‹ Retraites spirituellesChapitre 8 sur 8 · OMN'IA MEA TUA SUNT · texte numérisé non relu

OMN'IA MEA TUA SUNT

spectacle qui soulève radmiralion du monde ? Au jour le jour, c'est monotone : mais dans l'ensemble c^st très grand. On disait notre pauvre France si anémiée — quelques-uns si pourrie — que, privée de l'appui concordataire, elle devait s'écrouler en une ruine lamentable. Il n'y avait pas que nos ennemis à faire cette prévision sinistre, les étrangers la partageaient, et c'est que les étrangers se souvenaient de ce qui s'était passé chez eux : par exemple, en Angleterre sous Henri YIII, et plus près de nous, il y a un siècle, par toute l'Allemagne, y compris la soi-disant catholique Autriche, sous le régime de Joseph I*'^ Nous ne devions donc pas être plus résistants. Et que voit-on? à d'insignifiantes petites exceptions près, la hiérarchie eut une cohésion sans exemple : les fidèles plus dévoués, plus généreux que jamais du don de leurs personnes et de leurs biens, un immense service d'œuvres qui ne possèdent rien et qui ne manquent jamais du nécessaire, et en définitive, ce qu'on voit, c'est une renaissance, au lieu d'un effondrement. Nous sommes certainement en train d'écrire une grande page d'histoire religieuse : vous amassez de la gloire pour votre famille. Mesdames, le Pape le disait hier encore en consistoire, et si ce fut une humiliation d'être catholique anglais au xvi*' siècle, ou catholique allemand, autrichien, au xviu% ce sera une illustration que d'avoir été catholique de

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REIRAITES SPIRITUELLES

France à cette heure matériellement besogneuse et un peu difficile.

Nous sommes un peuple qui donne sa mesure aux jours de crise. Il descend bien bas dans la corruption au xv'' siècle, mais il fait ses preuves de religion au xvi*" et mérite Henri IV.

Il devient bien incrédule au xviii% mais il porte fièrement sa tête aux échafauds, sous la Terreur, plutôt que de livrer sa foi. Et je suis sûr qu'à l'heure présente, le cœur du peuple est en marche pour nous revenir.

Notre fonction de fils aîné, dans la crise actuelle, si elle a ses charges, a aussi ses consolations et ses joies.

Ses joies î Je n'ose pas, Mesdames, vous inviter, oui, vous inviter moi-même à vous jeter dans le ^rand enthousiasme que la tribulalion causait a saint Paul, c'est peut-être trop fort pour nous.

Cependant l'intention de ce dernier entretien est bien, je l'avoue, de vous introduire dans une atmosphère de sérénité et de paix, de confiante tranquillité, de vous exhorter à la dilatation et à l'épanouissement : Gaudete in Domino lisions-nous à l'introït de la messe de dimanche dernier :

Mais il est plus que proche, il est là.

Je me souviens d'une belle exhortation que le chef des Macchabées adressait à son peuple au plus fort delà persécution d'Antiochus : Hahenics solatio

O.MNIA MEA TUA SUXT

sanctos libros^ : les écrivains suffisent à notre consolation, avec leurs promesses, avec Tassurance qu'elles nous donnent de la fidélité de Dieu à la mission d'Israël.

C'est bien autre chose pour nous :

Omnia mea tua siint, voilà ce qu'à chacun de nous, notre Dieu dit : •

« Tout en commun avec Lui ».

Sa parole autrement claire et chaude qu'elle n'était dans les écrivains Macchabéens ; son Evangile, si doux, si expressif et si consolateur, je l'ai ; si "un nuage menace de se fixer à l'horizon de mon âme, j'ouvre le Saint Livre et je lis : (( Confiance, petit troupeau, est hora et potes tas tenebrarwn -, mais l'heure passe, le temps passe, l'éternité vient et elle reste. Ne craignez pas ceux qui ne peuvent que tuer le corps. Pas un cheveu ne tombe de votre tête sans la permission du Père céleste. Je suis avec vous. Ils m'ont persécuté, c'est le partage du Maître que je vous fais, ô mes disciples : Omnia mea tua sant, y compris ma croix, ou du moins ses parcelles. »

Et à mesure que j'écoute cette voix enchanteresse, le calme revient, le nuage se fond... facta est

' Mac, XII, 90.

