AUTRE PORTRAIT DU PRINCE-PRESIDENT
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culte de cette trinité : Dieu, leur roi, leur dame. Certainement, on n'était plus capable, en des temps dépouillés d'abnégation, de tels sacrifices et d'une telle foi. Louis-Napoléon avait protesté. Les âmes bien trempées n'avaient rien perdu des vertus d'antan. Gomme il s'échauffait, sur ce thème, un coup de vent enleva du chapeau de Louise ou de Marie, une fleur, qui s'en alla au fd de l'eau.
« Quelle belle occasion, s'était écriée la turbulente Marie, pour un chevalier digne des anciens jours, de montrer son dévouement et son courage! »
Il était jeune et, de plus, amoureux. Il releva le défi et plongea dans le fleuve, avant que les jeunes filles saisies de frayeur eussent eu le temps de l'arrêter. La fleur fragile, emportée par le courant, était sur le point de disparaître. Il lui fallut nager avec une rare vigueur pour enfin l'atteindre, triomphant à la fois du péril et de la difficulté; il revint vers la rive, la tenant à la bouche, pour la reprendre entre ses doigts et l'offrir à sa cousine Marie émue, déconcertée, mais heureuse :
« Je vous ai prouvé, lui dit-il, la sincérité de ma conviction. Voici la fleur, ma belle cousine; mais, pour l'amour du ciel, ne pensez plus, désormais, à vos anciens chevaliers. »
On était dans le plein de l'hiver; ses vêtements étaient trempés d'une eau glacée. Il avait fait acte d'héroïsme. Marie de Bade ne fut pas admise à le récompenser de tant de mérite par le don légitime de ses charmes. La princesse Stéphanie était ambitieuse; elle tenait à l'éclat, à l'argent aussi, n'en ayant pas beaucoup plus que le nécessaire; elle aspirait, pour ses filles, à des alliances
sériettses. Or, elle doutait que Louis Bonaparte, son neveu, parvînt jamais à une position vraiment digne de Tune d'elles.
Après avoir formé de grands projets, qui n'aboutirent point, en faveur de la princesse Marie, et vainement essayé de lier partie avec le duc d'Orléans, elle pensa très bien faire d'écarter son neveu et d'agréer pour gendre un viveur anglais fort opulent, le duc Hamilton.
Au reste, Louis-Napoléon s'était épris de sa cousine, comme il se fût amouraché d'une autre, du même âge, pourvu qu'on la nommât i^rincesse. Marie de Bade n'était pas jolie; la baronne du Montet, qui fn-quentait chez la grande-duchesse sa mère, en a parlé, de mémoire : elle avait de la dignité sans grâce, de la politesse sans bienveillance, c'est-à-dire des qualités neutres et faiblement attractives.
Au mois de novembre I80I, une tentative matrimoniale, qu'il n'avait pas cherchée, cette fois, s'était tournée vers lui, de la manière la plus inattendue. Une jeune fdle de la haute aristocratie, estimant que d»' s'élever d'un coup de hardiesse, et par chance, jusqu'au trône, ne lui laisserait pas à regretter les fiers salons de la vieille noblesse, lui avait écrit le billet suivant :
« Prince, j'ai dix-sept ans, on me dit jolie, j'ai quinze cent mille francs à moi; tout cela est à vous, si vous le voulez. »
On le sut, on en fit bruit, autour d'elle, assez maladroitement. Son espérance, d'ailleurs, n'avait duré que le temps de la traduire, dans une lettre demeurée sans réponse.
Hasard et contradiction de la destinée! Cet homme,
qui devait régner sur une nation puissante et riche, loger dans un des plus beaux palais du monde, en posséder dix autres, disposer en maître d'une liste civile de trente millions, à Tannée, et, aux meilleurs jours de son histoire, apparaître comme l'arbitre du continent, ce parvenu extraordinaire, ce rénovateur de la dynastie napoléonienne, n'avait rencontré que des obstacles à la réalisation du simple vœu matrimonial.
