IS
demie; elle ne fut ni communiquée ni mentionnée , el un coup d'État au petit pied fut consommé. Je ne sais si cette lettre est anéantie , mais par prudence je l'ai fait insérer dans la France médicale du 5 septembre 185^ d'où je l'extrais maintenant (1).
Cependant, si elle fut dérobée aux regards des indiscrets, elle eut, à mon grand regret, assez de pouvoir pour arracher des larmes à monsieur le Président, qui, je le dis encore, fut innocent de tout cela. C'est ce que m'a dit depuis M. le Secrétaire perpétuel lui-même probablement dans un moment de distraction.
Je restai donc avec mes faits sur les bras, sans que l'Académie pût entendre la suite de mon Mémoire introductif, sans que je pusse donner suite à mon travail sous les auspices académiques.
Que pouvais-je faire alors sinon publier ces faits , les faire connaître aux personnes qu'ils pouvaient intéresser, et conséquemment me faire une publicité que l'incident que je raconte rendait légitime? Car toutes les fois qu'on résiste à une oppression, on fait
(1) Un nouveau coup d'État au petit pied vient encore nouvellement de se passer à l'Académie, à l'occasion d'un Mémoire important que je lisais dans la séance du 6 octobre 1857, sur les dangers d'employer les Instruments que fabrique le commerce pour pratiquer le broiement des pierres dans la vcss,ie (1). M. le secrétaire perpétuel était encore un des acteurs dans cet épisode, peut-être plus fâcheux que celui que je viens de raconter. Pourquoi donc M. le Secrétaire perpétuel s'oppose-t-il avec autant de persévérance à la production des faits scientifiques qui intéressent autant la santé publique? Cependant il n'est ni opérateur, ni investigateur, ni inventeur, ni auteur, et n'a dans ces questions, comme d'autres, aucun intérêt d'amour-propre. Alors, quel intérêt a-t-il donc?
(I) LVkt de broyer la pierre dans la vessie. — Mémoire à l'Académie impériale de médecine, pour sertir d'introduction 8!K principes de l'art de broyer les pierres dans la vessie humaine; pour démontrer le danger d'employer pour pratiquer la litnotripsic les instruments de pacotille du coiuniercc> •'t la nécessité de poser les rèjrles relatives à cette opération; Chez Labé, place de l'École de Médecine.
son devoir. J'attendis donc des temps meilleurs, et je les attends toujours. Nous verrons : peut-être le ciel s'éclaircira-t-il !
On désire que dans cet état de choses je publie mes procédés et les raisons qui m'ont fait adopter ces procédés. Eh! mon Dieu, je le veux bien, et il est probable que de guerre lasse je montrerai plus de sagesse que l'Académie de médecine en m'adressant à une autre Académie. Mais qu'en résultera-t-il ? Rien, car à l'Académie des sciences j'ai plusieurs travaux en souffrance. Depuis 1846, mon Mémoire sur l'extraction immédiate des pierres de la vessie n'a pas reçu la sanction d'un rapport : et cependant extraire immédiatement des pierres par fragments a bien son importance.
En 1848, j'ai présenté un Mémoire sur la pulvérisation immédiate de calculs , et ce Mémoire est encore à être examiné : et cependant, réduire immédiatement un calcul en poudre a aussi son mérite.
Je viens de communiquer à cette Académie , sous le nom de la taille sous-pubienne membraneuse , des faits qui prouvent que l'on peut extraire, par l'incision, des pierres sans entamer la vessie elle-même, et cela dans le cas où la lithotripsie est dangereuse ou impossible. Certes ces faits sont d'une haute portée en chirurgie : eh hien! s'en occupera-t-on? Ehl non.
A l'Académie de médecine, j'ai communiqué un travail qui a un certain caractère ; ce travail est intitulé : Mémoire sur la suture profonde. Ce Mémoire fait connaître le moyen de réunir les plaies en rapprochant et en maintenant rapprochées leurs parties profondes, et par cela d'éviter l'emploi si fréquent et si fâcheux des sutures placées sur les lèvres des plaies : en faisant ainsi,
j'évite les abcès et l'inflammation de ces lèvres. Eh bien ! ce travail, qui par sa nature tend à être fondamental en chirurgie, est tenu sous le boisseau. Cependant, je dois le dire, quelques bons esprits s'en sont emparés sous le nez des rapporteurs.
J'ai donc assez publié pour me sentir fatigué de le faire sans résultat et pour avoir le droit dont jouit tout médecin, c'est-à-dire, d'attendre que mes procédés aient été sanctionnés par des réussites en nombre suffisant avant de les livrer aux chances d'être déshonorés par des applications vicieuses (1).
