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CHAPITRE NEUVIÈME

Au plus haut du rêve accompli.

Devenir empereur avait été sa marotte peu commune, dès avant qu'une apparence de moustache ombrât sa lèvre. Beaucoup de ceux qu'il initiait au secret de son fol désir s'en amusèrent, clans ce temps-là (1). Le ministre anglais Malbesbury se rappelait avoir vu la duchesse de Saint-Leu rire, avec ses convives, d'un si beau rêve, quoicjue au fond du cœur elle le partageât et que, dans le seul à seul, elle le fortifiât de ses encouragements, parce qu'elle ne le trouvait point si chimérique.

Il avait marché, depuis lors, et d'un bon pas. Hier encore, il se sentait si certain d'en posséder, à court terme, le titre et les honneurs qu'il ne se pressait point d'y atteindre. C'était lui ([ui retenait les impatients de la famille. Le manteau impérial était entre les mains des brodeuses. 11 mettait de la coquetterie à ralentir le zèle des ouvrières. C'était une douceur pour lui que de se faire prier dans un cas si désirable.

Louis-Napoléon avait singulièrement dérangé l'opinion, que s'étaient formée, à son sujet, des esprits très

(1) « Ses prétentions étaient un sujet de risée, je n'ai jamais rencontré personne qui prît la peine de les discuter. » (Sainte-Aulaire, Mémoires.)

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sûrs de la force de leurs jugements. Thiers, qui caressait l'idée d'être son mentor et dont il avait reçu les bons avis, sans en tenir compte (1), disait de lui : il ne comprend et u entend rien : cest une tête de bois. Un peu plus tard, pendant un diner chez les Disraeli, il glissait à son voisin de table, le ministre de Grande-Bretagne, cette appréciation complémentaire : « Je l'ai beaucoup étudié, de près et de loin, c'est un homme absolument nul. » Et son interlocuteur, malgré qu'il fût un vieil ami du prince, avait conclu dans le même sens : « M. Thiers, pensa-t-il, me parait être la vérité incarnée. » Telle encore la turbulente princesse de Lieven, fort dépitée que le Prince-Président ne l'eût point, à l'instar du grave et tendre Guizot, choisie comme Égérie, prononçait, un soir, chez elle, la condamnation péremjitoire de ses capacités : « Je ne poujrai jamais rien faire de cet homme », dt'clara-t-elle (2).

A son tour, le sublime poète des Chants du crépuscule, qui, le 3 décembre \S'ti^, à la veille de l'élection pré-

(1) Le 21 février 1851, le nouveau cabinet, celui qu'avait appelé le président de la République, ayant été battu, sur un vote de confiance, par 415 voi\ contre 286, donnait sji démission, sans qu'il juseAt bon de laccepter. Thitrs, que tourmentait la nostalgie du portelcuille, s'éliiit rendu en ambassadeur, auprès de Louis-Napoléon. Avec beaucoup d'animation, il lui asait ivpréscnté — éloiiuent ot jaseur, comme il savait l'être — que le Note de l'Assemblée n'était pas dirigé contre lui, mais contre ses seuls ministres. Que le président voulût bien l'écouler, et les diflicultés seraient bientôt aplanies. Un cabinet dilTcivnt, tût-il pris dans la minorité, se maintientirait devant la Chambre; et lui, Thiei-s. se chargeait d'obtenir le vole de la dotation, sans embarras. Le président l'avait remercié de ses intentions excellentes, mais en l'informant qu'il ne voyait pas déraison pour changer ses ministres et que, par conséquent, il regrettait de ne pouvoir utiliser ses offres ni ses conseils.

(2) Ce <|ui no lempécha pas, le lendemain, de se métamorphoser en fermente éivséenne.

sidentielle, s'écriait, dans son langage hiératique : « Le nom de Napoléon Bonaparte veut dire : ordre, force et gloire », et qui, le 10 décembre, le jour même de cette élection, exaltait son vole, en ces termes : « Il est un nom qui résume tous les souvenirs du passé, toutes les espérances de l'avenir : c'est le nom de Napoléon, de l'homme qui a le plus aimé le peuple », pourra, à peu de temps de là, profondément déçu dans ses ambitions personnelles (1), qualifier le parvenu des épithètes cent fois répétées de Napoléon le Petit et d'Augustule (2) : l'indiscutable, maintenant, c'est qu'il régnait.

