‹ Rétrécissements de l'urètreChapitre 1 sur 19 · A CETTE DEUXIÈME EDITION · texte numérisé non relu

A CETTE DEUXIÈME EDITION

Je donne ici la deuxième édition d'un livre qui a un caractère bien spécial en médecine et en chirurgie: c'est celui de présenter successivement des séries de malades guéris par un traitement, et de donner successivement des nouvelles des malades dont il est question dans les séries précédentes, à mesure que des séries nouvelles sont publiées. C'est, je crois, la seule manière qui puisse convaincre le public médical de l'efficacité d'un traitement. Le livre que je publie maintenant contiendra une seconde série de malades ; ce qui est advenu des cas déjà publiés dans ma première édition de 1855, je vais le dire. Que l'on remarque que je parle de séries authentiques et qui restent authentiques.

Cette méthode devrait, je crois, être adoptée par ceux qui veulent donner les preuves que le traitement nouveau qu'ils emploient contre une affection quelconque, fait

obtenir les deux grands résultats auxquels tout homme de Fart doit viser dans le traitement des maladies , je veux parler : 1° de la promptitude avec laquelle la guérison est obtenue -, 2° à quel degré de permanence cette guérison persiste.

C'est surtout sous ces deux points de vue principaux que les obstacles matériels à la miction doivent être envisagés, car jusqu'à présent ces maladies ont donné bien peu de satisfaction aux chirurgiens et surtout aux malades. En effet, la guérison s'est longtemps fait attendre, et cette guérison a très-peu persisté. Souvent, trop souvent, elle n'a pas été obtenue; et souvent encore les moyens employés ont amené l'aggravation et quelquefois la mort.

Ce sont ces tristes résultats, qui furent pendant un temps mon partage comme le partage de tous les autres médecins, qui m'ont engagé à travailler cette matière avec une assiduité bien grande, bien grande en vérité, car je commençais déjà à employer les moyens que je mets en usage dans l'année 18.29. Aussi je crois avoir tout lieu d'être satisfait de mes efforts, car les faits que j'ai déjà publiés prouvent : 1° que j'ai raccourci considérablement le temps de rétablir le cours des urines, puisque j'y parviens en quelques minutes dans la grande majorité des cas ; 2° que les guérisons obtenues immédiatement et sans le secours de bougies se conservent indéfiniment ou fort longtemps dans la plupart des cas , comme on va le voir par les notes faisant suite aux observations déjà publiées. Quant à l'accroissement du mal, mes procédés n'en ont jamais produit; quant à la terminaison funeste ^ je n'ai pas eu à en déplorer. J'ai observé même que mon trai-

temeut avait tant de bénignité que je suis encore à voir une orchite (inflammation du testicule) en résulter. En général, je n'ai aucune inflammation ni aucun accident local. Quelquefois, j'observe la fièvre urétrale à accès, mais je l'observe dix t'ois moins souvent que lorsque je traitais par la dilatation au moyen des bougies, auxquelles je continue de faire la guerre avec juste raison. Mais au sujet de cette guerre, j'ai quelque chose à dire; et puisque j'en trouve l'occasion, je vais en profiter.

De ce que je condamne les bougies comme agent curatif par la dilatation, on suppose que je regarde cet instrument comme toujours nuisible , et en cela on a tort. La bougie est un agent souvent utile dans certains cas, mais seulement pour aider au traitement et à la guérison, mais non les obtenir au 'moyen de la dilatation ; car il tombe sous le sens que la dilatation ne peut pas guérir avec permanence , car dilatation implique contraction subséquente : c'est une porte qu'on ouvre et qui se referme. Je ne condamne donc les bougies que sous ce seul point de vue. Certes, si l'usage de la bougie comme agent de dilatation n'avait d'autre inconvénient que celui de ne pas guérir, on pourrait la regarder comme un bon palliatif, mais la bougie cause des

