‹ Retraites pastorales et discours diversChapitre 8 sur 36 · LA NÉCESSITÉ DE L ORAISON · texte numérisé non relu

LA NÉCESSITÉ DE L ORAISON

Nécessité de Toraison dans un prêtre démontrée : 1° Par les fonctions du sacerdoce; 2o par les périls du saint ministère; 3° par la sainteté de Tétat ecclésiastique.

Adorons Jésus-Christ, consacrant les jours entiers à l'oraison et quelquefois^ les nuits ellesmêmes : Exiit in montem orare^ et erat pernoctans in oratione Deî, et faisant précéder par la méditation les actes principaux de sa vie, l'élection de ses apôtres, sa transfiguration sur le Thabor et sa passion au jardin des Oliviers. Adorons aussi TEsprit divin remplissant des mêmes dispositions tous les saints de l'Ancien et du Nouveau Testament. Dans l'Ancien Testament, ce sont les patriarches si pleins de l'esprit d'oraison, qu'ils marchent toujours en la présence de Dieu et voient l'invisible comme de leurs propres yeux : Invisibi/em tanquam videns; c'est David se levant la nuit pour méditer la loi de Dieu, et y employant encore la meilleure partie du jour, malgré les soins d'un grand royaume : Media nocte surgehani ad confitendwn tibi. . . ; quomodo dilexi legem tuam,, Domine? tota die meditatio mea est. Dans le Nouveau Testament, ce sont les apôtres faisant passer la

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prière avant tous les travaux du ministère, de la conversion du monde entier qu'ils avaient sur les bras : Nos vero orationi et ministerio verbi instantes erinms; ce sont les Grégoire de Nazianze, les Basile, les Chrysostome, les Martin, les Grégoire le Grand, les Bernard, les Charles Borromée, les Vincent de Paul, les Alain deSolminiac,qui disaient n'avoir jamais connu ni un bon prêtre qui ne fit pas l'oraison, ni un prêtre fidèle à l'oraison qui ne fût pas un bon prêtre. Après avoir considéré d'un œil attentif ces grands exemples, appliquons-nous à nous convaincre fortement de la nécessité de l'oraison pour un prêtre. Nous puiserons les raisons de cette nécessité : 1" Dans les fonctions du sacerdoce; 2" dans les périls du saint ministère; 3° enfin dans la sainteté de l'état ecclésiastique.

I. Et d'abord dans les fonctions du sacerdoce. Il en est quatre principales : la sainte messe, le saint office, l'administration des sacrements, la prédication de la divine parole. Or ces quatre fonctions demandent dans un prêtre la pratique habituelle de l'oraison. Si chaque matin on n'a pas fait l'oraison en règle, comment portera-t-on au saint autel ou dans le divin office ce recueillement profond, cette foi vive, ce cœur brûlant d'amour que demandent de si augustes ministères? Au lieu de ces dispositions, on n'y portera que froideur, négligences, distractions, pensées inutiles et tous les fantômes d'une imagination en désordre. Oh ! ici, quelle différence d'un prêtre qui fait oraison à un prêtre

qui la nég-ligeîL'un est tout respect et tout amour, il goûte toutes les paroles que sa langue profère, il apprécie toute la grandeur des fonctions qu'il remplit, tout enlui est pieux, exemplaire, également propre à toucher le cœur de Dieu et à édifier le peuple fidèle, parce que le matin il a allumé le feu dans son cœur : In meditatione mea €xa7'descet ignis;VsL}itre, au contraire, est insouciant et distrait; et tandis que les anges brûlent d^amour et tremblent de respect autour de lui, il est insensible comme le marbre et la pierre et laisse couler sur une langue froide et languissante les plus sublimes paroles de la liturgie ou les expressions les plus embrasées du saint roi-prophète; il s'excuse et se tranquillise, appuyé sur la fragilité humaine, mais vaine excuse : en négligeant ou faisant niai Toraison^ il pose la cause des distractions et froideurs qui lui arrivent. L'oraison bien faite en eût prévenu la plupart et eût mis dans son âme des sentiments de piété capables de compenser ce qui est de la fragilité humaine : An/it cor meum quia oblitus sum comedere j)cinpm meum; et par conséquent il en est responsable devant Dieu.

Et ce que nous disons de la messe et du saint office, nous pouvons le dire de l'administration des sacrements et de la prédication de la divine parole. L'oraison fait sentir aux prêtres la grandeur et l'excellence des sacrements, leur y montre le sang de Jésus-Christ, qui, coulant par leurs mains, s'en va inonder tout le peuple fidèle ; et

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cette pensée de foi les tient dans le respect, la religion et la modestie convenables. Mais sans Toraison, on traite les sacrements comme chose vile et vulgaire ; on les administre sans attention, modestie et respect, le cœur ne dit mot dans des fonctions toutes célestes et la langue précipite des paroles où l'âme n'est pour rien. Au tribunal delà pénitence, on dirige les âmes d'une manière tout humaine, sans consulter l'esprit de Dieu; et la raison de l'homme qui, incapable de s'élever au-dessus d'elle-même, ne peut atteindre jusqu'à l'ordre surnaturel, devient le seul arbitre de la plus surnaturelle de toutes les œuvres : la conduite des âmes. On n'a alors ni onction pour consoler ni sagesse pour conseiller; comme on n'a pas appris à se connaître soi-même dans l'oraison, on ne connaît point les autres; on ne voit que la surface des consciences et jamais cet intérieur où est la source du mal ; et de là tant de pénitents superficiels parce que le médecin qui les traite n'a pas appris dans l'oraison et leurs maux et leurs remèdes. En chaire, c'est rhomme qui parle et non point le prêtre ; et de là tant d'exhortations, tant de prédications et si peu de fruits ! Pour convaincre et toucher les autres, il faut avoir été convaincu et touché soi-même dans la ferveur de l'oraison ; c'est là qu'il faut se remplir soi-même avant de remplir les autres, dit saint Augustin : Prhtsquam exerat linguam^adDeum levet animam sitientem ut eructet quod biberit^ vel qnod impleverit fuiidat. « On n'allume qu'avec du feu, »

