POUR LES NOCES D OR DE SON SACERDOCE
Tu es sacerdos in setemum.
Vous êtes prêtre à jamais.
(7*5,, cix, 4,)
Il y a aujourd'hui cinquante ans, qu'à genoux sur les marches de cet autel fut imprimé dans mon âme, par l'imposition des mains de Mgr de Quelen, le caractère inefïaçahle du sacerdoce, et que mon ange gardien, saluant en moi cette dignité auguste, put me dire : Vous êtes prêtre à jamais : Tu es sacerdos in œternum. Cinquante ans de sacerdoce ! Quelle grande parole, mes frères, et que de choses tout à la fois sublimes et terribles y sont renfermées î Cinquante ans de sacerdoce! Dois-je dire merci à Dieu, ou dois-je lui dire pardon : merci pour ses bienfaits^pardon pour mes fautes? Mes frères, ma conscience me crie que je dois lui dire l'un et l'autre ; j'ai un immense merci à lui adresser, et un immense pardon à lui demander; et ce double devoir pèse sur moi comme une montagne, il m'accable. Soyez bénis, mes frères, d'être venus en si
grand nombre aider ma faiblesse à le remplir. Soyezen bénis surtout, vous, mes vénérés confrères dans le sacerdoce, qui avez daigné vous dérober à vos travaux pour me prêter le concours de vos prières et riionneur de votre présence. Vous me permettrez de profiter de la circonstance pour expliquer à mes bien-aimés paroissiens un devoir de reconnaissance et un devoir de prière que cette sainte cérémonie leur rappelle.
PREMIER POINT
La reconnaissance, mes frères, est pour nous un devoir de tous les instants. Notre cœur doit à Dieu un merci continuel, puisqu'à tous les instants nous recevons ses bienfaits et ne vivons que par eux: merci du jour qui nous éclaire, merci de chaque respiration, de chaque battement de notre cœur, puisque ce n'est que par Dieu que nous respirons et que le cœur se meut; merci de chaque bonne pensée, de chaque bon sentiment qui nous touche, merci même des croix qui nous arrivent, puisque Dieu ne nous les envoie que pour notre bien. Mais si les biens communs et vulgaires appellent notre reconnaissance, que ne devons-nous pas à Dieu pour le bienfait que nous célébrons dans cette journée, le bienfait du sacerdoce, bienfait si excellent que Dieu, tout-puissant qu'il est, ne peut rien faire de plus grand ; Cum sit potentkmnus^ plus dare noiipotuit; que Dieu, tout riche qu'il est, n'a rien dans ses trésors de plus précieux; Cum sit
ditissimus^ 2^lus dare non habiiù ; que Dieu, tout savant quïl est, ne connaît rien de plus merveilleux : Cum sit sapientissimus, plus dare nescivit. Depuis cinquante ans je puise dans cet abîme des divines munificences, et quels biens n'y ai-je pas trouvés I J'y ai trouvé d'abord le saint sacrifice, par lequel, ô prodige! ô sujet d'une immense joie, par conséquent d'une immense reconnaissance! j*ai procuré à Dieu chaque jour de mes cinquante ans de sacerdoce, sauf au plus vingt à vingt-cinq jours, plus de gloire que ne lui en rendront les hommages de tous les anges et de tous les saints pendant toute Féternité. Une des plus belles choses qu'ait vues au ciel saint Jean dans ses célèbres visions de Patmos. c'est l'Agneau se tenant devant le trône, comme immolé, et dans cet état rendant à Dieu son Père une louange infinie, à laquelle s'associent tous les anges et tous les saints par un éternel Amen, 0 saint apôtre, tous les jours de mes cinquante ans, j"ai partagé votre bonheur; et moi aussi à l'autel j'ai vu l'Agneau, vidi Agnum; je l'ai eu sous mes yeux, je l'ai eu dans mes mains; et je l'ai vu comme immolé, tanquam occisum. C'était la même victime qu'au Calvaire, le même sacrifice, la manière d'offrir était seule différente. Alors la victime mourut ; dans mes mains elle ne mourait plus, mais l'immolation n'en était pas moins réelle, elle n'en était que plus miraculeuse. J'ai dit sur le pain : Ceci est mon corps, et en vertu de cette parole il n'y avait là
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que le corps de Jésus-Christ; j'ai dit sur le vin: Crci est mon sang, et d'après le principe que les paroles sacramentelles produisent ce qu'elles signifient, et rien de plus, il ne devait y avoir là que le sang de Jésus, le sang réellement séparé de son corps, et s'il n'a pas jailli à gros bouillons sous le coup de ma parole conme sous le couteau du sacrifice, c'est qu'il était retenu dans les veines de Jésus par le décret du Père qui porte que Jésus ressuscité d'entre les morts ne meurt plus. Mais la parole n'en avait pas moins la vertu de sacrifier ; c'était le glaive enfoncé dans le sein de la victime, impuissant par miracle pour la faire mourir, mais toujours imprimant sur elle le caractère de la mort et attestant au ciel comme à la terre la réalité du sacrifice. De là, mes frères, quelle immense gloire pour Dieu ! Oh ! que vous êtes grand, Seigneur suprême, aux pieds duquel une personne divine vient mystérieusement mourir en reconnaissance de votre souverain domaine sur toute créature î Que vous méritez de soumission et de respect. Majesté adorable, devant qui Jésus notre grand prêtre tombe abîmé de vénération, s'anéantit jusqu'à se rapetisser sous un atome, se cacher sous un point, comme indigne de subsister devant l'excellence infinie de l'Être divin ! Quel bonheur, mes frères, pour un cœur de prêtre, de procurer chaque jour à Dieu tant de gloire ! Et ce bonheur, j'ai pu l'accroître encore de mille autres biens qui sont les fruits du sacrifice : par le saint
sacrifice j'ai pu tous les jours réjouir les anges et les saints, qui ne peuvent voir, sans tressaillir d'allégresse, leur grand Dieu si magnifiquement honoré; j'ai pu tous les jours soulager les âmes souffrantes du purgatoire, éteindre pour quelques âmes les flammes qui les dévoraient, ou abréger pour d'autres le temps de Texpiation; j'ai pu attirer sur la terre des grâces que l'œil humain ne voit pas toujours, mais que nous admirerons au ciel dans la lumière de Dieu; j'ai pu désarmer le bras de l'éternelle justice qui déjà tenait la foudre, exposer les besoins du monde sur la patène sacrée et en obtenir l'allégement. Et ce que j'ai fait, mes frères, vous pouvez le faire vous-mêmes, en assistant au saint sacrifice avec cette foi vive qui unit le fidèle au prêtre dans un même esprit et un même sentiment. Ainsi vous le voyez, mes frères, le saint sacrifice n'est point un bien restreint au ministre à qui il est confié. G" est im bien universel, un bien immense, le bien de Dieu, le bien du ciel, le bien du purgatoire, le bien de TÉgiise, de la société, de la terre entière. Donc ici, ce n'est point le sujet d'une action de grâces personnelle, cest le sujet d'un Te Deum universel, partant du plus haut des cieux, remplissant tous les espaces, traversant tous les temps. Donc, ô église triomphante, ô église souffrante et militante, unissez vos concerts pour chanter, dune commune voix comme d'un commun cœui*^ l'hvmne de la reconnaissance: Grattas agamus
NOCES D OR DE M. HAMON i l 9
Domino Deo nostro. 0 saints anges, prenez vos harpes les plus mélodieuses: Modukwàni illl psalmum novutn. Saints du ciel, qui que vous soyez^ entonnez vos plus beaux cantiques, et que la terre ne le cède point au ciel : Gratias Deo super inenarrabili dono ejus. Chantez tous ensemble un si grand bienfait prolongé sur une seule tête pendant cinquante ans.
