QUATORZIÈME ESQUISSE
a46. Les montagnards respirèrent six jours après ce grand attentat , qu’ils qualifièrent d’acte de justice nationale; mais Roberspierre, dont la haine veillait sans cesse, fit traduire les Girondins devant le tribunal de sang où domi-
naient ses affreux complices. Jugés avant detre entendus, ils furent traînés à l’échafaud le 3i octobre; et, par leur mort prématurée, Roberspierre triompha des seuls hommes qui pouvaient traverser ses manœuvres et déjouer ses projets ambitieux.
9.47- Peu de jours après, le duc d’Orléans périt sous le glaive révolutionnaire. Ce prince avait été d’abord gardé à vue, en vertu d'un décret du s3 avril. Sur 1111e motion du jacobin Carrier, il fut mis en état d’arrestation ; transféré à Marseille; jugé, acquitté par le tribunal criminel des Bouches-du-Rhône; placé le même jour sous la main du comité de salut public; remis en état d’accusation par Amar, rapporteur du comité de sûreté générale; ramené a Paris; jugé une seconde fois par les esclaves des décemvirs; condamné et livré aux bourreaux.
948. Depuis long-temps, Roberspierre avait formé le dessein d’épurer l’Assemblée, et de livrer a la mort un grand nombre de députés qui n avaient pu s’élever à la hauteur des Couthon , des Saint-Just et des Jean-Bon Saint-André : il fallait supposer une conspiration d’un genre absolument neuf; et, pour y faire croire, il était indispensable de préparer les esprits : Roberspierre se chargea de ce soin. Il parut à la tribune , et sa morale sanguinaire devint un signal
d’extermination pour les montagnards. Des lors une liste de proscription fut tracée dans le silence, et le glaive demeura suspendu sur la tète des proscrits.
a4[)' Pendant le cours de ces débaïs, le sang ruisselait en France, les prisons étaient encombrées, on réentendait que le cri des épouses, des mères et des enfans en deuil. Pour opposer une digue à ce que les Niveleurs appelaient torrent eun ire-révolutionnaire , les comités se résolurent à se montrer plus farouches et plus terribles : ils lancèrent Saint-J ust à la tribune, et l’anarchie elle-même dut être étonnée d'entendre ce chaleureux apôtre du crime proclamer ces paroles à jamais mémorables, « Ce qui constitue «une république, c'est la destruction de tout ce «qui lui est opposé-*.. Ceux qui font des révolu- « lions à moitié, ne fout que se creuser un terni- «beau- Celui qui s’est montré Fennemi de soii «pays, n’y peut être propriétaire ; celui-là seul a «des droits dans une patrie, qui a coopéré à lâl- « franchir.,,.. Les propriétés des patriotes sont «sacrées.,*,. Les biens des conspirateurs sont là «pour les malheureux— les malheureux sont
«les puissances de la terre . Or sus, ce mot ren-
k ferme toute la politique de notre révolution- «
200. Ce même jour, il fut décrété que les personnes ennemies de la révolution seraient dé-
tenues jusqu à la paix, ou bannies à perpétuité, et le séquestre apposé sur leurs biens. Plus tard furent déclarés traîtres à la patrie, et punissables comme tels, ceux qui seraient convaincus d’avoir favorisé le plan de corruption des citoyens, la subversion des pouvoirs eide l'esprit public; d’avoir excité des inquiétudes, et d’avoir donné asile aux émigrés.
a5i. Dès lors, un voile de sang s’étendit sur tonte la France; tics lors commença Thistoire des crimes des proconsulats. À Paris, Danton, Camille Desmoulins, Lacroix, Phelipeaux , Chabot, Baaire, et une multitude de leurs amis et frères , furent frappés par la hache dictatoriale. Dans les département , la mort plana sur toutes les têtes : les féroces proconsuls , Fouché , Gollot-cFlIerbois , Barras , Carrier et Josepk-ie-Bon , inventèrent de nouveaux supplices et versèrent des flots de sang humain.
2 5s. Marie-Thérèse, fille du Roi-martyr, en perdant son auguste mère, en avait retrouvé une autre dans la personne de la vertueuse princesse Elisabeth. Un ordre positif, émané de Roberspierre , réveilla la fureur de Fouquier-Thin ville , et le io mars 179^, cette princesse, arrachée de sa prison , traduite devant le tribunal révolutionnaire, ne fit qu’un pas, du banc des accusés au sanglant échafaud.