Il y avait longtemps de cela, le prétendant aventureux, le rêveur utopique, qui marchait dans la vie, les yeux fixés sur un astre imaginaire, s'était efforcé sans succès d'inspirer des sentiments de confiance un peu haut placés. Et, quaikl il fut devenu par un entraînement de circonstances inouïes, le chef d'un empire, les familles régnantes, quoique tenues à le reconnaître en qualité de souverain, s'entendirent, comme si elles se fussent donné le mot d'ordre, à décliner ses offres d'alUance.
On avait arrêté, d'une manière, pourtant, bien catégorique, aux Tuileries, que la diplomatie française emploierait son art et ses ressources à se mettre en quête d'une princesse ro^'ale.
Divers partis furent proposés, — chacun des personnages appelés au conseil ayant ses vues particulières, ses préférences intéressées ou raisonnées. Un moment, on avait porté les yeux du côté de l'Espagne; il s'était agi de l'infante Christine, à peine âgée de dix-sept ans, d'une beauté relative et d'un a|)anage modeste. Mais, ce moment passa vite : aucune demande en forme ne fut transmise à Madrid.
La princesse Marie de Bade engagea vivement son cousin, alors président de la République, à tourner le
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regard vers sa nièce Carola, née du prince Wasa, le fils sans gloire de Gustave IV, l'ancien roi de Suède chassé de ses États et mort obscurément, en Suisse, sous le nom de colonel Gustafson. Il aurait semblé qu'une telle alliance dût aboutir, sans difficulté ni gène, et que tout l'honneur vînt de la proposition française. Napoléon allait gravir les marches du trône impérial. Le prince Wasa, dénué de fortune et en exil, n'avait de litre positif que son grade de feld-maréchal, au service de l'empereur d'Aul riche. Et, cependant, des hésitalions, des tiraillements s'étaient produits sur un point, d'où l'on n'aurait pas dû les attendre. 11 y avait toute apparence que la grande-duchesse Stéphanie s'olVrirait à dégager le terrain. S'emparant d'une circonstance favorable : l'inauguration du chemin de fer de Strasbourg, Louis-Napoléon avait poussé le voyage jusqu'à Bade.
Le véritable motif du déplacement avait transpiré dans l'opinion. Des journaux étrangers él>ruitaient déjà ce qui n'était que conjecture. Aux mois de juin et de juillet 18-j:2, c'était une opinion faite à Paris que le mariage du Président avec la petite princesse "Wasa ne larderait ])oint et servirait de prélude à la proclamalion de l'empire.
Or, si la princesse Carola, malgré qu'elle n'eût rien de romanesque dans l'imagination, malgré qu'elle fût, en ses goûts, d'une simplicité de ménagère allemande, envisageait d'une àme satisfaite la perspective d'être impératrice, ses parents et alliés n'encourageaient (jue faiblement un aussi vaste espoir. On négociait, à Vienne, à Munich, laborieusement; la conversation traînait en longueur; la volonté molle du prince ^Vasa attendait
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que le mot d'ordre lui fût donné de la Cour d'Autriche. Aussi altière était la vanité de ces petites princesses allemandes que minces étaient leurs titres et faible l'étendue de leurs possessions. Telle de leur caste avait manifesté ses hauteurs, jusque devant Napoléon I". Lorsque le vainqueur d'Iéna parla, pour la première fois, à la margrave née princesse de Darmstadt de marier son fils à la gracieuse Stéphanie de Beauharnais, parée de ses seize ans et très protégée de l'Empereur, la fière descendante de la maison de Zâhringen se redressa : « — Quoi! s'écria-t-elle, d'une voix presque indignée. Votre Majesté me propose de donner celte petite fille pour femme à mon fils! — Mais, ajouta Napoléon, presque intimidé des éclats de sa morgue, si je l'adoptais pour ma fille, si j'assurais au grand-duc l'intégrité et l'agrandissement de ses étals? — Alors, répondit la margrave, sur un ton de résignation douloureuse, alors je sacrifierais inon fils an bonheur de ses sujets! »
La force d'illusion est grande sur les âmes orgueilleuses et faibles.