Encore, mes frères, nest-ce là que le sacerdoce considéré à l'autel. Si de là nous le suivons dans ses diverses fonctions, partout nous y trouverons un immense sujet d'actions de grâces! Par le sacerdoce, aux fonts sacrés, la tache originelle est effacée, l'esclave du démon devient l'enfant de Dieu, et le déshérité du ciel recouvre les droits à l'héritage céleste; par le sacerdoce, au saint tribunal, les péchés sont remis, la paix est rendue aux âmes troublées, les cœurs abattus relevés et tous conduits dans la voie du paradis ; par le sacerdoce en chaire, l'ignorance est instruite, les cœurs froids réchauffés, la faiblesse fortifiée; par le sacerdoce enfin, dans ses divers ministres, les pauvres sont soulagés, les affligés consolés, les malades assistés; la société a des sujets plus soumis, des magistrats plus intègres, des enfants plus dociles, des serviteurs plus fidèles, des pères plus vigilants, des hommes plus probes dans les contrats et le commerce. Otez le sacerdoce de la terre : j'en appelle à vos consciences, mes frères, que deviendrait le monde ? qui lui enseignerait la
o2u DISCOURS DIVERS
religion ? qui le réconcilierait avec le ciel? qui ramènerait les pécheurs dans les voies de la vertu? qui entretiendrait ici-bas le culte de Dieu, le respect du devoir? que deviendraient vos enfants? que deviendriez-vous vous-mêmes ? Le Soleil éteint au firmament serait un moindre mal. Et moi, monDieuî que serais-je devenu? J'aurais dépensé mon existence dans les sollicitudes du siècle, clans l'embarras des affaires, dans le souci des fonctions profanes. Oh ! que j'aime bien mieux mon saint état, où je n'ai d'autres emplois que nos mystères sacrés, d'autres occupations que de sauver des âmes et de faire du bien à mes frères, d'autres soucis que les bonnes œuvres et les choses saintes, d'autres préoccupations que celles du ciel et de l'éternité I que je l'aime mieux surtout en raison des g-ràces spéciales et personnelles que j'en ai reçues I Ici, mes frères, je vous appelle à mon aide ; car je sens toute mon impuissance à en remercier Dieu comme je le voudrais. Dites avec moi merci au Seigneur de ce qu'il m'a préparé au ministère pastoral par trente-cinq ans de séminaire, pendant lesquels j'ai eu la consolation de voir se former sous mes yeux et comme entre mes mains, tout indignes qu'elles en étaient, tant de saints prêtres, tant de saints évêques et archevêques, dont les vertus étaient pour moi une continuelle leçon. Dites merci au Seigneur de mavoir dès mon entrée dans le ministère entouré de ces confrères, si pieux, si zélés, avec lesquels
j'ai le bonheur de vivre, qui sont votre édification comme ils sont mes modèles, et dont la vue vous inspire si souvent ce cri de vénération : 0 le bon jn-être ! ô le saint prêtre ! Dites merci au Seigneur de m'avoir, puisqu'enfm je devais être pasteur des âmes, choisi pour partage la paroisse de Saint- Sulpice. 0 chère paroisse , comme je t'aime, avec tes grands souvenirs des Olier, des Bretonvilliers, des Lachétardie, des Languet et tant d'autres dont je suis honteux de m'appeler le successeur ! Comme je t'aime avec ton autel où je fus consacré prêtre, avec la chapelle de la Vierge, où sous l'œil de Marie, Jésus au saint Sacrement reçoit une continuelle adoration, avec ta grande nef, surtout quand elle est trop petite, avec ta table sainte, tous les jours si fréquentée, avec tes beaux chants et tes beaux offices que relève si splendidement la présence du séminaire et qui tirent de ce concours une pompe incomparable ! Comme je t'aime avec tes confréries et tes associations pieuses pour l'enfance, pour la jeunesse et l'âge miir, pour l'un et l'autre sexes,pour la classe élevée et la classe inférieure ! Comme je t'aime avec tes fabriciens si honorables, si chrétiens, si exemplaires, avec tes sœurs de charité si dévouées, tes Petites-Sœurs des pauvres donnant à trois cents vieillards le bien-être en ce monde et le ciel dans l'autre; avec tes Frères des écoles chrétiennes, tes instituteurs et tes institutrices, tes dames de charité si zélées pour soulager tout ce qui souffre, instruire
tout ce qui est ignorant, ramener à la religion tout ce qui en est éloigné ! Comme je t'aime, me ralliant? après vingt-cinq ans d'absence, au diocèse de Paris, à un archevêque qui aime tous ses prêtres comme il en est aimé, aux dépositaires de son autorité toujours bienveillants comme le chef qui les délègue, à tous mes frères dans le saint ministère, avec lesquels, depuis dix-neuf ans, j'ai toujours eu des rapports si doux, si fraternels, si faciles, parce que le clergé de Paris a, plus que tout autre peutêtre, le sens de la dignité dans la conduite et Fintelligence du respect dans les procédés ! 0 chère paroisse, mon cœur s'ouvre et se dilate pour t'embrasser tout entière, et il y a large place pour tous : Osnostrum patet ad vos ; cor nostrum dilatatiim est^ non angustiamini in visceribus nostris. Dilate-toi aussi et embrasse tous les prêtres dans ton affection; Dilatamini et vos... Capite nos. Un des principaux fruits de cette cérémonie, mes frères, doit être de nous unir toujours davantage, et de resserrer si fort nos liens, que Saint-Sulpice et son clergé soient plus que jamais une seule famille, un seul cœur, une seule âme. Je fais appel à ces sentiments, mes frères, pour vous inviter à ajouter au devoir de la reconnaissance le devoir de la prière.
