omnes qui laboratis et onerati estis,

et e(jO reficimn ro.<; il était venu triste et abattu, il s'en retournera inondé de consolations et de bonheur, disant même peut-être comme saint François Xavier : Amplius, Domine, amplim ! ou au moins comme saint Paul : Nihil honim vereor duramodo cornu mmem cursum meum. Oh ! combien donc devons-nous aimer les visites au Saint-Sacrement I Si un roi disait à ses sujets : « Que tous ceux qui désirent des grâces et des faveurs viennent à moi, jai de quoi combler tous les vœux; » avec quelle ardeur n'y volerait-on pas? Or ce que ne pourrait faire un roi de la terre, voilà ce que fait Jésus-Christ dans l'Eucharistie ; et si jusqu'à présent nous avons été si pauvres de vertus et de mérites, c'est que nous avons négligé de recourir à lui. Oh ! quels torts nous nous sommes faits par là ? Reconnaissons-le en lui en demandant pardon.

Rappelons-nous en terminant comment il faut faire ces visites: 1° Il faut fixer le temps de la journée où nous les ferons. Ce qui n'est pas réglé n'est pas constant^ et de plus la fidélité à la même heure édifie la paroisse qui sait qu'à tel moment nous prions Dieu pour elle, en même temps ce bon exemple l'invite avenir aussi joindre ses hommages aux nôtres. 2" Il faut aller à cette visite au moins avec autant dardeur et d'empressement qu'en ont les courtisans pour s'approcher de leur prince et lui faire leur cour, et^ quand nous sommes devant les saints tabernacles, nous y tenir dans la

modestie, le recueillement et le respect que demande la majesté du Roi des rois. 3" A cette dévotion extérieure, il faut joindre les sentiments intérieurs de la piété, c'est-à-dire nous occuper intérieurement de Jésus-Christ, de Dieu le Père, de nous et de nos peuples, de Jésus-Christ pour épancher en sa présence tous les hommages de nos cœurs, l'adorer, l'aimer, le remercier, le hénir dans ses états de grandeur et de hassesse, d'élévation et d'abaissement où la foi nous le montre ; de Dieu le Père pour l'honorer par Jésus-Christ le seul adorateur de ses grandeurs, pour entrer dans la religion, dans l'amour de ce divin médiateur et rendre avec lui tout ce qu'il rend de devoirs à son Père ; de nous-mêmes pour dire tous nos besoins, comme le malade devant le médecin, le pauvre devant le riche ; de nos peuples enfin pour appeler sur eux les bénédictions du ciel : occupations saintes qui ne doivent pas toutefois nous empêcher de nous tenir quelque temps dans la paix et le silence pour nous laisser pénétrer de la grâce et lui donner le loisir d'opérer en nous. 4" Il faut nous retirer de cette visite avec douleur de quitter la présence d'un si bon maître, avec un désir ardent d'y revenir le plus tôt que nous le pourrons, et conserver précieusement les impressions de grâces que nous y avons reçues.

Résolution d'être hdèles pour tout le reste de notre vie à visiter chaque jour le Saint-Sacrement avec toute la ferveur dont nos cœurs sont capables;

de commencer dès aujourd'hui, et d'aimer à redire les belles paroles du saint Roi qui nous serviront de bouquet spirituel.

Bouquet spirituel : Quam dilecta tabernacula tua^ Domine mrtutum; Rex meus, et Deus meu^.

MEDITATION

SUR

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