accidents graves outre que trop souvent elle ne peut pas pénétrer. Les accidents sont les fièvres fréquentes qui, chez certains malades, se renouvellent presqu'à chaque introduction, et l'on sait tout ce que ces fièvres, qui revêtent trop souvent le caractère typhoïque lorsqu'elles proviennent de la dilatation, ont de grave. Un autre inconvénient de l'usage prolongé des bougies, c'est qu'elles augmentent le mal et le rendent souvent incurable, et voici comment : un rétrécissement commence (car je ne parle ici que des rétrécissements proprement dits et non des obstacles matériels en général), un rétrécissement commence et l'on met une bougie -, on obtient d'abord de l'amélioration et l'on cesse d'employer ce moyen : bientôt on est obligé d'y revenir ; alors qu'arrive-t-il? C'est que l'on trouve un rétrécissement plus dur, plus résistant. Cependant on persiste ; on arrive bientôt au moment où il faut diminuer la bougie de calibre, et bientôt ce calibre diminue au point que la bougie ne peut plus passer, ou que, si elle passe, c'est pour se trouver serrée dans un canal étroit qui, souvent doué d'une grande force de contraction, finit par vaincre et écraser la bougie , laquelle produisant alors du gonflement dans les parois du pertuis, amène la rétention complète.

Que s'est-il passé pendant tout ce temps ? Voici ce qui s'est passé. Le rétrécissement commençant avait d'abord très-peu de longueur, un ou deux millimètres-, il était mou, dépressible. La bougie a agi sur cet anneau, a frotté sur cet anneau ; il s'est produit là une irritation et une sub-inflammation, car la nature résiste ainsi à toutes les agressions, et bientôt le point rétréci a gagné en longueur s'il a perdu d'abord en étroit esse.

Cette longueur plus grande a augmenté la somme des forces qui pressaient sur la bougie, qui, conséquemment, a dû presser davantage sur le point rétréci. C'esl un renvoi de balle. Cette pression plus grande a déterminé une sub-inflammation plus grande, et, de pression de la bougie en élongation des rétrécissements , le rétréci arrive à Vineurabilité, parce que ce n'est plus seulement un point de l'urètre qui est malade , mais ce sont toutes les membranes et les organes qui constituent ce canal qui sont épaissis dans une grande étendue. On n'a plus affaire alors à un canal rétréci partiellement, mais à un canal dont les parois devenues épaisses dans une grande longueur, exigent forcément des moyens curatifs que la bougie vaincue et coupable du mal ne saurait fournir.

Et pendant tout ce temps-là, quel mal n'a pas fait la bougie dans les organes ? La vessie est passée plusieurs fois de l'état d'expulsion facile des urines à l'expulsion difficile ; elle s'est distendue, elle a perdu son ressort; l'irritation causée par la bougie a gagné la membrane vésicale , cette membrane s'est enflammée, ]fi catarrhe est venu, les ténesmes également, les reins se sont affectés par continuité de tissus et par sympathie-, cette affection a couvé sous la cendre comme l'affection de tous les organes glanduleux; et plus tard, comme on en verra deux exemples dans ce livre, cette affection éclate dans tous ses désordres longtemps après que la cure de l'urètre a été enfin obtenue , et qu'un libre cours a été rendu aux urines.

Je ne parle pas de toutes les autres conséquences qu'amène dans l'économie l'emploi d'un moyen qui, dans le commencement du mal, n'est qu'un palliatif;

qui devient bientôt une cause tristement efficiente du mal qu'il est appelé à guérir ; qui mène le malade à une existence affreuse sous semblant de le guérir, et qui cause souvent sa déplorable fin en viciant profondément ses organes.

Telles sont les étapes que le rétréci doit parcourir lorsqu'il veut opposer la bougie à son mal. On voit que lorsqu'il néglige d'obvier à la simple étroitesse de son canal , il ajoute à son mal d'autres maux plus grands encore, et qui souvent sont au-dessus des ressources de l'art.

Mais je laisse là les bougies sur lesquelles je viens de m'étendre un peu longuement, sinon pour remédier au mal qu'elles causent, au moins pour l'atténuer. Je renvoie pour corroborer ce que je viens de dire à mon mémoire sur le traitement éclectique immédiat que l'on trouvera dans cette deuxième édition tel qu'il se trouvait dans la première. On y verra qu'il y a bien d'autres maladies de l'urètre qu'il faut guérir, et que, si les rétrécissements desquels nous venons de nous occuper plus spécialement en parlant des bougies, ne s'accommodent que peu de cet utile instrument, il est d'autres cas d'obstacles matériels où son usage devient précieux. C'est pour cela que j'use des bougies fort souvent, et que j'en ai toujours un grand assortiment à ma disposition : employer une bougie d'une forme et d'une dimension bien adaptée au besoin, est le secret pour en tirer toute l'utilité désirable et en éloigner les dangers.