SECOND POINT
La prière, mes frères, est pour nous, comme la reconnaissance, un devoir de tous les instants,
parce que pauvres, faibles, impuissants comme nous sommes, nous avons besoin à tous les instants que Dieu nous vienne en aide. Mais aujourd'hui, vous avez triple raison de prier pour nous, et surtout pour moi. Vous devez prier pour nous d'abord par reconnaissance : car tous les jours nous prions pour vous, notre existence se dépense tout entière pour vous, nous ne vivons que pour vous, et si nous avons assumé sur nos épaules le terrible fardeau de la charge des âmes, c'est uniquement pour vous. Vous devez prier pour nous en second lieu, par chai'ité et compassion ; et ne soyez pas surpris, mes frères, de m'entendre en ce jour invoquer ces sentiments : c'est que vraiment notre position en est digne. N'aurais-je à répondre devant Dieu que des trois quarts de siècle que j'ai passés sur la terre, je crierais pitié et miséricorde. Car pendant ce temps, j'ai vu tant de choses crouler autour de moi, tant de trônes rouler dans la poussière, cinq archevêques de Paris descendre dans la tombe, des centaines de prêtres moins âgés que moi disparaître, des milliers de fidèles mourir sous mes yeux, et, debout au milieu de ces ruines, j'existe encore, conservant à soixante-quinze ans les forces et la vigueur d'un autre âge. Or, pourquoi, Seigneur, m'avez- vous ainsi épargné, sinon pour me laisser le temps de devenir meilleur et de me sauver? Et malheureux que je suis, quel fruit ai-je tiré de ces ménagements de votre providence? que vous répondrai-je quand vous me direz :
Redde rationem mUicatioms tude ? rendez-moi compte de ces trois quarts de siècle et de tons les moments dont ils se composent. Car le temps n'est pas un bien que je donne, c'est un talent que je prête, à condition de le faire valoir et de m en rendre un compte sévère : Redde rationem villicationis tuœ. Que deviendrai-je quand, prenant en mains les balances de votre justice, vous mettrez dans un des bassins toute cette longue vie avec les grâces qui l'ont accompagnée, et que vous m'appellerez à mettre dans l'autre les mérites que ce long temps devait amasser, les vertus qu'il devait produire? Oh ! que je crains l'arrêt porté contre le roi de Babylone! Vous avez été mis dans la balance : Appensus es in statera; ros mérites ne s'y sont pas trouvés en proportion avec mes grâces : Inventus es minus habens ; en conséquence, mon royaume n'est pas fait pour vous : Ideo division ^>f^;'e^;î^^;?2 /Souvent, mes frères, je vous ai parlé de l'abus des grâces et je vous ai t'ait trembler! Hélas I le malheur que je vous signalais est le mien aujourd'hui et j'ai lieu de trembler plus que vous; je tremble de tant de sang de Jésus-Christ bu au saint autel ; je tremble de tant d'instructions que je vous ai données et que je devais m'appliquer à moi-même. Mes frères, ayez pitié de moi ; criez avec moi et pour moi : Miséricorde, Seigneur, miséricorde î
Mais voici bien un autre chapitre qui s'ouvre à mes regards. Tout à l'heure je ne me considérais que comme chrétien; que sera-ce si je me considère
comme prêtre, si j'envisage cinquante ans de sacerdoce, c'est-à-dire cinquante ans de sacrifices offerts, cinquante ans d'offices récités, cinquante ans de sacrements administrés, cinquante ans de ministères divers remplis, cinquante ans de grâces insignes reçues, cinquante ans de bons exemples offerts à mon imitation ? Grand Dieu ! quel compte terrible à rendre? Saint Vincent de Paul s'écriait en gémissant : « Misérable que' je suis, je ne conçois pas que j'aie pu consentir à me laisser ordonner prêtre. » 0 Seigneur, que doisje donc dire et penser, moi si différent de ce saint prêtre? Pourrais-je ne pas trembler de tous mes membres? Pourrais-je m'empêcher de crier et de vous inviter à crier avec moi et pour moi : « Misécorde, Seigneur, miséricorde »? Vous me félicitez, mes frères, de mes cinquante ans de sacerdoce. Hélas ! que me disent ces cinquante ans ? Sans doute Dieu les a utilisés pour sa gloire, parce que les plus pauvres instruments suffisent entre les mains d'un habile ouvrier ; mais pour ce qui me regarde, si je les envisage au point de vue du passé, loin que ce me soit un mérite d'avoir atteint cet âge, je n'y vois que la matière d'un jugement plus long : Hi accipient prolixiuH jiidicium. Si je les considère au point de vue du présent, ils ne sont rien : « Mille ans, dit le Psalmiste, sont comme le jour d'hier qui n'est plus, comme l'éclair qui passe et disparait presqu'au môme instant qu'il a brillé : Mille anni.ncut dieshe^itenia qme prseteriit. » Si je
les regarde au point de vue de ravenir,je vois dans ce nombre total de cinquante ans^ comme une cédule que le ciel m'envoie pour me donner congé de la vie, à courte échéance, et avertir mon âme qu'il me faudra bientôt déloger de cette maison de boue où elle habite ; qu'ainsi attacher son cœur à quoi que ce soit ici-bas, c'est folie ; il ne faut plus le porter que vers les biens éternels. « Je me suis réjoui de la bonne nouvelle que j'ai reçue, nous entrerons bientôt dans la maison du Seigneur : Lœtatus sum in his quâe dicta sunt mihi^in domum Domini ibimus. » La mort pour le chrétien n'est pas une perte ; c'est un échange avec profit, l'échange d'une triste vie contre une vie éternellement joyeuse; et en ce sens, mes frères, j'accepte vos félicitations et vous en remercie, mais à la condition que vous prierez pour moi et que vous m'obtiendrez la grâce d'une bonne mort. Oh! que je sens vivement le besoin de vos prières pour arriver à ce bonheur! Car je ne tremble pas seulement comme chrétien et comme prêtre, je tremble bien plus encore comme pasteur des âmes, surtout quand je médite l'oracle de l'Esprit-Sainti/w^/cez/m durissimum his qui prœsunt fiet, un jugement très sévère est réservé aux pasteurs. Avez- vous jamais réfléchi, mes frères, à la responsabilité épouvantable qui pèse sur le pasteur d'une paroisse de quarante mille âmes ! Ah ! c'est bien ici que s'applique la parole: Honor on?^.s;toutedignité est une charge. Il y a cinquante-huit ans, cette parole me faisait
déjà trembler. Je n'avais encore que dix-sept ans, et lorsque je traversais les rues de cette paroisse, souvent je me disais (je m'en souviens encore comme si c'était hier), je me disais :« Comment un prêtre peut-il consentir à être curé de Saint-Sulpice I II doit craindre que de chaque fenêtre de sa paroisse des anathèmes ne sortent contre lui ; car dans l'appartement qu'éclaire cette fenêtre, il y a des âmes dont il est responsable ; et si une seule se perd parce qu'il n'aura pas fait pour elle tout ce qu'il devait, cette àme criera vengeance contre lui, et il en répondra sur sa propre âme. » De même quand je rencontrais sur ma route un mort qu'on portait en terre, je me disais : « Voilà encore une âme dont le curé de Saint-Sulpice répondra. Sans doute, ajoutais-je, il n'est tenu qu'au possible ; mais comment préciser la limite de ce possible? » Je frémissais alors. Oh ! que j'étais loin de soupçonner le sort qui m'attendait ! Une lecture que je fis plus tard vint encore accroître mes frayeurs : je lus dans la vie d'un saint évêque, successeur de saint François de Sales, qu'au dernier jour les pasteurs des âmes seront assis sur la sellette de l'accusé, jusqu'à ce que le dernier de leurs paroissiens soit passé au jugement, et que miséricorde ne leur sera accordée qu'autant qu'il aura été constaté que leur zèle n'a fait défaut à personne. Ainsi, mes frères, je vous l'avoue, si j'avais pu entrevoir ce qui m'est arrivé, je n'aurais jamais consenti à être prêtre. Ordonné prêlre dans
rignorance où j'étais de mon avenir, j'ai dû obéir; le prêtre ne s'appartient plus. Mais mes frayeurs d'autrefois sont encore mes frayeurs d'aujourd'hui. Pilote malgré moi d'un si grand navire, j'ai souvent la douleur de voir périr les passagers dont je suis responsable. Hélas! pourquoi faut-il qu'entre mes mains se réalise la terrible parole : Beaucoup cVappelés^ peu cVélus ? Quand je vois notre église bien remplie, nos offices bien fréquentés, nos tribunaux sacrés bien entourés, je suis quelquefois tenté de dire : Tout est bien; mais aussitôt ma pensée, franchissant l'enceinte sacrée, se porte sur plus de trente mille autres paroissiens qui ne sont pas ici, dont plusieurs n'y mettent presque jamais le pied, et le nombre des fidèles présents cesse de Ae rassurer. Je me souviens que le bon pasteur ne se contente pas de soigner les brebis présentes au bercail, et qu'il court après les absentes pour les ramener ; je me demande que faire et je tremble. De même,quand mon ministère m'appelle à la lugubre cérémonie des convois funèbres et que les prières de l'Eglise mettent sur mes lèvres des paroles qui supposent que le défunt ^st mort chrétiennement, tandis qu'au contraire il a. bravé Dieu et l'éternité sans vouloir même y penser ni souffrir qu'on lui en parle, comment vous dire, mes frères, ma douleur, quel langage dois-jetenir ? comment vous dire le coup de poignard qui me perce le cœur et l'anxiété de ma conscience? Car, hélas ! ai-je assez prié, assez fait pour sauver cette
Ame? Comprenez, mes frères, cette effrayante responsabilité, et ayez pitié de nous, priez pour nous. Priez pour nous par charité, puisque la charité vous dit d'avoir pitié de ceux qu'on voit accablé sous un fardeau ? Priez pour nous par intérêt même pour vous ; car plus vous obtiendrez de grâces à vos prêtres, plus ils seront aptes à vous conduire, plus ils vous édifieront et procureront le bien de la paroisse. Priez pour la sanctification du clergé, mes frères: c'est là une des bonnes œuvres les mieux entendues, laplus profitable aux âmes, àla religion, à la société. Un saint prêtre, un saint Vincent de Paul, un saint François Xavier, un Olier, un Bourdoise, de quel bien n'est-il pas capable? Plein de l'esprit de Dieu, il dirige sûrement les âmes ; plein de l'amour divin, il échauffe les cœurs du même feu dont il brûle ; plein de zèle, il touche, il convertit, il est un instrument de résurrection et de vie pour tout ce qui l'approche : Positus in resurrectionem. Mes frères, demandez que nous soyons tous de ces prêtres selon le cœur de Dieu. Demandez aussi pour moi, en particulier, aujourd'hui, demandez que la cinquante et unième année de sacerdoce que je commence parmi vous, soit meilleure que celles qui l'ont précédée, afin que je serve mieux notre Dieu, que je le fasse mieux aimer, et qu'après l'avoir bien aimé tous ensemble pendant le temps, nous l'aimions encore tous au ciel. Amen.