Tranquille et dédaigneux, il avait laissé tous ces jugements opposer leurs vaines contradictions. Quelques semaines plus tard, amis et adversaires surpris, à leur réveil, par la rapidité des événements, apprenaient, coup sur coup, qu'il avait décidé ces choses : la dissolution de l'Assemblée nationale et du Conseil d'État; l'abolition de la loi du 31 mai; le rétablissement du suffrage universel, qu'il craignait et détestait, mais dont il avait besoin pour parvenir au pinacle; la convocation des collèges électoraux, au 14 décembre; et, afin d'apprendre à vivre aux Parisiens, la déclaration de l'état de siège.

Premier avertissement bientôt suivi d'un autre non

(1) Victor Hugo, en veine d'éloquence, exhalait un dithyrambe passionné contre le dictateur. Odilon Barrot l'interrompit, pour lui renvoyer cette réplique : « Le prince aurait continué à être un grand homme, s'il vous avait appelé au ministère de l'Instruction publique ».

(2) Quelques autres douceurs du même au même :

Tu dis dans ton orgueil : « Je vais être historique ! » Non, coquin, le charnier des rois l'est interdil. Non, tu n'entreras pas dans l'Histoire, bandit! Haillon humain, hibou déplumé, bête morte Tu resteras dehors et cloué sur la porte !

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moins clair, leur faisant savoir à eux et à tous que l'Assemblée, ayant eu le tort de contrevenir aux bonnes intentions du Président, il se passerait, désormais, de son concours; qu'un nouveau gouvernement sortirait de l'Elysée conditionné de toutes pièces; que ce gouvernement serait composé de l't'lu du peuple, d'abord, pour une période de dix ans renouvelable, d'un Conseil d'État adapté à ses desseins, d'une Assemblée législative, après revision des listes électorales, et d'un modérateur unique : le Sénat, asservi d'avance aux inspirations deCelui qui en auraitchoisi les membres (1).

Il avait réservé ce dernier délai à ses contradicteurs ])Our les convier au dénouement de la pièce, qu'il avait machinée avec tant d'art.

L'empire était rétabli. Le rêve du prétendant Louis nonai)arte, tant de fois condamné par les siens, était couronné. Et cette restauration d'un régime aboli s'était levée dans une atmosphère politique tellement claire et sûre (2) que, si en de pareils moments, un voyant de l'avenir avait pronostiqué, sans date, l'écrou-

(1) « Di-sle^O janvier, "2 sénateurs avaient étO choisis. Cotaient d'anciens ministres du Président, d'anciens membres do l'Assemblée législative, d'anciens pairs de France, d'anciens parlementaires laissés, jusque-là, au second rang, des généraux, in outre quelques magistrats, et, parmi ceux-là M. Troplong... Aux 12 membres nommés par le jirésidenl s'ajoutèrent les quatre c;ii'diiiaux et les huit maréchaux ou amiraux, qui faisaient partie de droit de la haute Assemblée : on arriva ainsi à un chiffre total de 8i sénateurs. On n'atteignit (jue plus tard le nombre maximum de 150 fixé par la Constitution. » d*. de La (lorce, Ilisloire tlu Second lùupire, 1. 1", p. 58.

(2) o Selon mon habiluile, Mrs la lin delà journée, promenade à che\ al au Bois. Le nombre d'équipages élégants, de cavaliers montés sur des chevaux pur-sang, est inimaginable. Le luxe et le bien-^tre sont revenus, comme par enchanti-ment. La veille du coup d'État, la France avait peur; la veille de l'Lmpire, elle a confiance. » (.lliiljner, \ciifans de soiiveitirs d'un ambassadeur.)

lement de cette puissance appuyée sur l'expression presque unanime du sentiment national, on aurait plaint cet homme, en disant qu'il avait perdu l'usage de sa raison.

Le rêveur, le visionnaire, a rempli sa mission.

Sa ferme certitude est qu'il n'en a pas d'une ligne outrepassé le principe ni altéré le caractère. Tant de puissance ravie à l'impuissance parlementaire émane de ce peuple, dont il a parlé avec un tel amour dans ses proclamations et dans ees livres. Il en a fait le serment : s'il perdait sa confiance il n'aurait plus une heure à vivre. En attendant, il se propose d'en user pleinement et de bien vivre. Un seul regret habite son âme, c'est que sa mère n'ait pas assez vécu pour voir de ses yeux où il est arrivé. Des retours inévitables l'amènent à comparer l'autrefois avec le présent. Il a revécu dans sa mémoire les jours brumeux d'Arenenberg. quand la reine Hortense souhaitait comme un bienfait inestimable, pour son fils, une vague sous-lieutenance en quelque régiment français. Il n'a pu se défendre d'évoquer, par un étrange contraste de situations, les cruels instants de sa fuite, en Italie, son désespoir profond, à l'auberge de Camoscia, tandis que, tout accablé de sa douleur fraternelle et de son extrême fatigue, encore souffrant et n'espérant })lus rien du sort, il s'était endormi sur un banc de pierre, dans la rue. Avec moins d'amertume il s'est rappelé ses illusions passagères de grande culture en Amérique, ses temps d'exil et de prison... Et, cependant, on regarnissait, à sa destination, le château des Tuileries des insignes impériaux, qui n'y figuraient

