PÈLERINAGE A PARAY-LE-MOMAL
comme la bienheureuse Marguerite-Marie, être consumés des mêmes flammes, briiIer des mômes ardeurs et n'avoir pas dans notre cœur un battement qui ne soit pour vous ; Fac me tibi semper magis credere, in te sperare, te diligere. Et précisément parce que les enfants de Baal vous abandonnentj nous venons nous serrer autour de vous ; précisément parce que tant de bouches vous blasphèment, nous sommes heureux de sanctifier nos lèvres par vos louanges ; précisément parce que vos ennemis ont dit : « Nous ne voulons point qu'il règne sur nous: Nolumus hune rerjnare supernosy>^ nous dirons avec l'enthousiasme de l'amour : Que votre règne nous arrive, ce règne d'ordre, de paix, de charité mutuelle: Adveniat regnnm tiium. On a osé dire :1e catholicisme est mort; c'en est faitdela foi des vieux temps. 0 Cœur sacré ! nous aimons à le proclamer devant vous comme une solennelle réparation ; vos ennemis en ont menti : non, le catholicisme n'est pas mort ; à travers les gouvernements qui n'osent plus s'afficher catholiques, Dieu se ménage toujours ses élus qui font peu de bruit parce qu'ils sont tranquilles comme la vertu, mais qui savent se montrer quand il le faut ; nous en attestons ces populations se levant en masse, franchissant les distances, gravissant les montagnes, encombrant les routes qui mènent aux sanctuaires de Marie et se pressant autour de ses autels, à Lourdes comme à la Salette, à Ponmain comme à Neubois. Non, le catholicisme
n'est pas mort, nous en attestons l'humble sanctuaire de Paray recevant ces flots de peuples, venQs des points les plus opposés de la France, de Lille et de Marseille, de Lyon, Cambrai et cent autres villes qui semblent s'être donné rendez-vous près du Cœur de Jésus. Non, le catholicisme n'est pas mort, nous en attestons Paris et ses bannières déposées devant le Sacré Cœur pour y être un hommag-e permanent de la grande ville qui se repent, une réparation des écarts de ses enfants égarés par ses enfants fidèles. On croyait Paris une cité sans foi et sans mœurs, et voilà queParis arrive avec ses hommes de foi, ses hommes à bonnes œuvres, à vertus éminentes, telles que la province en connaît peu de semblables. On croyait la religion perdue en France ; et voilà que la France se présente plus chrétienne que jamais, professant non seulement l'antique foi de ses pères, mais la dévotion au Sacré Cœur qui semblait, il y a quelques années seulement, le partage des cloîtres ; elle se présente et tire du fond de ses poitrines émues le cri réparateur : Gloire, honneur, louange au Cœur de Jésus ! pardon, grâce, miséricorde pour le passé, et vive à jamais le Cœur de Jésus ! c'est le cœur d'un Dieu, le cœur du Dieu sauveur. Yive le Sacré Cœur !
2° Mais, mes frères, à l'amende honorable pour réparer le passé, nous devons joindre la conversion et la prière pour préparer l'avenir : deux
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conditions de notre résurrection. Nous sommes tombés, mes frères, parce que nous étions pécheurs et le ciel nous a punis. Nous ne nous relèverons que quand nous redeviendrons chrétiens, chrétiens dignes de cette France qui s'appelait avec fierté et amour la fille aînée de l'Eglise. Comment s'opérera ce retour ? Jésus-Christ l'a révélé à la bienheureuse Marguerite Marie. La religion refleurira en France ^\m à.ïi-\\,j)armon divin Cœur. Quand je rapproche cette parole, mes l'rères, de ce que nous voyons, mon cœur surabonde de joie et de reconnaissance^ et je me dis : Oui, la France redeviendra chrétienne puisqu'elle adore le Sacré Cœur ; ce foyer d'amour fondra la glace de son indifférence ; elle aura honte de ne pas aimer un Ca'ur qui l'aime tant, et dès lors elle reprendra sa place parmi les nations ; elle redeviendra grande parce qu'elle sera chrétienne, elle marchera à la tête des peuples parce qu'elle en sera le modèle, s'avançant d'un pas fermeet résolu dans les sentiers antiques de l'honneur et du devoir, de la religion et de la vertu.
Convertis ainsi par ce divin Cœur, mes frères, il ne nous restera plus qu'à le prier, à le prier pour nous sans doute et pour toutes les personnes qui nous sont chères, comme pour les œuvres qui nous intéressent, mais surtout à le prier pour la France, l'Église et le Saint-Siège. La France, l'Église et le Saint-Siège, quelles grandes paroles, mes frères ! Oh 1 comme ces trois mots font battre le cœ'ur, pour
peu qu'on soit chrétien et Français ! La France, rÉglise et le Saint-Siège, je ne puis me lasser do les redire au Cœur de Jésus ! Je les lui redis le jour, je les lui redis la nuit, je voudrais les lui redire toujours.