Devant ces dénis et en attendant des temps meilleurs, que puis-je donc faire? Faut -il jeter en pâture à la curiosité malveillante un travail bien autrement difficile à juger, qui demande des preuves bien autrement positives que celles qui s'obtiennent sous les yeux, sur des organes à découvert? N'y a-t-il pas lieu de désirer que ces preuves soient données purement et simplement par la guérison ou la quasi-guérison, indépendamment des moyens qu'autrement on discuterait indépendamment de leurs effets? Je donnerais maintenant ces moyens ; qui se les procurerait ? Mais ils sont nombreux, mais ils sont chers; et qui les acquerrait, sinon celui qui sera pénétré de leur importance? Il faut donc commencer à donner cette preuve nécessaire , et c'est ce que je fais : or, pour donner la preuve de la guérison et surtout de la persistance de cette guérison, il faut du temps.
Je suppose que je passe par-dessus toutes ces raisons, et qu'oubliant mes griefs, je pardonne à quelques im-
(1) Lire la note de la page 80 qui appartient à la première édition.
prudents en considération du corps respectable auquel ils appartiennent ; je suppose que je jette dans la pratique générale des moyens qui sont nécessairement trop composés pour être entre les mains de tous les médecins, qu'arrivera-t-il? C'est que très-peu en profiteront, et ce peu n'en profitera que si je les applique sous leurs yeux. Mais où sont mes moyens de faire cette application (1)? Et alors, si je n'applique pas publiquement et si je ne donne pas publiquement mes preuves , est-ce dans le désintéressement d'une vanité et d'un intérêt blessés que je trouverai la garantie d'un jugement équitable et d'une appréciation sensée?...
On voit donc bien que je suis dans une position fort difficile, et que l'on a tort de faire semblant de trouver à redire à la publication de mes faits et à l'annonce que je fais de mon livre, annonce qui, non-seulement est légitime quand elle est faite par l'homme privé , mais qui devient un devoir pour le médecin lorsqu'il veut faire connaître des faits utiles à connaître et que des intérêts particuliers veulent tenir dans l'ombre.
Parlerai-je de cette fondation que l'on connaît sous le nom de Prix d' Argenteuil (2) , et dans laquelle je pourrais
(1) Un chirurgien bienfaisant vient d'affermer, à perpétuité, pour une rente de 1,500 fr., le droit de faire avancer la science par des inventions ingénieuses qu'il a l'intention de faire, et de fournir un remplaçant de génie! Il est donc bien difficile maintenant aux travaux nouveaux de se faire jour par une application publique, et il serait d'ailleurs peut-être injuste de priver le bienfaiteur des bénéfices de son bienfait en faisant pour lui la besogne qui lui incombe par son marché.
Dans ces circonstances n'est- il pas de la délicatesse de l'homme en progrès de s'abstenir, et de respecter des droits si bien acquis et si intelligemment concédés?., pour 1, 500 fr.! t.. qui en conservent 60, 000. ..de rente.
(2) Dans ma première édition et dans une note, j'ai déjà donné mon opinion sur ce Prix d'Argenteuil et sur ses lauréats de paille; on trouvera cette note à la page 41 de cette deuxième édition. Au sujet de ce prix,
trouver un refuge pour mettre mon travail à l'abri. Mais hélas! ce prix n'est-il pas un obstacle , et ne frappe-t-il pas d'impossibilité la publication de mes travaux présents? La conduite que je viens de décrire, conduite qui vient de se renouveler, me donne-t-elle
j'exprime ici un regret profond de voir cette immixtion de questions d'argent dans les questions de science. Les donateurs ont certainement agi dans une bonne intention, mais ils ont fait beaucoup de mal en risquant de mêler au sentiment de simple honneur un sentiment moins élevé. Lorsqu'il s'agissait d'une feuille de laurier on était moins gêné pour se porter candidat à un prix quelconque. Les questions d'argent ne peuvent se mêler à une question d'honneur qu'en apportant avec elles toutes les déceptions qu'elles entraînent toujours, et malheureusement les intentions ne sont pas assez pures, par le temps qui court, pour que ces déceptions puissent diminuer. 11 serait donc à désirer de voir l'argent destiné à ces prétendus prix, qui par leur valeur relative semblent ridiculement établir des degrés exacts entre la valeur des œuvres, être transformé en assistances à de jeunes efforts, plutôt que de rester une récompense à des problèmes résolus. Le problème résolu porterait d'ailleurs toujours sa récompense avec lui, si, sur la vue de la feuille de laurier, la loi prenait en main et la protection et l'assistance du lauréat; mais cela serait vraiment trop beau et au-dessus des conceptions du jour. Je me borne donc à souhaiter.