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plus, depuis 181 f. Du garde-meuble on avait tiré le sceptre eniblt'matique qu'avait, un demi-siècle auparavant, béni le pape Pie VII. Vingt-cinq millions de francs de liste civile et la jouissance de tous les palais, sous la seule condition de subvenir à leur entretien : c'était encore un des menus présents de la nation. L'Église n'avait pas attendu plus tard que la veille de son avènement pour lui prodiguer l'encens des pieuses flatteries (1). Déjà les préfets et les grands dignitaires rivalisaient, à son égard, de zèle adulateur. Et le peuple, par besoiu d'enthousiasme, acclamait son passage.

Il ne lui restait qu'à faire accepter par les puissances étrangères, le nouvel état de choses, né d'une conspiration militaire et d'essence doublement suspecte, il ne lui restait que celte dernière chance à courir. }iour que son ambition eût tout obtenu.

La partie avait été gagnée, à l'intérieur, d'une manière plus complète qu'honnête, mais positive. A l'extérieur, le nom de Napoléon portait en soi unesignitication belliqueuse sur laquelle il importait, d'abord, de rassurer l'Europe. Il y rencontra des diflicultés sérieuses.

il^ « ... l'es lèvres consacrées au sorvic<^ de Pieu «t de la vérité n'apprendront pas, aujourd'hui, le langage de la flatterie... mais, quand l'Eternel, après des jours d'angoisse, donne au monde un Constantin, un Chariema^'ne ou ,'un Louis-Napoléon, il faut dire au /ifccra/ei/r... t Allocution de lévéque de Fréjus.i

« .V l'heure de la grande crise, un homme, que Dieu tenait en réserve, parait... Jamais le doigt de Dieu ne fut plus visible que dans les événements qui ont amené ce|grand résultat,... etc. » i.VUocution de yW Sibour, archevêque de Taris.)

Une hostilité manifeste s'était traduite, dès le premier jour, dans les journaux anglais. Des soupçons exagérés avaient pris corps chez les hommes politiques de la Grande-Bretagne. Le Neveu ne voudrait-il pas, un jour prochain, venger FOncle? Des mesures de défense s'imposaient. Sans retard, il fallait aviser à raffermir les moyens de résistance nationale, depuis longtemps négligés par les ministres whigs. Récemment un demi-Français, lord Herlford envoyait, de Paris, des avertissements fort pessimistes. On lui avait confié que Louis-Napoléon tenterait, sous peu, une démonstration contre l'Angleterre, que cette guerre était non seulement souhaitée de lui, appelée de ses vœux, mais qu'elle était une conséquence inévitable de sa position et qu'un débarquement sur les côtes britanniques lui serait inspiré par les tendances françaises et l'ardeur de l'armée. Sans qu'aucun indice valable justifiât leurs appréhensions, des gens autorisés à se croire bons prophètes, en leur pays, se prétendaient certains des intentions sinistres, que nourrissait contre la puissance anglaise le nouveau maître de la France. Une panique véritable s'était répandue, à travers Londres. Les ministres des départements de la Guerre et de la Marine se montraient fort préoccupés du manque d'artillerie et de l'insuffisance du nombre des vaisseaux. Ces angoisses se calmèrent. On avait pu constater que, jamais, les arsenaux français n'avaient été aussi inactifs. De son côté Louis-Napoléon prodiguait des assurances, chaque jour plus vives, de ses sentiments pacifiques et de ses désirs d'amitié durable avec la nation, qui lui avait été si hospitalière, en des temps moins favorisés du Ciel... et de la politique. Il ne demandait

du Foreign Office que de reconnaître, dans son titre de « Napoléon le troisième », le principe d'hérédité rétrospective et future, que comportait cette désignation.

