PREFACE
Un soir d'hiver de Tannée 19J 1. à la table, habituellement excitatrice de propos aimables et spirituels, du docteur Du Bouchet, la conversation roulait autour de sujets plus graves, inspirés des préoccupations du moment : les aspects assombris de la politique européenne, la domination toujours grandissante d'un militarisme effréné, l'état fiévreux des peuples tendant de toutes leurs aspirations aux sentiments de la paix, de l'humanité, de la solidarité universelle, et, cependant, décuplant leurs effectifs, semant des forteresses où les blés devraient croître et l'industrie fleurir, épuisant leurs trésors en armements prodigieux, sans qu'on puisse se dire quelles en seront les limites et la fin.
Des opinions se croisaient sur la durée des con fits, sans cesse renaissantsentre la P'rance et l'Allemagne et l'issue souhaitable de l'obsédante énicrme des provinces perdues, olijet d'un éternel litige, —
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Celle-ci ne voulant plus se dessaisir de sa conquête, Celle-là ne pouvant se résigner à l'abandon définitif.
On exposait des raisons et l'on posait des chitTres. On supputait ce qu'a pu coûter, depuis un demisiècle, non seulement à l'Allemagne avec sa politique de crises périodiques et d'à-coups perpétuels, mais au monde sous les armes, la crainte d'une nouvelle guerre renversant les termes du traité de Francfort.
Et naturellement, on en revenait aux causes originelles de ces conditions accablantes. On reparlait de la fin de l'Empire et de la personnalité de l'empereur, entraîné par sa faute, par la maladresse de ses conseillers et l'imprudence des Cbambres, dans les malbeurs d'une guerre, qu'il u'avait su ni prévoir ni préparer.
Avec beaucoup de précision, l'un des convives, cbroniqueur scientifique d'un grand journal du soir ('), et le directeur, naguère, d'une de nos meilleures revues françaises (-), rappelait, à propos de Napoléon III, les traits saillants de l'bomme et du souverain. IV'uétré d'un sujet (pi'il connaissait à
(\) I^ Temps.
(2) La Revue hebdonuidaire, depuis lors gouvernée par Fernand Laudet.
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fond, il résumait en des termes expressifs la destinée In'zarre de ce rêveur couronné, énergique et faible, plein de duplicité savante et, néanmoins, crédule jusqu'à la duperie, de ce dilettante du pouvoir et du libéralisme, qui. après avoir déployé tant de hardiesse persévérante afin d'atteindre oiî il était parvenu et pour réaliser l'incroyable, s'était laissé glisser, de défaillance en défaillance, à un état de langueur physique et morale telle qu'il avait finalement perdu tout ressort de volonté sûre de soi, toute force dïnitiative soutenue et jusqu'au goût de ces coups de théâtre, qu'il avait tant aifectionnés.
Alors se tournant vers nous :
c( Poiu'quoi. nous demanda le docteur Helme, ne tenteriez-vous point d'éclairer par ses origines, par le caractère de sa filiation, par la nature de son élan mystique et le départ de sa foi première, cette existence historique, dont on ne connaît bien, en réalité, que les faits d'évidence générale?
» Des témoignages d'époque vous ont permis, continua-t-il, d'esquisser, sous la forme intime, des tableaux successifs de la Cour et de la société du Second Empire. Vous vous êtes complu à nous prouver, par exemple, en les détaillant toutes, qu'il n'y eut jamais autant de jolies femmes réunies ([u'aux soirées festoyantes de ce temps-là. Vous
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avez eu les mêmes contentements d'esprit, sans doute, à dépeindre quelques-unes des physionomies de premier plan, comme l'impératrice et lo duc de Morny, qui en résumèrent de la manière la plus caractéristique les aspects ou les tendances. Mais la fiirure essentielle, centrale, manque à votre paierie de portraits. Vous nous redevez un Napoléon III. psyclioloiriquement étudié dans la formation, l'accomplissement et la fin de son rêv<^ impérialiste. Aucun écrivain n*a vraiment essayé' l'analyse d'àme, à travers les circonstances de sa vie privée ou [luhlique, de cette figure éniiimatiquo qui, dès sa jeunesse, avait eu conscience de sou rôle d'héritier providentiel de Napoléon 1"^ et qui puisa dans les enseignements maternels la force et les moyens d'action nécessaires pour en réaliser l'ardente ambition. C'est une œu^Te à faire. »
Nous l'avons essayé, dans ce fién' iC Empereur . — dont l'idée fondamentale est que toute la carrière de Napoléon IH. toutes les formes de propagande qu'il mit en OHivre. tout l'esprit des paroles qu'il pronont'a afin de capter la confiance populaire et de restaurer le trône de Bonaparte, lui furent inspirés par les leçons méthodiques de sa mère Hortense de Beauharnais.
On l'ignore généralement : sous des airs de don-