[Prononcé dans V église Salnt-Sulpice leiiavi'il 1869 ,.en 'présence de So7i Excellence Monseigneur le Nonce apostolique, de plusieurs évêques et d'une assemblée de fidèles aussi nombreux que V église en pouvait contenir.)
Habehitis hune diem in monumentum et celebrabitis euyn solemnem Domino.
Ce jour sera pour vous un jour de grand souvenir, et vous le solemniserez pour la gloire du Seigneur.
(Exode, xii, d4.)
Excellence, Messeigneurs,
S'il est dans la vie quelques jours solennels plus spécialement chers au cœur, c'est bien sans doute celui où la grande famille chrétienne, s'associant aux sentiments de son Père béni, célèbre avec lui le jour heureux où pour la première fois, il y a cinquante ans. Fonction sainte consacra ces mains qui devaient plus tard répandre tant de bénédictions sur le monde. Pie IX le premier a célébré ce matin ce beau jour àFautel de Saint-Pierre ; Rome entière s'est pressée autour de son pontife pour dire au ciel et sa reconnaissance et ses louanges ; et toutruniverscatholiqueamèlé avec enthousiasme
i. Pour le Jubilé sacerdotal de S. S. Pic IX.
sa voix et son cœur aux chants de la Ville éternelle. Au milieu de ce concours général, la paroisse Saint- Sulpice a tenu le rang qui lui convenait. Toutes les messes, sauf la messe paroissiale, qui ne peut être distraite de sa destination, y ont été célébrées à l'intention du Souverain Pontife, de nombreuses communions y ont été faites pour appeler sur sa tête auguste les bénédictions d'en haut, les fidèles se sont pressés en foule devant les tabernacles pour recommander à Dieu leur Père bien-aimé et ce soir encore, nous voilà rassemblés pour faire monter au ciel de nouveaux chants d'actions de grâces et d'amour. Soyez bénis, Messeigneurs, d'être venus embellir par votre présence cette fête de famille; nous sommes heureux de pouvoir épancher devant vous tout ce qu'il y a dans nos âmes de respect et d'amour pour Pie IX. Contemplé par l'œil de la foi dans toute la majesté du Vicaire de Jésus-Christ, il nous apparaît si beau, que nous ne pouvons contenir notre admiration et nos louanges. Aussi, puisque la Providence nous appelle à porter la parole dans cette circonstance solennelle, nous ne ferons que céder à un besoin de notre cœur en vous disant : l'aies grandeurs de Pie IX; 2° la raison de sesgrandeurs. Notre premier point sera l'exposé d'un fait, le second rendra raison de ce fait. Prions Marie, reine du clergé et protectrice de la Papauté, de nous aider dans cette entreprise. Ave Maria.
PREMIER POINT
Que me proposé-je, mes frères, en venant vous raconter les grandeurs de Pie IX? Est-ce de faire ressortir dans cette solennité les mérites d'un grand homme? Xon. mes frères; car je ne vois point un homme dans Pie IX, je n'y vois que le Vicaire et la vivante image de Jésus-Christ sur la terre; ce que je me propose, cest de vous faire admirer l'action de la Providence sur son Église en vous montrant dans la main du grand Pontife qui agit, la main de Dieu qui la dirige et la conduit; c'est de vous attacher de plus en plus à la chaire de saint Pierre, en vous redisant ses titres à votre Vénération et à votre amour : de ces points de vue éJevés, vous comprendrez mieux combien Pie IX est grand, grand par ses actes, grand par son caractère, grand enfin par rattachement plein de vénération dont l'univers l'entoure.
Je dis d'abord que Pie IX est grand par ses actes. Qu'il est grand en effet, mes frères, ce roi \des âmes dont l'empire embrasse tous les lieux que le Soleil éclaire! Du Vatican où est son trône, il tient tout l'univers sous sa main et en gère les sublimes intérêts. De là il commande en maître à tous les évoques du monde, il dit à ceux-ci : Allez, et ils vont; les uns sous le ciel enflammé et meurtrier de l'Afrique centrale, les autres aux terres glaciales du pôle Xord où pour couche il ont la neige, et pour abri la voûte des cieux.Il dit à ceux-là : Allez
jliîill: saci:udotal de s. s. pie ix 533
aux terres où Ton scelle do sou sang la prédication de la foi; et ils partent en lui disant mieux que les anciens gladiateurs aux empereurs de Rome : Sahitant te moriturl. Il leur dit revenez et ils reviennent ; un mot de sa bouche ébranle le monde, amène trois cents évoques au dernier Centenaire et en amènera plus de mille au prochain Concile.Xes évêques que sa puissante main gouverne, il les organise et les dirige suivant les besoins des temps et des lieux^ rétablissant en Angleterre et en Ecosse la hiérarchie ecclésiastique, accroissant selon les circonstances le nombre des évèchés jusqu'à donnerprèsde soixanteévêquesaux États-Unis, qui au commencement du siècle n'en avaient qu'un seul, créant en Chine, en Cochinchine, au Tonkin. au Japon, en Ethiopie, en Abyssinie^en Australie, dans toutes les îles du nouveau continent de nouveaux évéques ; et sous sa haute direction les évêques de ces contrées fermées jusque-là à l'Evangile organisent les secours religieux, l'éducation de l'enfance, l'instruction de l'âge mûr, tous les bienfaits du christianisme, de sorte que l'on peut dire que Pie IX est vraiment comme le soleil du monde: aucune contrée n'échappe à son action : Nec est qui se ahscondat a calore ejns.