La France! qui ne l'aimerait, cette chère France? C'est notre patrie, c'est notre mère, c'est à elle que nous devons tout, et la vie et le bien-être, et l'éducation et la fortune, et nos parents et nos maîtres ; la France, c'est notre présent, c'est notre avenir, c'est tout pour nous sur la terre ; la France, c'est la grandeur dans l'abaissement, c'est la majesté dans l'infortune, c'est tout ce qui peut émouvoir un cœur noble et sensible. La France, c'estFintérèt de nos proches, de nos amis, de nos concitoyens, c'est la vie des membres d'un même corps ; la France, c'est la puissance tutélaire de la religion, de l'Eglise, du Saint-Siège, de tout ce qui est bien. Que de titres, mes frères, à faire valoir auprès du Cœur de Jésus ! Ah ! n'oublions pas surtout de lui dire tous les services que la France a rendus et qu'elle rendra encore au monde, à la société, à la religion ; n'oublions pas de lui dire tout ce qu'elle a fait en particulier pour son Cœur sacré. C'est elle qui, après avoir été la première confidente du dessein qu'avait formé son amour de se faire connaître au monde, lui a fourni encore, pour l'exécuter, ses premiers apôtres. De Paray jaillit la source qui devait inonder le monde de ses eaux bienfaisantes ; de la France la dévotion au Sacré Cœur se répandit
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sur tous les points du globe. 0 Cœur adorable, que pourriez-vous refuser à qui a tant fait pour vous ? Laisserez- vous périr la France, où parmi tant de mal il y a tant de bien, où parmi tant de méchants il y a tant de bonnes âmes qui vous aiment, qui vous prient, qui sont venues ici et qui y viendront encore supplier vos miséricordes ? Laisserez-vous périr Paris dont nous sommes les représentants et les envoyés, Paris le cœur de la France et du monde, Paris qui vous apporte ses bannières et se prépare à vous élever sur le point culminant du mont des Martyrs une église monumentale, visible de tous les points de la cité, d'où vous dominerez sur elle comme son Seigneur et son maître ? 0 vous qui avez pleuré sur Jérusalem, écoutez nos larmes et nos prières, sauvez Paris, sauvez la France. Donnez à nos législateurs la lumière pour voir ce qu'il faut faire, aux magistrats la sagesse et la force pour l'exécuter, aux peuples l'esprit d'obéissance et de soumission, à tous l'esprit chrétien sans lequel se perdent et gouvernements et peuples. Nous avons péché, il est vrai, nous n'attendons rien de notre propre justice, mais nous attendons tout de vos miséricordes qui sont infmies : Neqiie in justification nibus nostris prosternimiis preces ante faciem tiiam^ sedin miserationibus tuis multis. Pardonnez-nous, vous qui avez promis le pardon au cœur contrit et humilié: Cor contritum et humiliatum^ Deus, non despicies. Nous n'attendons même rien ni de notre vaillance ni de notre habileté. Nos soldats ont
combattu et ils ont été vaincus ; l'élite de la nation s'est rassemblée, elle a cherché le remède à nos maux et n'a pu encore le trouver. Notre unique ressource est donc de lever les yeux vers vous, ô refuge des pécheurs, ô espoir des désespérés : Hoc soliim habemus residid ut oculos nostros diricjamus ad te...^I)eus noster. Venez à notre aide, hâtez-vous de nous secourir : Deiis^ in adjutorium meum intende; Domine ad adjuvandum me festina. Tous seul pouvez nous sauver^ et nous nous jetons en vous comme dans notre arche de salut : Domiîii est salas. Il ne s'agit pas seulement ici, Seigneur, de notre cause, il s'agit de la cause même de la religion qui s'identifie avec la cause de la France. Notre triomphe sera le triomphe de l'Eglise, car celle-ci ne peut être sauvée que par nous. Pie IX l'a dit, l'univers le répète, l'expérience le confirme. Tant que la France fut grande, l'ombre de son drapeau protégea l'Eglise par toute la terre ; depuis qu'elle est tombée, toutes les missions en ont ressenti le terrible contre-coup. Que de missionnaires ont été chassés au cri sinistre : la France n'est plus ! A nos portes même, qu'avons-nous vu ? les évêques exilés, les prêtres persécutés, la religion outragée, parce que, disait-on, elle n'est plus, la France, protectrice des intérêts catholiques. 0 Cœur adorable, sauvez la France pour sauver l'Eglise, l'Église que vous avez rachetée au prix de votre sang, l'Église qui sauve vos enfants, qui fait connaître aux nations vos grandeurs et votre amour, l'Église la J
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propagatrice de votre culte, la dépositaire de votre doctrine et de vos sacrements, l'Église qui est notre mère dans l'ordre du salut. Ah I ayez pitié de cette mère si bonne, en butte à tant d'ennemis ; on voudrait lui enlever tous ses droits , jusqu'à l'éducation de l'enfance, jusqu'à sa liberté d'action, jusqu'à la vie même si on le pouvait ; et au milieu de tant d'assauts, toutes les nations semblent l'avoir abandonnée. Les unes sont hostiles, les autres ou indifférentes ou impuissantes. 0 Cœur sacré, prenez la défense de l'opprimée et pour elle faites encore de grandes choses par la France : Gesta D'i per Francos. Prenez surtout la défense de son chef auguste, notre bien-aimé Pie IX ! C'est le père de nos âmes, c'est le pilote de notre navire, c'est le guide de nos pas vers le ciel. Pie IX ! ô Cœur de .lésus, écoutez les cris des enfants priant pour un père. Cœur sacré, sauvez la France. sauvez l'Église, sauvez Pie IX. Tout est là pour la religion, la France comme puissance tutélaire, l'Église comme puissance enseignante et dispensatrice des sacrements, Pie IX conjme modérateur suprême des hommes et des choses.