‹ Rêve d'empereurChapitre 11 sur 29 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

En revenant d'Amérique.

Il partit, donc, à bord de V Andromède, se lamentant d'être libre, quand ceux qu'il avait entraînés à sa suite gémissaient sous les verrous (1), et s'exhalant en plaintes sur l'étrange situation, qui le condamnait à recevoir des bienfaits de ceux auxquels il aurait voulu faire beaucoup de mal.

Des ordres supérieurs avaient été donnés pour que le voyage fût effectué, à pas de tortue, si Ton peut employer cette expression, quand il s'agit d'un bateau, c'est-à-dire à petites bordées et par le plus long itinéraire. La destination serait New-York; maison devrait y atterrir, en prenant par le Brésil (2). Louis-Philippe avait trouvé cet ingénieux moyen de faire promener le

(1) a En recouvrant ma liberlt!-, je n'ai pensé qu'au drapeau et aux compatriotes que je quittais, et je n'ai éprouvé qu'un sentiment de douleur profonde. » Letl. à Vieillard, >ew-\ork. 30 avril 1837. De la bonté du roi pas un mot.

(2) « .\u .32« degré de latitude, le commandant de la frégate a ouvert des ordres rachetés et écrits de la main du minisire de la .Marine, qui lui enjoignaient de me conduire à Rio-Janeiro, de ne pas me débarquer, d'empêcher toute espèce de i"omninnication et. après avoir fait les approvisionnements nécessaires, de me conduire à New-York. " /</., ibid.'

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prince en mer et aux frais de TÉtat, pendant cinq mois, assez de temps, pensait-il, pour calmer ses fièvres de conspiration. En cours de route, Louis-Napoléon récrivit au roi, en faveur des prisonniers de Strasbour<r. Qu'il leur pardonnât, qu'il leur épargnât, comme à luimôme, de passer en Cour d'assises, qu'il les rendît à l'air salubre des champs, que Sa Majesté prît en pitié d'anciens soldats, qui s'étaient laissé séduire par de glorieux souvenirs, et il lui en aurait « une reconnaissance éternelle «.

En débarquant, la première nouvelle qu'il reçut fut celle de l'acquittement (1) de ses amis, qui, sous un maître moins débonnaire, ne s'en fussent pas tirés à si bon compte. S'occupant encore d'eux, avec sa générosité de cœur incontestable, il avait fait un nouvel appel (2) à la sollicitude de sa mère, pour qu'elle leur aidât, d'une somme d'argent qu'il avait mise en dépôt chez un banquier, à supporter les frais du procès. Il pouvait bien s'en dessaisir, sans en éprouver de regret ni de gêne, maintenant qu'il était en Amérique et n'avait plus

(1) a Quanti on connut à Gi'iicvc le vonliil (riicquiltcnient prononcé par le juge de Strasbourj^, ce fui une joie pour les Bonapartistes et une stupeur du côté des L,'ouvernement;iux. Le fait est (|ue, toute opinion à part, racquillenient d'honuncs ayant tenté un coup de main dans les conditions que l'on sait, était pour le moins slupéliant ». (Georges DuvaI,Aopoléonlll, p. 191.)

(2) Dès le 11 novembre, avant de partir pour IWmérique, il lui avait adressé ces mots les concernant :

« Je vous prie, ma chère mère, de veiller à ce qu'il ne manque rien aux prisonniers de Strasbourg; prenez soin des deux fils du colonel Vaudrey, qui sont à l'aris avec leur mère. Je prendrais bien mon parti, si je savais que mes autres compagnons d'infcu'tune auront la vie sauve; mais, avoir .«<ur la conscience la mort de braves soldats, c'est une douleur amèrc, qui ne peut jamais s'effacer ».

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