Cependant au milieu de ces grands actes du gouvernement du monde, Pie IX ne perd point de vue un acte d'un autre ordre, après lequel son cœu^ soupirait. Il voyait bien avec consolation la croyance devenue générale dans l'Église que la mère de
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Dieu n'avait pu être un seul instant enfant de colère, esclave du démon, que le sang virginal d'où devait être formé le corps d'un Dieu n'avait pu même un seul instant être un sang souillé, mais son cœur souffrait en considérant combien il serait plus glorieux à Marie que cette croyance fût rangée parmi les dogmes de la foi. Il entreprend de lui procurer cette gloire et non moins prudent que pieux^ il consulte tous les évêques de la chrétienté. Il en reçoit une réponse conforme au vœu de son cœur et dans une assemblée générale de l'Episcopat, agissant avec toute la plénitude de son autorité, il proclame Marie CONÇUE sans péché et frappe d'anathème quiconque oserait dire ou penser le contraire. A cette décision le ciel et la terre tressaillirent d'allégresse. Il me semble voir Marie du haut des cieux bénissant Pie IX, les anges et les saints acclamant son nom bien-aimé et chantant à leur Reine pour sa nouvelle gloire un cantique nouveau. Et qui ne se rappelle le saint enthousiasme avec lequel toutes les églises de la terre imitant Téglise du ciel accueillirent cette bienheureuse décision qui sera à jamais une des plus belles gloires de Pie IX ?
Non moins attentif à condamner l'erreur et à flétrir l'iniquité qu'à définir la foi, notre saint Pontife ne laisse pas surgir une fausse doctrine sans en avertir le monde par ses immortels décrets ; il ne laisse pas le puissant écraser le faible, fût-il un potentat, sans élever la voix en faveur de l'opprimé.
Sentinelle vigilante sur la maison d'Israël, il crie à Fennemi partout où il le voit et la collection de ses Lettres apostoliques sera une des plus précieuses richesses de l'Eglise. Et comment passerai-je sous silence ce Concile œcuménique dont le hardi projet, dans de telles circonstances, fera à jamais l'admiration des siècles? Dieu seul en connaît les immenses résultats ; mais, quels qu'ils soient, à Pie IX reviendra toujours la gloire de l'avoir projeté, la gloire de l'avoir convoqué, la gloire de l'avoir préparé, et cette triple gloire suffirait seule pour immortaliser un Pontificat.
Cependant tant de grandes choses n'occupent encore que la moindre part dans la Aie de Pie IX : tous les jours il consacre de longues heures à accueillir les étrangers de tous l^es pays, qu'ils soient catholiques ou qu'ils ne le soient point, qu'ils soient peuples ou princes , pauvres ou riches, et à tous il sait dire le mot convenable, le mot qui fait du bien et porte bonheur. Tous les jours il s'instruit des besoins des Romains ses sujets, et il pourvoit à tout avec sagesse sans que tant de sollicitudes l'empêchent de favoriser les arts, d'encourager les découvertes et de protéger le développement des connaissances utiles. Jugez, mes frères, si j'ai eu raison de dire que Pie IX était grand par ses actes, il ne l'est pas moins par son caractère.
Quel beau caractère en effet, mes frères, que celui de notre bien-aimé Pontife ! Tous ceux qui ont eu le bonheur de le voir s'accordent à dire quïl y a
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chez lui une majesté douce qui sïncline sans s'abaisser, une sérénité qui semble placée au-dessus des nuages, une bonté qui attire, qui ravit et que rien n'altère ; les épreuves pleuvent sur lui et ne l'accablent pas^ les ingratitudes des hommes Fenvironnent et ne l'aigrissent pas, il est vraiment ce juste dont la philosophie antique avait rêvé l'idéal : Jtistum et tenacem propositi virion ; si fractus illahatur orbis impavidinn ferlent riiinœ.VQW après son arrivée sur le Saint-Siège, réduit à s'exiler pour échapper aux mains d'assassins qui déjà avaient tué son ministre et son serviteur intime, il s'en va sans aigreur, toujours le même, toujours doux et bon; il va apprendre par expérience à compatir aux exilés et il reviendra plus tard à Rome recueillir la souveraineté détrônée, suivant la mission traditionnelle des papes, toujours empressés à offrir aux princes victimes des passions politiques une ville de refuge où ils peuvent encore couler des jours tranquilles et honorés. Peu après, menacé au dedans, menacé au dehors, Pie IX de toutes parts entouré de dangers, continue sa marche à travers les événements du monde et le gouvernement de rÉglise, avec le même calme, la même possession de soi qu'en pleine paix ; image frappante de Jésus- Christ lorsque, ses ennemis voulant le précipiter du haut d'un rocher, il traversait leurs rangs avec une majesté douce, sans qu'ils osassent le toucher : Transiens jjer médium illorum ibat. Les attaques redoublent, on lui enlève les trois quarts
de ses Etats dont les revenus lui étaient cependant si nécessaires, il nesen trouble point et ne diminue rien de sa dignité dans l'action, ni de sa fermeté dans le gouvernement; on lui fait des menaces nouvelles et il ne s'en laisse pas épouvanter ; on lui fait des promesses et il ne s'cnlaisse pas séduire ; on l'oblige à entretenir une armée dont l'usage est si peu en rapport avec son camr pacifique, les frais si disproportionnés à sa modeste caisse ; il subit quoiqu'à regret cette dure nécessité et ne perd rien de son beau caractère.