dit un saint, et il n'y a qu'un discours préparé dans la chaleur de Foraison qui puisse porter au cœur des auditeurs la chaleur du saint amour, et voilà d'où vient qu'un seul mot d'un homme d'oraison produit souvent plus d'impression que cent discours d'un homme qui n'est qu'orateur.

II. Mais si les fonctions du sacerdoce demandent de nous la pratique habituelle de l'oraison, les périls du ministère ne la réclament pas moins. On trouve quelquefois des esprits préoccupés qui disent : « Cela est bon pour le séminaire ou pour des religieux. » Mais, ô mon Dieu, que cela est bien meilleur encore et plus nécessaire pour les prêtres dans le ministère ! Si quelque part on pouvait se soutenir sans l'oraison, ce serait sans doute dans une maison de retraite où tout porte à Dieu, où on ne voit que de saints exemples, où on n'entend que de saintes paroles; et cependant là même tout le monde la croit nécessaire. Mais un prêtre dans le ministère qui se voit tous les jours au milieu des tempêtes et sur le bord des précipices, environné de publicains, de Samaritains et deMadeleineSjOli I qu'il a un bien plus pressant besoin de l'oraison ! Il n'y a que l'oraison qui puisse le mettre en assurance contre tant de périls, l'oraison que saint Chrysostome appelle le grand port et le lieu qui doit lui servir de refuge :Magims portus^ inagnus refiigii lociis^ tentationiim pons et trihulationum interpositus paries. « Heureux, dit le prophète, celui qui médite jour et nuit la loi du Seigneur I il sera comme un bel arbre planté sur le

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courant des eaux, il n'aura à craindre ni la stérilité, car il sera chargé de fruits dans son temps, ni la sécheresse, car son feuillage sera toujours vert, et tout lui tournera à bien : Beatiis vir qui. . . in lege Domini me dit abitur die ac nocte ! Et erit tanquam lignum quod plantatum est seciis decursus aquarum^ quod fructum suum dabit in tempore siio : et folium ejiis non defluet^ et omnia qusecmnque faciet prosperabuntur. » Mais, pour les prêtres qui ne font pas l'oraison : Non sic, non sic : sed tanquam pnlvis qiiem projicit ventiis a f acte terrœ. Le premier péril pour lui est celui de l'habitude et de la routine, la vraie homicide du prêtre, lamalédiction la plus générale et la plus terrible attachée aux saintes fonctions du ministère. Et comment sans oraison ne pas se faire une routine de ce qu'on dit et de ce qu'on fait tous les jours? Comme on passe sa vie au milieu des choses saintes, on finit bientôt parles regarder comme des choses profanes qui ne réveillent plus rien en nous, ni foi, ni attention, ni ferveur, ni piété; et de là le défaut de respect, l'abus des choses saintes, les prières mal faites, la stérilité de tant de moyens de salut, que nous avons entre les mains; il n'y a que le prOtre fidèle à méditer tous les matins l'excellence de ses fonctions, la grandeur de son ministère, les perfections infinies de Dieu, qui puisse se préserver du malheur d'être un prêtre de routine et d'habitude; sa foi, au lieu de se ralentir, va toujours en croissant et, par l'oraison, se sauve là où les autres se perdent. Le deuxième péril du prêtre

est celui de la dissipation : au milieu des mouvements et de l'action qu'exigent nos fonctions, l'homme intérieur s'affaiblit et s'éteint; on perd pour soi-même en se livrant aux besoins des autres, on est tout au dehors et jamais dans son cœur, et on se fait tellement à cette vie d'agitation, qu'on ne peut plus se passer des hommes ni être un instant avec Dieu seul et soi-même ; état funeste et dangereux où l'humeur, la vivacité, le tempérament, l'inquiétude entrent plus dans nos fonctions que l'amour du devoir, oii l'on est si exposé à oublier son salut et le soin de son àme, à se laisser entraîner par mille passions : or, encore ici, la pratique habituelle de Foraisonestleseul moyen de prévenir ou de réparer un si grand mal. Une bonne oraison chaque matin nous établit dans cet esprit de piété et de recueillement qui règle, modère et sanctifie toutes nos fonctions. Toutefois la routine et la dissipation ne sont pas les seuls dangers du prêtre. Un autre péril, ce sont les tentations qui l'attendent dans l'exercice de ses fonctions : tantôt c'est la vanité et l'orgueil, s'il réussit ; tantôt c'est le dégoût et rabattement, s'il ne réussit pas ; et que de périls sans nombre qui se rencontrent au saint tribunal ou dans le commerce nécessaire du monde, périls si grands qu'ils ont fait dire à saint Augustin cette célèbre parole : Nihil diffîcilins et pericidosius sacerdotis officia. Or à tous ces dangers l'oraison est l'unique remède à opposer , mais aussi remède efficace et infaillible: Magmis portus, magnusrefucjii locus^ tenta-

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