EX REVENANT D AMÉRIQUE
coup de sport, ni l'un ni l'autre, nous préférions nous asseoir dans la bruyère et nous entretenir de sujets sérieux. Il ouvrait toujours la conversation sur ce qu'il aurait à réaliser, lorsqu'il porterait la couronne, et je suis convaincu que cette idée ne l'a pas abandonné, un seul instant. »
Il ne pouvait en confier le sentiment qu'à un bien petit nombre de personnes, retenu par la crainte de n'être pas compris ou de passer dans l'esprit des autres pour un cerveau brûlé. 11 s'y enfermait tenacement avec une secrète jouissance; et cette concentration silencieuse l'avait fait appeler « le prince Taciturne ». On était moins sceptique sur la mission de Louis-IVapoléon, chez lady Blessington. Elle était romanesque. Une partie de son existence avait eu la magie d'un conte de fée; elle aimait le rare et l'extraordinaire et se formait d(;s vues magnifiques sur le miracle de cette résurrection d'empire, qui, sans doute, la ramènerait, — ainsi que l'inséparable ami, le comte d'Orsay — dans ce Paris, qu'elle avait tant émerveillé, aux jour prodigues, par la tenue de ses équipages.
Ce qui soutient et console, par-dessus tout, c'est l'espérance; ce qui déçoit et leurre davantage, c'est encore cette sœur de l'illusion. Mais l'espérance était entrée dans l'àme de l'ancien carbonaro des Romagnes comme une réalisation prématurée. Il s'était fait de sa mission napoléonienne (nous l'avons, à plusieurs reprises, constaté) un article de foi. Riche d'hyi)othèques prises sur l'avenir, il se voyait, du fond de l'exil, distribuant des places, des titres, des distinctions, à ceux qui auraient partagé cette foi.