Faut-il s'étonner après cela, mes frères, que l'univers entoure Pie IX d'un attachement plein de vénération ? En tout temps la grandeur et la majesté qui rayonne sur le front des vicaires de Jésus- Christ les a fait resplendir d'un éclat si vif aux regards de la foi, que les rois les plus fiers de leur empire, un François I", un Charles V, avant eux un Charlemagne et tant d'autres ne croyaient pas déroger à leur haute position en remplissant auprès d'eux les fonctions d'écuyers. Aujourd'hui celte courtoisie n'est plus dans nos mœurs ; mais on n'en révère pas moins en Pie ÏX le premier des monarques ou plutôt un monarque hors ligne^ en tant que représentant de la divinité sur la terre, et c est pour cela que son Nonce marche ton jours en tète des ambassadeurs de toutes les nations. Autant on révère Pie IX, autant on l'aime : on aime en lui le meilleur des pères, avec lui on se croit en famille, et c'est pour cola que le cinquantième anni-
versaire de son ordination, qui ne serait par rapport à tout autre qu'une fête privée, devient par rapport à lui une fête publique. Tout le monde s'ébranle pour la célébrer, tous les cœurs s'émeuvent, un grand mouvement catholique se produit de toutes parts, pauvres et riches lui envoient leurs offrandes, ajoutant par un élan magnanime un nouvel effort de générosité à leurs dons précédents. Il n'est pas jusqu'à l'Italie^ j'entends l'Italie vraie et catholique, qui ne nous dise dans VUnità catholica de Turin qu'en cette circonstance, si chère à son cœur, elle entend dépasser etl'i^llemagne et la France et la Hongrie et l'Autriche et la Belgique : tant Pie IX est partout aimé. Si à aucune époque les attaques contre l'Eglise et le Saint-Siège n'ont été aussi violentes, à aucune époque aussi la primauté spirituelle du Saint-Père n'a été plus affirmée, mieux reconnue. Le nom de Pie IX partout béni est devenu le plus populaire de tous les noms: pas une paroisse, pas une chaumière de la catholicité où il ne soit connu ; tous les cœurs catholiques le saluent avec amour. Les familles lui envoient leurs enfants, les riches leur fortune, les pauvres leurs économies. Vraiment les ennemis de la Papauté ont servi merveilleusement à sa gloire : tant d'injustes attaques dirigées contre elle ont réveillé dans les âmes chrétiennes un attachement nouveau et plus prononcé. C'est de toutes parts un accroissement sensible de zèle et de dévouement, et vous avez pu en juger vous-même, Monseigneur, par les
cris d'enthousiasme qui vous ont accueilli ce matin à votre arrivée et à votre départ. Oh ! comme Dieu s'entend admirablement à tirer le bien du mal ! la haine de nos ennemis surexcite parmi nous le sentiment catholique ,et ce sentiment surexcité oblige plusieurs Etats, même protestants, à être aujourd'hui plus favorables à la cause de Rome, parce qu'ils comprennent qu'en dételles circonstances se montrer hostiles ou même ne pas se montrer bienveillants, ce serait, de leur part, faire acte de mauvaise politique ; ce serait se désaffectionner leurs sujets catholiques en les froissant dans leur affection la plus chère ; ce serait même encourir le blâme de tous les cœurs honnêtes en dehors du catholicisme qui ne peuvent que flétrir de leur mépris le sentiment peu honorable qui ferait abandonner la cause du droit, de la justice, de l'honneur et de la religion. Il est donc bien vrai, mes frères, que Pie IX est grand par l'attachement plein de vénération dont l'entourent les peuples, non moins grand par son caractère et par ses actes. Enfants d'un Père si auguste, soyons dignes de lui; nous Tavons vu remplissant ses journées d'actes saints et utiles : ne souffrons pas dans notre vie de jours vides et stériles ; nous l'avons admiré dans son noble caractère, que notre caractère soit toujours honorable et bon comme le sien; nous l'avons vu se conciliant l'attachement et la vénération universelle par ses hautes vertus : que notre vie soit toujours édifiante et que nos bons exemples for-
cent le respect et l'amour de tous. Je livre ces réflexions, mes frères, à votre conscience et j'arrive à la raison des grandeurs de Pie IX : sujet du second point.
SECOND POINT
Le grand spectacle que nous venons de contempler, mes frères, a sa raison d'être : 1° dans l'institution divine de Jésus-Christ ; 2^" dans le bon sens des peuples.
Et d'abord, dans l'institution divine de Jésus- Christ. La Papauté, cette dignité qui place si haut un homme mortel, n'a rien de l'homme, elle est toute de Dieu. C'est Jésus-Christ lui-même qui l'a établie, quand il a dit à Pierre : « Tues Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église; tu en seras le fondement et non seulement toi, mais tes successeurs à jamais, puisque mon Eglise doit demeurer t-oujourset que le fondement d'un édifice doit demeurer autant que l'édifice.» Cette première parole, Jésus-Christ Ta confirmée et développée quand il a dit à Pierre: «Je te charge de paître mes agneaux qui sont les fidèles et mes brebis qui sont les évêques. Satan a demandé à mon Père de vous cribler comme on crible le froment, mais j'ai prié spécialement pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille jamais, car ton office sera d'affermir tes frères dans la foi ; et cet office ne sera pas seulement le tien ; mais celui de tes successeurs à jamais, puisque plus on s'éloignera de Torigine des choses, plus la
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foi aura besoin d'être affermie. «Ainsi Jésus-Clirist Ta réglé. Mes frères, il y aura toujours dans TEglise un Pierre chargé de paître de la saine doctrine et les évèques et les fidèles; un Pierre pour qui Jésus- Christ a demandé une foi constante, invincible, assez abondante pour affermir tous les autres ; un Pierre avec mission de gouverner l'Eglise, d'y entretenir l'unité de régime et de discipline ; un Pierre enfin centre de l'unité catholique, autour duquel doit se grouper inséparablement quiconque veut être à Jésus-Christ. Tout catholique est essentiellement Romain. Qui se sépare de Rome se sépare de l'Eglise : Vbl Petnis, ihi Ecclesia.Qui se sépare de l'Église se sépare de Jésus-Christ, se sépare de Dieu : Non haôet Deum patrem^ qui non habet Ecclesiam matrem. Ecoutez encore Jésus-Christ, mes frères; il parle à Pierre et lui dit : « Je te donne les clefs du royaume des cieux; » c'est-à-dire l'autorité du gouvernement dont les clefs sont le symbole; « toutce que tu lieras sur la terre sera lié au ciel, tout ce que tu délieras sur la terre sera délié au ciel. » C'est donc en saint Pierre et en saint Pierre seul que l'autorité ecclésiastique a d'abord été établie. Or les dons de Dieu sont sans repentance, et il n'a pas retiré plus tard à saint Pierre ce qu'il lui avait donné. Si l'autorité ecclésiastique est communiquée ensuite au corps des apôtres et à leurs successeurs, ce n'a donc pu être au préjudice de Pierre qui est toujours demeuré en possession de l'autorité reçue avant tous les autres; ce n'a pu être qu'à la condi-
RETRAITE PAST. — Il 31
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tion que Tautorité communiquée à plusieurs serait toujours ramenée au principe d'unité par une parfaite subordination à la chaire de Pierre. Tel est bien clairement le plan divin : en tète de l'Eglise une autorité souveraine, universelle, sans autre limite que la règle : c'est la chaire de Pierre; audessous de celle-ci, des autorités divines aussi ^ mais subordonnées^ qui ne doivent agir qu'en union et dépendance de la chaire première et principale : ce sont les évèques. Conformément à cette divine constitution de l'Église, la chaire de Pierre prime donc toutes les autres. « G"estlà, s'écrie Bossuet, cette chaire romaine tant célébrée par les Pères, où ils ont exalté comme à l'envi la principauté de la chaire apostolique, la principauté principale, la source de l'unité, et dans la place de Pierre, Téminent degré de la chaire sacerdotale, rÉglise mère qui tient en sa main la conduite de ■ toutes les autres églises, le chef del'épiscopat, d'où part le rayon du gouvernement^ la chaire princi- j pale, la chaire unique en laquelle tous gardent \ l'unité. » « Vous entendez dans ces mots, ajoute le 1 grand évèque, saint Optât, saint Augustin, saint Cyprien. saint Irénée, saint Prosper, saint Avit^ Théodoret. le concile de Chalcédoine et les autres, l'Afrique, les Gaules, la Grèce, l'Asie, l'Orient et rOccident unis ensemble. »
Ainsi, mes frères, cette primauté d'honneur,i d'enseignement et de juridiction que nous hono-^ rons en Pie IX, n'est pas un hommage que nous
uBii-i: sACKi'.ixn \i. iti; s. s. l'ii: ix ot3