Je passe à un autre sujet.

J'ai maintenant, par devers moi, un si grand nombre de faits qui prouvent que mes opérations sont sans danger, qu'elles sont exécutées presque sans causer de douleur, qu'elles ont une grande promptitude, que je n'entreprendrai pas d'aller au-devant d'observations qui pourraient être faites; mais je vais entrer dans quelques explications qui me paraissent utiles.

Tout le monde sait maintenant que mon intention est que mes faits soient constatés avant que je publie les moyens que je mets en usage. C'est une précaution que devraient prendre tous ceux qui ont à cœur de prouver aux médecins qu'ils ne perdront pas leur temps en étudiant des modes d'opérations vraiment utiles; car publier des procédés sans avoir prouvé en quoi ils sont utiles, c'est faire un non-sens , et dans mon horreur du non-sens je prends toutes mes mesures pour donner d'abord les preuves que je crois si nécessaires. Je ne veux ressembler ni de près ni de loin à ceux qui publient des moyens de guérir qui ne guérissent pas, et s'en font un motif de retentissement. Guérissez d'abord, et montrez après comment vous guérissez : voilà ce que veut la logique, et voilà ce que ne veulent pas les Académies. Cela s'explique, mais cela est fâcheux.

Les nombreux exemples de guérisons immédiates de rétrécis que j'ajoute aux anciens vont sans doute prouver ce que j'ai avancé dans le Mémoire que j'ai lu devint l'Académie, et qui se trouve à la page 53 de cette

édition , c'est-à-dire la. possibilité de la guérison immédiate d'une maladie jusqu'à présent si rebelle; mais de ce que je. donne des exemples si nombreux de guérison , cela ne veut pas dire absolument que je guérisse toujours. Si l'on remarque qu'il se présente à moi autant de malades qui ont déjà été traités par une grande quantité de moyens plus excentriques les uns que les autres , qu'il s'en présente tels que la nature les fait, on conclura que j'ai souvent affaire plutôt à des blessés qu'à des rétrécis, et qu'en outre des désordres produits naturellement, j'ai à remédier à ceux obtenus par l'art. Or, ce mélange de maux m'empêche d'être à l'aise pour prouver nettement ce que j'ai à prouver, à savoir, que les rétrécissements tels que la nature les produit peuvent être guéris immédiatement. Cependant on verra dans les nouveaux exemples que je publie, beaucoup de cas où des désordres considérables, naturels ou acquis, ont été surmontés avec tout le bénéfice du résultat immédiat de la miction rétablie,

J'ai dit dans le commencement de cette introduction à la deuxième édition, que je n'avais eu aucun résultat fâcheux à déplorer -, on s'en étonnera d'autant plus facilement que jamais ou presque jamais je ne fais d'examen préliminaire, ce que je regarde comme plus dangereux que l'opération elle-même (1), que je procède immédiatement au rétablissement de la fonction ; que je ne prescris que très-rarement un traitement prépa-

(1) L'examen préliminaire d'un rétréci très-avancé et à pertuis très-fin donne souvent une rétention complète et ses conséquences; il faut rétablir immédiatement la fonction en rétablissant le calibre. C'est pour cela que je procède immédiatement à ce rétablissement sans tourmenter préliminairement l'urètre par des recherches pénibles et dangereuses.

ratoire; que je n'ai presque jamais recours aux moyens antiphlogistiques , puisque je n'ai jamais d'inflammation. J'opère, d'ailleurs, chez moi avec autant de promptitude que d'autres mettent une bougie, et souvent sans autant de douleur (1), et tout est terminé. A peine si j'ai à m'occuper du malade qui n'a besoin d'être soumis à aucun régime. Quelquefois cependant les malades ont la fièvre d'accès urétrale ; mais elle tombe presque toujours après le premier accès, et si elle se renouvelle une seconde fois, je l'arrête au troisième développement.

Telles sont les quelques remarques qu'il me semble utile de placer en tête de cette seconde édition. Puissent-elles donner une idée plus précise du but que je me propose en publiant ce livre.

