‹ Rêve d'empereurChapitre 19 sur 29 · EN ATTENDANT L APPEL DE SA DESTINÉE · texte numérisé non relu

EN ATTENDANT L APPEL DE SA DESTINÉE

la conduirait à une autre forme de monarchisme. Ou plutôt elle voguait sur les flots en tumulte des passions du jour, sans direction et sans pilote. Les dispositions générales des esprits travaillaient au compte d'un dictateur attendu.

Pour le grand nomJjre des amis de l'ordre et de la tranquillité publique, Louis-Napoléon incarnait le principe d'une forme gouvernementale nette et précise. Aux gens de parti il apparaissait, avec son embarras factice devant les charges du pouvoir, avec la faiblesse supposée de son caractère et la pauvreté d'esprit que lui attribuaient des témoins sans clairvoyance, il leur apparaissait comme un compétiteur dépourvu d'énergie, qu'ils pourraient, à tour de rôle, gouverner ou renverser, 11 leur eût été plus malaisé, pensaient-ils, de s'entendre et de se maintenir avec un Cavaignac qu'avec son concurrent de hasard, un homme faible, dépourvu d'autorité, irrésolu, sans consistance. Celui-ci, puisqu'il faudrait momentanément l'accepter, servirait à ménager la transition. On aurait toujours le temps de lui substituer un vrai prince, un véritable chef d'État. Ainsi, les uns et les autres, avec une réciprocité de complaisances inattendues sablaient la route, sous les pas de Louis-Napoléon, vers l'élection présidentielle.

Il n'aura pas eu à se repentir d'avoir, en toute occurrence, si haut préconisé la doctrine de la souveraineté nationale. Proclamé par un plébiscite président de la République et l'ayant emporté d'un écart énorme de suffrages sur le général Cavaignac, son nom avait bien eu sur les masses l'effet magique espéré.

En regard de cet homme de race, un prétendant et un prince, on n'avait pas manqué, cependant, de can-

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didats se réclamant, à des titres moins soupçonnables, d'un égal amour pour le fonctionnement libre des institutions du pays. Cavaignac aurait été le représentant de la république modérée. Bugeaud et Changarnier auraient dignement figuré, surtout le premier de ceuxlà, la république militaire. Et pour les démocrates renforcés restait Ledru-RoUin incarnant la république rouge, tandis que, par contraste, Lamartine, le mélodieux Lamartine aurait idéalisé le concept de la démocratie athénienne. Mais, Louis -Napoléon était venu. Il n'avait eu ni le temps, ni l'occasion de s'attester par des actions retentissantes, ni de gagner des batailles, ni de s'imposer par les garanties d'un homme d'État exercé. Simplement il s'était nommé. Er/o nominor Xapoleo. Il avait fourni la preuve d'une confiance en soi pleine d'audace. Et l'immense majorité des voix l'avait élu le Premier de France, croyant à sa parole et faisant crédit à ses actes.

Sans qu'il eût eu besoin de passer par cette école de gouvernement, par cette pratique initiale des affaires, où se mesure véritablement la valeur d'un homme public, il avait été porté, d'un bond, à une présidence républicaine, qui menaçait de ressembler à une dictature. Et il prétendait bien n'en pas rester là.

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