soyons libres de lui offrir ou de lui refuser; ce n'est pas ici une alTairc d'opinion ou d'aiïection, c'est un dogme de foi, auijuel nous devons notre croyance aussi bien qu'à Texistenco de Dieu, qu à l'Incarnation, la Rédemption, l'Eucharistie, puisqu'il repose, aussi bien que tous les autres dogmes, sur la parole infaillible de Jésus-Christ. Qui n'y croirait pas serait hors la voie du salut, il serait hérétique; et qui mourrait pour le soutenir serait martyr. C'est un dogme qui a ceci de spécial entre tous les autres dogmes, qu'il les embrasse tous à lui seul, les propose, les explique et les prouve, puisqu'une fois le principe admis que la sainte Eglise romaine est la gardienne infaillible de la vérité, je suis sûr, dès que je suis à Rome, d'être dans le vrai, je n'ai plus besoin de faire aucun autre examen; tous mes doutes sont résolus, toutes mes difficultés éclaircies. Quelle économie de temps et d'études, quelle paix pour la fnil Rome a parlé, la cause est finie :Roma locuta est, causa finita est. C'est un dogme conservateur de la charité, par l'union des intelligences : plus de divisions en matières religieuses, plus de contestations et de disputes ; écoutons Rome, et sa décision nous mettra d'accord : Roma locuta est, causa finita est. C'est un dogme qui ne nous fera jamais défaut ni à nous ni aux âges futurs : car les autres églises peuvent défaillir. Hélas I que sont devenues ces églises jadis si florissantes de l'Asie et de l'Afrique, de l'Angleterre et d'une partie de l'Alleiiiagne? Elles se sont noyées dans le schisme et
riiérésie. Mais l'église de Rome ne peut déi'aillir : « J"ai prié pour toi, dit Jésus-Christ à Pierre, afin que ta foi ne défaille jamais ; » et la prière du Seigneur ne peut être privée de son effet. Non, ô barque de Pierre, jamais vous ne sombrerez : les vagues pourront bien vous soulever pour vous mettre plus en évidence, mais vous submerger, jamais ; elles pourront bien vous blanchir de leur écume^ mais vous souiller: jamais; elles pourront bien faire entendre autour de vous leurs mugissements, mais vous arrêter dans votre marche toujours la même à travers les siècles: jamais. Que vous dirai-je enfin, mes frères, c'est là un dogme également précieux à tous, parce qu'à tous, il montre du doigt la vraie religion, la véritable Eglise; il est de l'une et de l'autre le caractère distinctif, il est comme le sceau divin apposé sur l'une et sur l'autre; et les plus humbles esprits peuvent Ty voir. On lit dans les Annales de la Propagation de la Foi deux faits qui confirment admirablement cette doctrine : Les habitants des îles Gambier, après avoir été évangélisés par de saints missionnaires qui d'anthropophages en avaient fait des anges, virent un jour venir à eux des prédicants inconnus, qui voulaient les évangéliser à leur tour. Qui êtes vous? leur demanxlèrent les pauvres insulaires. Nous savons que Dieu a fondé son Eglise sur le Pontife de Rome, qui seul a droit de paître tous les agneaux de la bergerie. Montrez-nous que c'est lui qui vous envoie; sinon retirez- vous, vous êtes de faux prophètes ^
JUIÎILÉ SACERDOTAL DR S, S. l»ir. IX o4o
Il y a quelques années seulement, des missionnaires Iranrais arrivent au Japon et avec l'autorisation t lu gouvernement y iDàtissenl une église. Plusieurs Japonais, qui, sans avoir jamais vu de prêtres ca- Iholiques, avaient conservé les traditions de leur première évangélisation par des missionnaires de la Compagnie de Jésus, crurent reconnaître dans les cérémonies de ces nouveaux venus quelques traces de leur antique foi. Ne seraient-ce point, se .lisent-ils, des prêtres de Fancienne religion prècliée à nos ancêtres, il y a 200 ans? Pour s'en assurer, ils vont les trouver, et leur font cette question : « Est-ce Tévêque de Rome qui vous envoie ? car celuilà seul est le chef et le maître de la vraie religion. — ( )ui, » répondent les missionnaires ; et sur les preuves qu'ils leur en donnent, les Japonais accueillent Mivec transport ces nouveaux apôtres marqués au bon coin et implorent leur ministère. Tel est donc, mes frères, le cachet du vrai catholique : tout par le Pape, voilà sa devise. Le Concile même œcuménique n'est valable qu'autant que le Pape le convoque, qu autant que le Pape le préside par lui-même ou par ses représentants; et ses décrets n'ont force de loi qu'autant que le Pape les confirme. Donc, mes frères, c'est dans l'institution divine de Jésus-Christ que se trouve la première raison des grandeurs de Pie IX. Nous en trouvons une seconde dans le bon sens des peuples.
Oublions pour un instant, mes frères, les projnesses divines que nous venons de méditer. Je dis
h  6 DISCOURS DIVERS
que le bon sens des peuples saura discerner dans la chaire apostolique la plus grande autorité morale qui soit sur la terre pour enseigner la vérité au monde. Tout observateur de bon sens en effet se dira : Tl faut que la vérité soit enseignée aux peuples; sinon, ils vivront sans doctrine; l'expérience le démontre. Or un peuple sans doctrine est un peuple sans loi, sans mœurs^ ' sans respect des droits, sans soumission à l'autorité, un peuple ina'ouvernable. Mais où trouver cette doctrine et qui renseignera aux peuples? Sur la face du globe, je ne vois que trois chaires enseignantes : les sectes en dehors du catholicisme, les écoles philosophiques séparées de la religion, et la chaire romaine, en qui toute la catholicité révère sa mère et sa maîtresse. Il faut chosir entre ces trois chaires ; -en faveur de laquelle prononcera le bon sens? Sera-ce en faveur des sectes en dehors du catholicisme? Hélas! ces branches séparées du tronc n'ont plus de vie : chez elles, aucune doctrine commune, aucun symbole; elles n'en peuvent même avoir sans se contredire, puisque leur principe constitutifjc'est que chacun doitse faire une religion à sa guise et être à soi-même son docteur et son maître. Sera-ce en faveur de la philosophie séparée de la religion? Hélas I que savent nous donner ces tristes écoles de pur naturalisme, sinon ces erreurs monstrueuses qui. assimilant l'homme à la brute, supprimant les idées fondamentales de Dieu, de lame et de la vie future, suppriment en même
temps pour la société toute garantie d'ordre, de probité et de justice, et pour l'individu tout respect de soi, toute raison du devoir. Il ne reste donc que la chaire romaine : et celle-là comme elle est belle aux yeux de quiconque la considère avec un cœur droit, un amour sincère du vrai, une conscience dégagée des préjugés ! Comme elle apparaît supérieure et aux sectes séparées et aux écoles de pur naturalisme! Dans les chaires en dehors d'elle, ce sont des variations continuelles qui font que l'auditeur ne sait à quoi s'en tenir ; à Rome, c'est Finvariabilité même qui, depuis dix-huit cents ans, n'a pas changé un iota à son symbole : caractère frappant de la vérité qui ne change pas. Dans ces chaires, ce sont des voix sans autorité; à Rome, c'est l'autorité de l'univers et des siècles, tous faisant écho à la chaire apostolique, puisque partout et toujours c'est le même soleil de vérité. Dans ces chaires, ce sont des hommes qui trop souvent, en guise de raisons, jettent à la face de leurs adversaires la haine et l'injure ; à Rome, la majesté douce de la vertu unie à la science. Dans ces chaires, des doctrines subversives de Tordre et de la morale ; à Rome, les doctrines les plus favorables à la vertu, les doctrines qui ont fait les plus grands saints. Et ces chaires, ce sont des individus, point d'ensemble ; à Rome, c'est une organisation puissante qui embrasse le monde, qui l" inonde de sa lumière bient'aisante et civilisatrice, qui a toujours à son service les plus héroïques dévouements pour les envoyer
5 4n discours divers
porter le bonheur et la vertu à toutes les contrées de la terre. Or, je vous le demande, mes frères, en présence d'un tel parallèle, le bon sens peut-il résister à faire son choix et à prononcer de quel coté est la vérité, à qui il doit donner et l'assentiment de son intelligence et l'amour de son cœur ? Vous le comprenez : il salue avec enthousiasme la chaire de Pie IX comme la véritable chaire, la chaire vierge où jamais Terreur ne s'est assise, le soleil du monde, le fondement de l'ordre social; il s y attache de toute son àme, si déjà il lui était uni ; il s'en rapproche, s'il en était séparé. De là, mes frères, ces retours si nombreux à la vraie foi; de là ce mouvement catholique qui s'opère vers Rome : de là dans la Ville éternelle cette affluence toujours croissante d'étrangers qui y vont respirer avec bonheur l'atmosphère pure du vrai, du beau et du bien.