On se retourna du côté de l'Angleterre. La rupture avec la princesse ^Yasa était connue à Londres, lorsque l'ambassadeur de France Walewski demanda, pour l'empereur, la main de la princesse Adélaïde de Hohenlohe, nièce du prince consort Albert. L'ofl're fut accueillie sans enthousiasme dans l'entourage de famille. D'Allemagne le prince de Hohenlohe commença par écrire à la reine Victoria que cet établissement ne lui paraissait pas satisfaisant, au double point de vue de la religion et de la moralité. De leur coté Victoria et le prince Albert, ayant pesé le pour et le contre d'un tel mariage, ten-
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daient plutôt à en voir les inconvénients. Ils craignaient que la princesse ne fût élilouie par l'éclat de la position et ne se souvînt pas assez du sort de toutes les souveraines de France, depuis 1780. On n'osa point répondre par un refus. Mais l'acceptation tardait assez longtemps pour qu'on se fatiguât de l'attendre.
La bonne volont»' de Louis-Napoléon et ses ambitions conjugales se lassèrent de n'être pas mieux comprises. 11 changea de tactique et d'objet. Habilement, il eut l'air de repousser ce qui ne lui avait pas réussi. Puisque tant de défiance s'attachait à l'idée de partager le sort d'un Napoléon, puisqu'on n'arrivait pas à sortir de ces atermoiements et de ces traînasseries indignes d'un nom tel que le sien, et que, d'autre part, le temps pressait pour un pn-tendant au mariage, ayant ses quarante-quatre ans bien sonnés, il annonça qu'il renonçait à des alliances princières plus ou moins embarrassantes, et qu'il entendait choisir, librement, à son goût, là compagne de sa vie privée et publique.
H l'avait élue, d'avance. (Chacun savait son nom et la place qu'elle tenait dans un Cd'ur fort t'pris. Chacun avait pu remarquer, avant le coup d'État, les empressements dont il entourait une belle t'trangére, de famille andalouso, aux réceptions de l'Elysée, aux grandes chasses de Fontainebleau et de Compiégne. Kt l'opinion était faite que s'il n'avait pas vu, tout d'abord, en elle, la fiancée prédestinée, il s'y (tait décidé peu à peu. que sa résolution t'tait prise, et qu'il irait jusqu'au mariage d'amour.
Kn réalité, Eugénie de Montijo. comtesse de Téba, pour n'être pas une fille de reine, était autrement belle et captivante que cette princesse Carola, dont on avait
tant parlé, qui eût été une excellente épouse, sans doute, mais dont l'intelligence ne se haussait que très petitement au-dessus de Tart domestique de préparer des confitures. D'une façon plus royale, elle saurait porter la couronne, descendue du ciel sur sa tête.
Étonnante contre-partie des événements! La première fois qu'Eugénie de Montijo avait eu l'occasion d'entrevoir Louis- iSapoléon, présentement le maître de la France et son époux, c'était en 1836, sous des aspects beaucoup moins éclatants. La conspiration de Strasbourg avait lamentablement échoué. Le prince, amené à Paris, avait été laissé, pendant deux longues heures, dans la salle à manger du préfet de police Delessert. Or, M'^* de Montijo était en rapport de gaie camaraderie avec la fille et le fils du préfet; elle put apercevoir, ce jour-là, la triste mine du prétendant, sans guère se douter qu'elle tiendrait du même homme un sort bien supérieur à tout ce qu'aurait imaginé son amour secret des grandeurs.