2 Luc, XXII, .53.

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iranqiiiUitas , comme sur le lac quand il eut parlé €t fait son geste.

Et outre sa parole, j'ai sa prière : la prière dominicale, qui porte son nom et qu'il a faite exprès pour nous ; quand vous voudrez prier, vous parlerez ainsi : il a eu la délicatesse de nous mettre luimême les mots qu'il faut sur les lèvres. Oh ! cette prière, comme par contraste elle me dégoûte de plusieurs autres, trop raffinées, trop humaines, qui n'ont pas la simplicité, la droiture et la substance de celle-là. Mais avec cette prière, qui est la perfection, je possède le talisman de toutes les efficaces requêtes. Comment saurait-il ne pas l'exaucer.^ Ici le prétexte qu'elle serait mal faite ne vaut pas : Elle est de Lui.

Outre sa parole, plus sa prière, je possède ses sacrements, dont l'un n'est autre que lui-même, de sorte que ce n'est pas assez dire : u Tout ce qui est à moi est à toi », avec l'Eucharistie : u Je suis à toi.»^ »

Et la pénitence est déjà si belle, qui suppose le travail de sa grâce en mon âme pour en enlever les taches, en redresser les plis, en aplanir les âpretés, en refaire un pur chef-d'œuvre !

Outre sa parole, sa prière, ses sacrements, j'ai son Eglise : humainement déjà si belle, malgré d'inévitables imperfections, mais en lui et par lui simplement belle, avec sa grande mission insigne qu'elle continue par tout le monde, et sans fali-

OMNIA MEA TUA SUx\ï

gue, sans lassitude, quoiqu'au travail depuis vingt siècles !

Enfin, Mesdames, j'ai aussi de quelque manière son ciel : oui par la charité, dans l'âme, et par Tespérance, dans les yeux. La charité, l'état de grâce, c'est du ciel implicite, non épanoui, si je puis dire, mais bien réel, quand il s'épanouira, je verrai! Et quant à l'espérance, c'est la large vue qui me permet d'entrevoir, de saluer d'avance mon héritage !

Voyez-vous le riche contenu de VOmnia mea tua sunt? Et je n'ai pas tout dit.

Comment ne pas être heureux dans une telle possession ?

Remarquons qu'elle est intangible aux coups de Fennemi, cette forteresse des fils aînés du Père céleste.

Qui peut y toucher pour m'en ôter même une parcelle ?

Saint Paul, à qui je reviens, jetait ce défi : oui, qui me séparera de ce qui est mon unique bien ? Est-ce la faim, le dénuement, la persécution, les fers, le glaive ? oui qu'on en vienne à nous traiter. . . sicut oves occisionis, comme des moutons de boucherie, et après : in his omnibus superamus, propter eam qui dilexit nos : * en ces pires conjonctures, nous

1 Rom., YIII, 37.

l'emporterions encore, à cause de celui qui nous a aimés propter eiim qui dilexit nos ; car il nous a aimés au point de nous donner tout ce qui lui appartenait et lui-même : Omnia mea tua sunt !

Mesdames, je prends congé de vous, en vous remerciant de l'assiduité et de l'empressement avec lesquels vous avez suivi les exercices de la retraite ; en vous assurant aussi que votre Prédicateur croit avoir le droit de vous dire que par tout son dévouement il vous appartient : qu'il compte sur vous pour l'aider à donner au Christ, s'il était possible, autant que nous en recevons.

Vous nous dites, ô Jésus : tout ce qui est à moi est à vous !

Ces avances ! oli ! qu'elles viennent à être comprises enfin ! et que nous puissions vous dire individuellement d'abord, collectivement peu à peu : Tout ce qui est à nous est à vous, nous sommes chrétiennes pour tout de bon : notre vie, c'est vous : Milii vivere Chris tus.

Amen.

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