A l'exception de quelques notes qui n'ont plus d'actualité, je réimprime toute la partie scientifique de ma première édition, telle qu'elle a été publiée d'abord. Quant aux observations que je veux poursuivre, si je changeais quelque chose à mon premier texte, je n'a-

(1) On verra par les observations que j'ai eu soin de faire constater par les malades eux-mêmes, l'existence du fait, du peu de douleur causée par mon opération, et de la douleur plus grande causée par l'introduction des bougies. J'ai pris ce soin pour répondre aux suppositions contraires. Ces suppositions sont d'ailleurs toutes naturelles, puisqu'on neconnait pas les moyens que j'emploie. Mais les faits sont là, et les faits ne sont pas des suppositions.

Pour bien constater ce fait important, j'ai prié chaque malade de me répondre à chacune de ces trois questions :

1° Comment vous trouvez-vous maintenant sous le rapport de la miction ?

2° Avez-vous beaucoup souffert par l'opération que je vous ai faite?

3° Que pensez-vous de l'usage des bougies dilatantes sous le rapport de la souffrance et des résultats consécutifs?

Je place la réponse du malade à la fin de chaque observation, et ainsi la question sera résolue.

girais pas franchement, et conséquemment scientifiquement.

J'ajouterai seulement les notes qui me sembleront utiles, et j'aurai soin, pour les rendre distinctes des précédentes, de les faire précéder du millésime 1859.

Je place dans cette introduction à ma deuxième édition quelques détails qui intéressent à un haut degré l'histoire de l'art. Les succès nombreux que j'obtiens ont rendu nécessairement plus remarquable le silence que je garde sur la nature des procédés que j'emploie. Chacun regrette avec raison que ces procédés ne soient pas publiés, et chacun demande qu'ils le soient; mais, en vérité , la propriété scientifique est-elle assez garantie , et le repos des novateurs est-il assez assuré ? Est-il si déraisonnable à eux de vouloir éviter que la récompense de leurs travaux ne consiste que dans les tourments que leur donnent et les envieux et les spéculateurs? On accepte et j'ai accepté assez volontiers le rôle de travailleur désintéressé et productif, mais le rôle de dupe peut-il être accepté ? Et cependant, presque tout dans les institutions qui ont rapport à la médecine tend à ravaler ainsi celui qui produit et qui, méprisant les coteries , doit être conséquemment séparé d'elles et être conséquemment encore en butte à leurs attaques.

Si l'on prend connaissance de la position qui m'a été faite par les circonstances, en lisant les notes placées pages 44 et 81, on verra avec quelle prudence je dois procéder dans la promulgation de mes travaux, et l'on ne s'étonnera pas de celle que je montre en demandant que les faits soient d'abord constatés , afin que , constatés, ils sanctifient les moyens.

Cela, on ne veut pas le faire , je le regrette; mais je ne suis arrivé à cette exigence qu'après avoir lu mon Mémoire préliminaire et introductif devant l'Académie de médecine; car on peut voir par ce Mémoire, et on va voir par ce que je vais dire , que mon intention était de publier immédiatement mes procédés , et que si je n'ai pas donné suite à cette intention, c'est qu'un singulier incident est venu interrompre mes communications.

Or, cet incident, le voici : j'en laisse apprécier le caractère.

Mon Mémoire, comme on peut le remarquer, se compose de deux parties , l'une page 53 et l'autre page 69. Je lus la première partie devant l'Académie le 22 août, je lus la seconde le 29 août 1854.

Ce Mémoire, comme on peut le voir, est intitulé : Mémoire introductif sur la possibilité de guérir immédiatement la rétention d'urine par rétrécissements, ou autres obstacles existant dans l'urètre par le traitement ÉCLECTIQUE IMMEDIAT.