Les consolations étaient faciles à l'amour- propre désabusé de ÎNapoléon. Aucune des fiancées, qu'il avait vu passer dans ses désirs d'union de couronne à couronne, n'avait le charme ni l'attirance de la grande dame espagnole, qu'il voulut ceindre du diadème. De plus, — ainsi qu'il le reconnaissait tardivement — les mariages princiers avaient beaucoup perdu de leur ancienne importance. Pendant plusieurs siècles, il fut d'expérience que les familles royales tendaient à s'allier par des préférences continues à celles qui leur offraient les affinités politiques les moins trompeuses. La Révolution avait renversé cette vieille tradition, avec beaucoup d'autres. De longue date, malgré que Napoléon I"
eût tenté d'y revenir politiquement, les vieux cadres étaient brisés. Et les marchés matrimoniaux passés entre les cours européennes n'avaient plus la valeur que leur accordèrent, par exemple, la France et l'Autriche, historiquement. Il en raisonnait, maintenant, le mieux du monde.
Toutes ces hautes considérations mises à part, le certain est qu'il avait le cœur bien touché et les sens très épris.
Peut-être, aux premiers signes do sa passion naissante, ne s'était- il pas attendu à porter si avant la démarche de son amour. On laissait supposer ({u'il n'avait pas cru, tout d'abord, que, pour arriver au cœur de la place, il dût forcément passer par la chapelle (1), comme avait eu soin de l'en avertir M"" de Monfijo. et, comme il s'y di'cida. Mais, il en accejita la condition et jugea que ce n'était pas tro[) que de lui ofVrir, en échange, le rang suprême.
L'incertitude ne dura pas longtemps sur les desseins de l'empereur. Avec la soudaineté d'une résolution de
(1) Le mot célèbre de la future impératrice (détail généralement ignoré) n'était que la répétition dune répartie de la comtesse de Brionne à Louis XV. Restée veuve de très bonne heure et dans tout l'éclat de sa beauté, on ne lui connaissait aucune liaison capable d'adoucir l'amertume de ses regrets. Le trop galant monarque l'apercevant, un jour, à sa fenêtre — c'était au château de Vtrsailles. — après lui avoir adressé quelques propos cajoleurs, lui dt-mande : « l'ar où \a-t-on chez vous, madame? — Par la chapelle », répondit-elle, sur un ton de fermeté, auquel n'était pas habitué le sultan de Versailles.
Encore n'en eut-elle pas la primeur, s'il est vrai qu'elle y pensa. Le mot revenait de loin. Il y avait longtemps de cela, Henri VI avait posé la question à une jeune dame de sa cour. 11 était extrêmement désireux desivoir par quel chemin le plus sûr on pouvait |>énétrer dans sa chambre : « l'ar l'église, Sire « avait-elle dit, sans avoir le profit de la réponse, au même litre qu'Eugénie de .Monlijo.
tête, n'admettant aucune opposition, aucune entrave, il réunit ses ministres, au commencementdejanvier, et leur notifia ses fiançailles. Le 22 du même mois, le Conseil d'État, le bureau du Sénat et du Corps législatif ayant été convoqués dans la salle du trône, il leur annonça souverainement qu'une jeune Espagnole, réunissant sur sa tête trois grandesses de première classe, d'ailleurs française par le sentiment, par l'éducation et par la force du souvenir, était l'objet de sa préférence et que, bientôt, en se rendant à Notre-Dame, il présenterait au peuple et à l'armée celle qu'il considérait déjà comme l'Impératrice.
Il y eut quelques contestations de dignitaires, quelques velléités de désapprobation respectueuse vite ramenées au silence par la volonté fermement exprimée de l'empereur. « Messieurs, il n'y a pas de discussion à entamer; ce mariage est chose arrêtée, j'y suis résolu. » Qu'y avait-il à dire, après cela? Rien de valable, assurément.