Mais là justement gisait l'obstacle. L'appeler Napoléon m, lorsqu'on n'avait jamais reconnu Napoléon II, paraissait aux ministres londoniens un cas inadmissible. Comment accepter ce cliiflre trois, dont l'idéa seule provoquait tant d'agitation dans les chancelleries, aussi bien à Vienne, à Berlin, à Saint-Pétersbourg que dans la capitale de la Grande-Bretagne (1)? Comment les puissances européennes voudraienl-elle se déjuger, donner un flagrant démenti à l'histoire, considérer comme non avenu tout ce qui s'était passé, depuis une quarantaine d'années, dans la succession des familles régnantes françaises? Après bien des démêlés courtois et, néanmoins, pressants, après bien des démarches du comte Walewski, bien des réponses contradictoires du cabinet de Saint-James, le gouvernement anglais, de guerre lasse, avait abandonné son opposition sur <les mots. La Russie et l'Autriche y ap[)ortèrent moins de bon vouloir; elles persistaient à ne point laisser passer ce terrible numéro trois. Les empereurs Nicolas, François-Joseph et Napoléon eurent beaucou|^ de peine à s'entendre, pour l'adoption d'une formule.

Sans qu'il eût aimé grandement les Bourbons, avec les alternatives de coups d'état et d'abdications, qui, de '181o à 1830, caractérisèrent leur politique, le tzar, par son tempérament de dominateur comme par son état

1 1 ' I-os irrandos puissancos paraissent rôsoliiis à ne pas i-eoon naître le nunuTo. Elles en Ibnt une question personnelle, partieulièrement la Russie et l'Autriche. » (Lord Mahnesbury, à lord Cowley, ambassadeur à Paris, à (lércmbrc 1852.)

de puissance illimitée, tendait à une naturelle prédilection pour la monarchie de droit divin. La chute de Charles X lui fut une personnelle douleur, une douleur de principe. Quand vint le tour de la branche cadette, lorsqu'il sut l'avènement de Louis-Philippe, toutes ses convictions s'étaient révoltées contre cette usurpation de famille. Il avait failli se lancer dans une guerre, de peuple à peuple, pour son refus d'admettre dans le concert européen une royauté, suivant lui, sans tradition, un gouvernement de hasard, sorti des barricades. La chute de la maison d'Orléan^^ lui parut un coup de la Providence. Il s'était résigné à voir sortir d'entre les pavés la République, parce qu'il avait la certitude qu'elle ne serait qu'«un songe passager, un accident de la politique intérieure des Français », Mais, lorsque, soudain, se releva le symbole aboli des aigles impériales, il l'accueillit, d'un front maussade, comme un problème inquiétant pour l'Europe, pour la Russie, pour l'avenir de ses projets politiques. Idéalement il avait partagé l'admiration de son frère Alexandre envers leur grand ennemi Napoléon I". De plus, des liens de famille l'attachaient aux descendants de la période l'pique. Sa fille, la grandeduchesse Marie avait épousé un fils du prince Eugène; et la princesse Mathilde, nièce du premier empereur des Français, était parente, au même titre, du tzar de toutesles Russies. Enfin, Louis-Xapoléon personnellement ne lui était pas indifférent. Le lendemain du coup d'état, il avait tenu ce langage, en sa faveur, à l'un des envoyés du Prince-Président : « Dites-lui, dites-lui bien, de ma [)art, tout ce que vous pourrez trouver de plus affectueux. Ce n'est pas d'aujourd'hui que j'ai des sentiments d'amitié pour lui; en présence du peu de sym-

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pathie que l'Allemagne a pu (-prouver pour le nom de Napoléon, j'avais déjà su deviner la personnalité du prince Louis-Napoléon et sa valeur. Je l'ai défendu, alors qu'on ne voulait pas lui rendre la justice, qui lui était due ». Seulement, ce prince demandait trop, maintenant qu'il ne se contentait plus de cette amitié et qu'il revendiquait, en outre, les titres d'égal et de frère. A la rigueur, on aurait passé condamnation sur le fait d'un empire viager; mais une dynastie nouvelle, mais un empire héréditaire s'introduisant, de son seul arbitre, dans la famille royale de l'Europe, voilà ce qu'il ne pourrait jamais accepter de bon cœur.

Puis, sur quel ton de réciprocité, par quelle appellation de convenance monarchique répondre à la présentation de ce nouveau venu dans l'aréopage des souverains?