Que cette note soit donc acceptée comme profession de foi, et comme la déclaration quejen'entendsvoiraucun de mes travaux entrer dans un concours quelconque, où il s'agirait d'obtenir un prix vénal. Dans le cas contraire, je suppose toujours les juges éclairés et en disposition honnête.
Sinon... non.
Dans mon jeune temps, où j'étais encore inconnu, j'ai remporté trois prix, c'est ce qui me donne une autorité pour parler ainsi que je le fais ; mais il arrive un .moment où les travaux devenus mûrs ne pourraient accepter que des lauriers s'ils consentaient à reconnaître des juges.
Que l'on ne suppose pas que je fasse ici acte d'un amour-propre ridicule. Ce ne sont pas les hommes d'une capacité suffisante qui manquent pour me juger; ce qui manque, ce sont les hommes qui étudient les questions assez à fond pour que ce jugement soit équitable, et malheureusement à mesure qu'une œuvre arrive près de la perfection, elle demande des études et des finesses d'appréciation qui ne se rencontrent ni avec l'homme jaloux, ni avec l'homme pressé, ni avec l'homme léger, ni avec l'homme prévenu, ni avec l'homme infatué de lui même, ni avec l'homme paresseux, ni surtout avec l'homme intéressé. Certainement ces hommes ne se rencontrent pas, mais ils pourraient se rencontrer.
l'assurance que mon travail serait traité avec impartialité. Ne reste-t-il pas évident que, quel que soit le mérite de ce travail , je n'aurais pas ce prix : et alors que s'ensuivrait-il? Il s'ensuivrait évidemment que mes découvertes seraient réputées inférieures ou ne valant rien. Or, c'est ce que je pourrais permettre par humilité chrétienne , mais c'est ce que je dois défendre en ma qualité d'inventeur et de dépositaire d'un travail utile à l'humanité.
Je finis cette introduction à cette deuxième édition en remplissant un devoir, c'est celui de remercier, au nom de la science et de l'humanité, les personnes philanthropiques et charitables qui, par esprit philosophique, ont bien voulu , non pas seulement permettre de faire figurer leur nom et leur adresse dans notre première édition (1 ), mais qui ont encore désiré et demandé qu'ils le fussent à l'appui de l'observation de leur, cas. En agissant ainsi ils ont peut-être plus fait pour la propagation d'une vérité scientifique que l'auteur lui-même, car cet auteur eût pu guérir longtemps , et il a guéri longtemps, sans que le public en fût informé; au lieu
(1) La publication des cas que j'ai présentés n'a été faite que sur la demande itérative do quelques-uns des malades. J'ai demandé à quelques autres s'il leur plaisait de se joindre à cette manifestation, et ils l'ont bien voulu. Je place ici cette note pour faire comprendre que je ne publie que ce qu'on me permet de publier, et que je ne fais rien de ma propre autorité, comme le disent quelques personnes malveillantes et intéressées. Si d'ailleurs tout le monde me demandait de publier son observation, il me faudrait des volumes pour le faire.
qu'avec l'aide de ceux que je remercie, cette information va devenir générale (1); en cela, ils ont rempli une mission de charité, et il faudrait, pour le bien de la science et de l'humanité, que cet esprit philosophique se répandît, et surtout que la marche de Y authenticité suivie, dont je donne l'exemple, fût imitée, Ce n'est qu'ainsi que la science, se renfermant dans le fait suivi, se dégagera des spéculateurs, des bavards, des fausses renommées, des faux livres, des faux résultats , des faux moyens , et apparaîtra aux yeux de tous telle qu'elle doit être, c'est-à-dire belle, pure, grande et vraie.
J'ai dû changer le titre de mon livre; en voici la raison : le premier titre , De la guérison immédiate des rétrécissements de l'urètre, qui est celui de la première édition, pouvait faire pressentir la définition des moyens, et m'engageait à publier que ces moyens étaient encore inédits. En intitulant comme je le fais dans cette deuxième édition, Exemples nombreux et authentiques de guérisons immédiates et permanentes des rétrécissements de l'urètre , je demeure rigoureusement dans le fait, et mon livre demeure vrai dans son titre, comme il l'est dans son texte.
(1) Je ne veux pas perdre ma part des louanges que je donne; moimême j'ai reçu de moi-même le bienfait de mon opération, bienfait qui persiste depuis onze années,