A part quelques clabauderies intimes, dont ne fut pas indemne le salon d'une personne de la famille qui avait eu le tort (nous parlons de la princesse Mathilde) de laisser passer l'heure, pour son propre compte, chacun se rangea de bonne grâce ou par sagesse au fait accompli. On ne discerna plus, à travers le bruit flatteur des compliments et des hommages, d'autre murmure que la plainte maussade du prince Napoléon, bien taché (et ne le déguisant point) d'un mariage, qui, à la première naissance d'un fils, le déposséderait de ses espérances de succession.
A sept jours de là, le 22 janvier, pour célébrer le mariage civil, les Tuileries remettaient en vigueur, sous les aspects d'une majesté im[)Osante, les formes tradilion-
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nelles de l'ancienne monarchie; et, le lendemain, Noire- Dame réunissait, en sa vaste enceinte, toutes les pompes sacerdotales pour consacrer le mariage religieux avec une magnificence sans pareille. S|3ectacle cent fois décrit et qui produisit sur l'imagination des témoins, par l'importance des personnages, par l'éclat des costumes, par l'enchantement des fleurs et de la musique, l'effet d'une représentation théâtrale extraordinaire.
L'incroyable s'était réalisé et pour elle et pour lui — pour Louis-Napoléon, parce qu'il était venu de si loin sur le trône de France; pour Eugénie de Montijo, parce qu'elle avait eu si peu de chemin à faire, au matériel du mot, pour arriver de son modeste appartement du 1"2 (le la place Vendôme au palais des Tuileries.
Elle avait été comblée de présents magnifiques; elle en refusa même, tel le somptueux collier de perles, que voulait lui offrir la Ville de Paris, mais dont elle abandonna le prix aux pauvres, sans trop en ressentir le sacrifice, du reste, quelle que fût la sincérité de son cœur. On devait le lui remplacer, à si court délai ! Elle aurait tant d'autres joyaux pour en recouvrir splendidement l'absence! N'est-ce pas l'occasion de rappeler un mot bien touchant de Marie-Antoinette, concernant ces libéralités de princes? La duchesse de Luxembourg s'extasiait, devant la reine, sur les bienfaits qu'elle venait de répandre, à l'occasion de la naissance de Madame Royale. Marie-Antoinette l'écoutaitavec un peu de tristesse. « Il n'y a de mérite à faire le bien que lorsqu'on s'impose des sacriûces et vous savez bien, madame de Luxembourg, que c'est une sorte de jouissance, que nous ne pouvons avoir. »
La « maison » de la souveraine était constituée, ses-
dames d'honneur et du palais choisies; une organisation de luxe et de parade allait revivre sur le modèle hiérarchisé d'autrefois. L'empereur avait magnifiquement réparti les dignités et les charges. C'était la Cour en activité de service, avec son cortège, ses chambellans, ses titulaires fastueux et le flot enrubanné de ses dames en place. Et la jeune impératrice avançait radieuse, parmi tant de joies rassemblées. La bienvenue lui souriait dans tous les yeux. Elle cédait, sans dissimuler son bonheur, à l'éblouissement des premiers soirs.
Lui, se modelant sur une habitude qu'avait sa mère d'exposer un noble détachement philosophique, au sein des grandeurs, affectait de ne jouir que très modérément de son triomphe. Il feignait de n'y goûter que l'impression d'un devoir accompli. La puissance a ses embûches et ses périlleux retours. « Les Tuileries sont encore une prison », écrivait-il à sa confidente des mauvais jours. Des mois de circonstance, et qui n'empêchaient point son âme et ses sens de baigner dans l'orgueil de vivre le plus complet. 11 avait donc saisi l'insaisissable. Il était arrivé là. Et par quelle suite d'événements ou par quels détours invraisemblables ! Anciennement, alors que d'en concevoir la seule espérance apparaissait comme de l'ultra-folie, il avait bien pu dire qu'il aurait préféré à l'empire l'existence calme et salubre du gentilhomme campagnard. Les opinions ne sont que le reflet des occasions. Il bénissait les dieux et lui-même d'avoir atteint au su[)rêmc de ses désirs.