La discussion en fut vive entre les cours de Vienne, de Berlin et de Saint-Pétersbourg. L'Autriche opposait mille embarras. Pas de Napoléon III, pas de numéro dynastique, pas d'affiliation entre le premier et le second empereur, mais une ferme résistance aux retours d'emploi d'une politique impérialiste. Pas de « Monsieur mon frère », surtout, qui lui vaudrait trop de présom|)-

(1) A propos de ce chiffra tant disrultS \o im^me diplomate relevait, un jour, dans ses notes, une atiei'dutf explicative plus inirt^nieuse que déterminante, au sens où il l'entendait. Lord f.owley la lui avait racont«^e, à peu près dans les termes (ju'on va lire. Le préfet de la ville de Bourges, où le Président avait couché, le premier jour de son voyage de consultation impérialiste, en France, avait donné des instrucliuns pour (]ue l'on criât : Vii« .Vrt/w/wn.' .Mais il avait écrit : Vive Napoléon!!! On prit les trois points d'exclamation pour un chiffre. Kn entendant t rier : Vire .Vo/xi/wn ///, le Président lit demander (les explications par le duc de Mortemart, et, les ayant reçues • « Je ne savais pas, remai-qua-t-il en souriant, que j'eusse un préfet si machiavélique. •>

lion, à peine le « Sire et bon ami » trouvé par le comte de Buol et adopté par le tzar.

Les trois cours du Nord s'étaient promis de tenir bon sur ce chapitre essentiel. Il fallut, pourtant, en finir. L'Angleterre n'avait pas attendu, pour faire défection à l'entente, le dernier mot de cette triplice. La Prusse, par crainte d'une guerre continentale, dont elle aurait eu à subir le premier choc (I), se ravisa en faveur du « Monsieur mon frère ». L'Autriche, pour ne point se détacher de son alliée prussienne, en vint là, elle aussi. Seul l'intransigeant et omnipotent Nicolas I" ne voulut pas modifier sa formule de courtoisie : « Sire et bon ami » (2). Une nuance, une restriction, dont se souviendra la susce[)libilité de Napoléon, au moment de la querelle des Lieux-Saints. Quoi qu'il en fût, cette malheureuse et un peu ridicule campagne pour le maintien des distances avait pris fin (.'|). Les difficultés extérieures

(1) Frédéric-Guillaume, le personnage inquiet et fantasque, qui régnait à Berlin, ressentait une sorte d'aversion superstitieuse contre le revenant d'Empire. Louis-Napoléon lui apparaissait tomme la révolution incarnée. {V. Léopold de Ranke, Aus dein Briefwechsel Friedrich-Wilhems IV mit Bunsen, p. 295.)

i"2i Feignant, au premier abord, d'en éprouver une satisfaction suffisante, Napoléon avait dit assez spirituellement à l'ambassadeur du tzar, M. de Kissfleff, qui lui présentait sa lettre de créance : « Vous remercierez beaucoup l'empereur Nicolas du nom (ju'il veut bien me donner; j'en suis particulièrement touché; car, on ne choisit pas ses frères, et l'on choisit ses amis. » Il avait fait bonne mine à mauvais jeu, mais ne s'y était pas trompé.

i3) Le premier gouvernement, qui reconnut le nouvel Empire fut celui desDeux-Siciles, où, entre parenthèses, régnait un Bourbon; vinrent, après, la Suisse, le Piémont, le roi de Wurtemberg, plusieurs Etats confédérés de l'Allemagne et Léopold, roi des Belges dont les sentiments personnels étaient fort hostiles à la personne de Napoléon Bonaparte. Il le craignait et, en même temps, l'appréciait avec une extrême rigueur, comme on l'aurait pu savoir, si l'on eût été au courant de ses lettres particulières à la reine Victoria.

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étaient aplanies, l'Europe rassurée pour quelques mois, la France tranquillisée, l'atmosphère sans nuages, le ciel d'azur et d'or. L'empereur pourrait à son aise organiser les cadres de son gouvernement, régler l'appareil de sa cour et bientôt unir à la jouissance de ses prospérités la femme, qu'il avait choisie par amour, ayant été empêché de le faire par politique.

Ce dernier point n'était pas celui qui l'intéressait le moins, étant le premier à se rendre compte qu'il n'avait pas de temps à perdre, s'il voulait laisser un héritier en âge d'homme.

Une femme jeune et brillante était nécessaire aux Tuileries pour amener, sur ses pas, une suite désirée de tous les yeux et faire, au bras du maître, les honneurs du palais.