Qu'on ne dise donc plus : le catholicisme est mort. 11 vit aujourd'hui plus que jamais : il vit en Angleterre, où de jour en jour il se bâtit de nouvelles églises pour recevoir les nouveaux convertis ; il vit en Irlande, où il obtient enfin une justice tardive ; il vit aux États-Unis, où il prend des accroissements toujours nouveaux ; il vit dans l'Amérique du ?sord, où les évêchés se multiplient; il vit en Orient, dans le vaste empilée de la Chine, en Cochinchine. au Tonkin, aux Indes ; il vit en Afrique où sur plusieurs points il reçoit une liospitalité jusqu'alors inconnue; il
vit on Allemagne, en Italie, en Espagne, sans doute attaqué par des minorités factieuses, mais aussi ayant pour lui le gros de la nation, la conscience publique et ratYection de tous les cœurs honnêtes. Il vit surtout en France, malgré certaines voix discordantes qui ne parlent si souvent de sa mort que parce que leur haine la désire. Oui, notre belle France est toujours la grande nation catholique : j'en atteste ces fêtes de Pâques oîi partout les plus grandes églises se sont trouvées trop petites, où Notre-Dame de Paris même n'a suffi qu'à grand'peine au nombre d'hommes empressés de communier. J'en atteste les progrés annuels des œuvres si belles de la Propagation* de la Foi et de la Sainte-Enfance, qui envoient plus de cinq millions chaque année aux divers points du globe où il y a des besoins religieux à soulager, .l'en atteste les millions envoyées à notre bien- .liméPielXpour Faider dans la crise pénible qu'il traverse. J'en atteste ces missionnaires que la France envoie aux pays infidèles en plus grand nombre à elle seule que toutes les nations de la catholicité ensemble. Quoi qu'on dise, la France est donc toujours profondément catholique ; elle tient au Saint-Siège comme sa fille aînée ; et à aucune époque notre gouvernement ne se montra plus Français qu'au jour où il prononça à la tribune ce mot devenu fameux : «Jamais, jamais la France n'abandonnera le Saint-Siège ! » comme à aucune sf'ance nos représentants ne remplirent plus ma-
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gnifiquement leur mandat, que quand d'une voix unanime ils répétèrent avec entliousiasme ce cri du cœur. « Jamais, jamais! »
Oui, sainte Église romaine, nous tiendrons toujours à toi par le fond de nos entrailles; on nous ôterait plutôt la vie que de nous séparer de toi. Quelques partis que les passions des hommes puissent former autour de nous, nous serons toujours avec Rome : Ego cathedr% Pétri consocior. Quelques doctrines nouvelles qui retentissent à nos oreilles, nous écouterons toujours Rome. Vous parlerez, saint Pontife de Rome, et nous vous croirons; vous commanderez et nous vousobéirons, parce que, comme le divin Maître, vous seul avez les paroles de la vie éternelle : Ego cathedrœ Pétri consocior. Quelques événements qui surgissent, quelques tempêtes qui agitent la société, ô barque de Pierre, nous nous attacherons à vous, nous demeurerons en vous, parce que vous seule pouvez nous conduire au port : Ego cathedrœ Pétri consocior. Enfin, quoi qu'il arrive, ô Prince des pasteurs, nous serons toujours avec vous, toujours pour vous, toujours tout à vous. Dans les ténèbres, vous serez notre lumière, dans les orages vous serez notre étoile, dans les doutes notre conseil. A la vie, à la mort, nous serons unis à votre chaire, jusqu'au jour oii les clefs que Jésus-Christ vous a mises aux mains nous ouvriront le rovaume des cieux. Amen.
DILECTO FILIO PAROCHO
ECCLESI.E S. SULPITIl LUTETIAM PARISIORLM
Plus p. p. IX
Dilecte Fili Salutem et Apostolicam Bénédiction em.
Sermonem libenter accepinius a te in noto parochiali templo Sancti Sulpitii habitum, quo vehementer gratularis quinquagesimum anniversarium diem quo primitiis Hostiain sànctam, salutarem, Immacuiatam, Omnipotenti Deo obtulimus. Quo in sermone undique enitet mirifica Tua fîlialis erga Nos et hanc Pétri cathedrani pietas. amor et observantia, ac singulare sanestudium quo Deum indesinenter pro diuturnâ nostrâ incolumitate, prosperitate ac pace et pro optatissimo Ecclesia^ sanctae triumpho oras et obsecras. Summoperè Nos delectarunt ejusmodi egregii tui sensus, qui ecclesiastico viro plané digni, omnem merentur laudem. Itaque gratissimum nostrum tibi animum profitemur, ac mutuam vicem rependere cupientes. a bonorum omnium largitore Deo, humiliter et enixè petimus ut prospéra omnia ac salutaria tibi concédât et divina' sua* gratis abundantiâ te
5o -2 DISCOCRS DIVERS
repleat. Atque horum auspicem et pra^cipuce nostra^ paternaî Charitatis pignus, Apostolicam benediciionem Tibi. Dilecte Fili. peramanter impertimiir.
Datiim Romœ.apud S. Petriinijclie 2 septembris, anno 1869.
Pontificatûs Nostri anno vicesimo quarto.
Plus P. P. IX.
PIE IX, Souverain Pontife,
A Vous, bien-aimé fils, salut et bénédiction apostolique.
Cest avec un grand plaisir que Nous avons reçu le discours prononcé par vous dans la célèbre église paroissiale de Saint-Sulpice, le jour où vous avez célébré avec tant d'éclat le cinquantième anniversaire de cette mémorable journée qui nous vit offrir pour la première fois au Dieu Tout- Puissant l'hostie sainte et pure de notre salut.
Dans ce discours éclate partout, d'un côté, votre merveilleux dévouement, amour et respect envers Xous et le Siège de Pierre; de Tautre, Tardeur vraiment peu commune de vos prières et supplications à Dieu pour quil nous accorde, à Nous de
i;i;i:f ui: s. s. imî; ia i) .. /,
longs jours do sanl('', do bonheui' et de paix, et ;ï rEglisG un triomphe que tant de vœux appellent.
De si excellents sentiments, tout à fait convena- Mes h un ecclésiastique et dignes de tout éloge, ont rempli notre cœur de consolation ; c'est pourquoi nous vous en exprimons toute notre reconnaissance ; et voulant vous payer de retour, nous conjurons humblement et instamment le Dieu dispensateur de tous les biens, de vous accorder toute espèce de bonheur temporel et spirituel et de vous remplir de rabondance de sa divine grâce.
Comme heureux augure de tous ces biens, et comme gage de notre paternelle tendresse, Nous vous envoyons de toute Taffection de notre cœur et avec un sentiment tout particulier de dilection notre Bénédiction Apostolique.
Donné à Rome, près du tombeau de saint Pierre, la vingt-quatrième année de notre Pontificat.
PJE 1X,S0UV. POXTIFE.