Pendant ma lecture, qui fut écoutée avec une grande attention, je vis M. le Secrétaire perpétuel parcourir la salle et aller parler bas à quelques personnes; et bref, ma lecture faite, le Président, avec lequel M. le Secrétaire perpétuel avait eu aussi de fréquentes conversations animées et à voix basse, que cependant je pouvais

entendre pendant que je lisais, déclara, d'une voix mal assurée, mon Mémoire comme non avenu, et me rendit, d'une main tremblante, le paquet cacheté que je venais pendant ma lecture de déposer entre ses mains, lorsque j'en étais à ces deux passages de mon Mémoire que l'on peut lire à la page 80 :

« Je crois donc être plus conforme aux prudentes « et bienveillantes intentions de l'Académie en lui « jaisant une communication séparée de ces cornbi- « nuisons, en même temps que f en publierai le dessin; « c'est, je crois , le seul moyen de me rendre lucide et « précis, sans trop fatiguer son attention , et aussi de « conserver, s'il est possible, mes justes droits mieux « que je ne les ai conservés jusqu'à présent.

« En attendant cette publication, j'ai l'honneur de « déposer dès à présent, entre les mains de M. le Préce sident, un paquet cacheté contenant l'indication des « procédés que j'emploie. »

Tout cela fut fait abruptement, sans raison, sans motif, sans que rien de ma part pût provoquer une telle levée de boucliers, et, je dois le dire, sans que cette étrange conduite provoquât en moi la moindre velléité d'impatience : je restai froid, et ne dis mot (1).

Cette scène accomplie, la séance fut levée, vu l'heure avancée.

Bien que je visse que M. le Président avait été induit

(1) Cette couduite a ses causes ; nous les dévoilerons. Si l'on ajoute que, relativement à ce Mémoire déclaré non avenu, on a permis à un chirurgien de m'attaquer violemment à son sujet, le 14 août 1855, en pleine tribune académique, et que la lettre que j'opposai à cette attaque, qui fut publiée dans tous les journaux, fut tenue secrète, on trouvera tout cela singulier. Oserais-je demander à M. le Secrétaire perpétuel ce qu'il a fait de ma lettre ?

t en erreur, et que pris à l'improviste il s'était laissé aller à accomplir un acte qui lui répugnait, je lui écrivis cependant la lettre suivante, que je reproduis ici pour compléter autant que possible les tristes détails que je viens d'esquisser :

Paris, ce 5 septembre 1854.

Monsieur le Président,

Celui qui a donné à la science le moyen de pratiquer la Lithotripsie , dont il pouvait se faire un monopole, et qui, depuis ce don, resta silencieux et désintéressé au milieu des frelons qui en bourdonnant moissonnent avidement où il a semé, ne pouvait être accusé sans légèreté et sans ingratitude de vouloir cacher des procédés.

Cependant , Monsieur le Président , vous avez affirmé dans la dernière séance qu'il s'agissait de procédés secrets, dans le Mémoire que j'ai eu l'honneur de lire devant l'Académie sur la guérison immédiate des rétrécissements de l'urètre, et vous avez considéré ce Mémoire comme non avenu.

Vous avez fait cette affirmation devant un travail dont l'intitulé commence par des mots qui légitiment ma conduite : Mémoire introductif sur la possibilité, etc., etc. Ce titre modeste et dubi-

tatif, malgré la certitude, laisse d'abord supposer un objet encore indéfini, qui en logique n'exige pas absolument la communication de moyens. 11 fallait donc écouter et m'arrêter au titre au lieu d'attendre la fin de ma lecture pour fulminer votre anathème.

Vous avez fait cette affirmation devant ma déclaration, que je communiquerais mes instruments les uns après les autres, pour éviter la confusion, en même temps que \en publierais le dessin. Cette déclaration était précise, vous ne l'avez pas entendue : pourquoi alors ne m'avez-vous pas écouté, vous, Monsieur le Président, qui vous apprêtiez à juger ?

Vous avez fait cette déclaration ayant à la main un paquet cacheté contenant la définition de mes procédés, paquet que je venais de vous confier publiquement, et que vous avez eu le triste courage de me rendre, je regrette d'avoir à vous le dire, sans raison, sans droit et sans antécédents.

Vous avez donc affirmé ce qui évidemment n'était pas, et vous avez accompagné cette affirmation d'un procédé blessant en dehors de vos habitudes polies et châtiées. Votre accusation reposant sur une supposition gratuite doit donc tomber d'elle-même : je la laisse tomber.