On pressait Napoléon de se marier. Il y pensait, depuis qu'il s'était senti mariable, c'est-à-dire depuis fort longtemps, sans qu'il eût trouvé la solution du j)roblème. A l'exemple de son frère aînc' (1), il en avait éprouvé le désir, de bonne heure, quand il n'était encore que le capitaine Jionaparte et que les mœurs austères du pays de Thurgovie n'olTraient à son jeune Age d'autre choix d'autre dérivatif acceptable, veu\-je dire, que de légitimer par de justes noces un penchant de nature très ]»rononcé chez lui. Aussi bien avait-il eu quelques fantaisies thurgoviennes, dans cet ordre d'idées, et l'on

(1) Le jeune Napoléon avait épousé la princesse Charlotte sa cousine, seconde lille du roi Joseph et qui mourut, en 1839, sans laisser d'enfants.

sut qu'il proposa sérieusement le mariage à une dame d'origine créole en visite au château d'Arenenberg. Plus tard, à travers les séductions d'une existence libre et voyageuse (nous ne parlons pas de Ham) il faillit serrer les nœuds de l'hyménée, en deux ou trois occasions, comme en Angleterre, lorsqu'il demanda la main d'une miss Emmy Rowles, l'obtint et se la vit retirer, sur le bruit de sa liaison avec miss Howard, future comtesse de Beau regard.

Nous avons raconté (1) de quelle manière se dénoua le roman d'amour, qu'il avait noué, sur les bords du lac de Constance, avec sa cousine Mathilde, fille de Jérôme Napoléon. Elle avait été la confidente de ses hautes visées politiques. Il était envers elle démonstratif et tendre. A ses ardeurs concentrées elle ne répondait que par une affection tranquille et sans élan. Toutefois, elle lui avait promis davantage, malgré l'évidente incompatibilité de leurs deux natures. Jérôme, après quelques menues discussions d'intérêt, parlait d'arrêter la date heureuse et définitive. Les deux cousins Napoléon et Louis allaient devenir presque frères L'affaire de Strasbourg dérangea toutes ces bonnes dispositions. Le coup de main manqué souleva les anathèmes de Joseph et de Jérôme contre le prétendant injustifié, qui, si mal à propos, avait jeté l'inquiétude et le désordre parmi la tranquillité', dont ses oncles commençaient enfin à jouir. Les Beauharnais et les Bonaparte avaient ravivé leurs anciennes brouilles. Mathilde, malgré qu'elle inclinât à prendre en grâce le courage

(1) V. les lettres de la reine Hortense à la comtesse Le Hon, publiées pour la première fois, dans notre volume des Femmes du Second Empire.

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malheureux, iip donnait plus sii^ne de son ancienne affection. Il le constatait avec tristesse, pendant son voyage forcé en Ami-rique : « Toutes mes cousines m'ont ('•crit des lettres charmantes, excepté Mathilde. » Mais n'avait-il pas eu, bien avant, le pressentiment de la rupture? Un soir que, reconduisant Mathilde, il était rentré dans le parc d'Arenenberg, il avait remarqué, tout près de la maison, un arbre rompu par l'orage, et s'était dit à lui-même : « Notre mariage sera rompu par le sort. » Ce qu'il supposait et craignait s'était réalisé fâcheusement. Il en soupirait. surlepontder.4n(/ro?;jé</c ; « Ai-je donc épuisé en 183G, s'écriait-il, toute la part 'de bonheur qui m'était échu? »

Ses yeux juvéniles et son cœur à placer n'avaient pas trouvé moins souhaitable une autre de ses parentes, Marie de Bade, future duchesse de Hamillon. ('elte dernière avait été élevée à Carlsruhe et à Baden-Baden, aux cotés de sa mère, la grande-duchesse Stt-phanie de Beauharnais. Un réel attachement s'était formé entre elle et le prince Louis. Il en avait témoigné des signes, en plus d'une occasion, et son cœur à elle paraissait y répondre avec intérêt. On a conté, par exemple, un trait de galanterie romanesque, tout à l'honneur de celui qui l'avait accompli, et dont elle avait ('te l'objet de la part de son généreux cousin.

On se promenait, à plusieurs : elle, ses sciurs Louise et Joséphine et lui-même, sur les bords du Bhin. Leur conversation s'était animée, aux environs d'un sujet toujours attrayant pour des imaginations féminines. Kn des termes enthousiastes, Marie vantait l'exaltation pure et la vaillanlise des anciens preux, (|ui sul)ord(>nnaient tous leurs sentiments, tous leurs intérêts au

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