En prétendant considérer mon Mémoire comme non avenu, vous considérez conséquemment l'important moyen dont il traite également comme

non avenu. ' Cette conséquence découlant de la décision d'une Académie de médecine a quelque chose de si contraire à la raison, est tellement en désaccord avec une intelligence et un jugement d'élite comme ceux de Monsieur le Président, que je me borne à la mettre simplement sous ses veux pour lui en faire voir le néant. Le moyen qui guérira immédiatement les rétrécissements vivra plus que toutes les Académies, et sera toujours avenu et bien avenu, même par MM. les Académiciens endommagés .

Vous avez , ainsi que MM. les Membres de l'Académie , une pensée que je crois fausse, .Monsieur le Président : vous supposez que celui qui fait une découverte utile à l'humanité est l'accessoire d'une Académie : sachez qu'il en est le principal. L'homme que l'Académie veut bien écouter est sans doute honoré par elle, mais l'inventeur utile l'honore à son tour. C'est, Monsieur le Président, ce que vous avez oublié, et c'est ce que, respectueusement, je vous rappelle.

Ayant passé ma vie à être dépouillé, je ne voulais plus l'être; ayant vu mes travaux antérieurs déshonorés par d'ignorantes mains, je ne voulais plus me soumettre à ce supplice; ayant vu qu'on faisait scandaleusement de l'Académie lui bureau de réclames, je ne voulais pas paraître participer à ce commerce ; voyant qu'on la leurre de faux instruments pour servir à des affiches économiques j je voulais qu'elle constatât d'abord

la légitimité des miens ; désirant être prudent et loyal, je voulais en .montrant mes instruments enseigner en même temps la manière de s'en servir ; voulant enfin passer par une place que les vrais travailleurs s'accordent à regarder comme dangereuse, je voulais la passer avec le moins de risques possibles : si , pour franchir les défilés académiques , je ne trouve pas ma sécurité , je le déclare, je ne passe pas, et je garde mon bagage.

Dans tout ce que j'ai fait, Monsieur le Président, il y a intentions pures, prévision et sagesse autant qu'il est en moi , convenances observées , politesse égale à celle qui vous distingue ; il y a enfin sollicitude et respect pour l'Académie.

Pourquoi donc alors ai-je à me plaindre de cette Académie? Pourquoi se montre-t-elle si âpre et si violente contre celui qui ne l'a jamais offensée? Cependant, à celui-là, en raison de son âge et des services rendus, elle doit au moins des égards. Serait-elle abusée? Si elle est abusée, par qui donc l'est-elle?

Profondément blessé , je prends , Monsieur le Président, au sérieux vos décisions sans bases; et, fuyant devant les dégoûts que je prévois , je regarde, ainsi que vous et plus que vous, mon travail comme non avenu.

Je renonce en conséquence, avec un regret respectueux, à doter la science, sous le patronage de l'Académie, du moyen de guérir duquel j'ai eu

l'honneur et l'infortune de commencer à l'entre tenir.

Que l'homme privé, si aimé et si cligne de l'être, excuse des mots chagrins adressés à l'homme public; mais, pourquoi faut-il que la délétère influence (i) qui pèse sur l'Académie ait eu assez de puissance pour faire un injuste flagellateur du confrère aimable et doux , et un homme trompé de l'homme de l'esprit le plus fin et du philosophe courageux et profond (2) !

J'ai l'honneur d'être , avec une haute considération ,

Monsieur le Président,

votre très-humble et très- obéissant serviteur et dévoué confrère ,

Baron HEURTELOUP.

Naturellement, on trouva cette lettre trop logique et peut-être aussi trop digne pour être lue devant l'Aca-

(1) Cette influence est si peu digue quant à l'élévation du motif et quant à la distinction des moyens , qu'il est impossible de la mentionner ici, autrement que pour dire qu'elle eslforlement intéressée. Ces détails trouveront leur place autre part. Il est bien entendu que cette délétère influence agit avec d'autant plus d'intensité, que ceux que, en général, je combats en ma qualité de novateur, se prêtent avec assez de complaisance à laisser agir cette délétère influence, et assistent quelque peu à en assurer l'effet : mais, chers Messieurs, croyez que si la peine que vous vous donnez est bien grande, le souci que j'en prends est bien petit.

(2) Je ne publie pas le nom de M. le Président, mais chacun le reconnaîtra.

Page 1