‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 159 sur 190 · SEIZIÈME ESQUISSE · texte numérisé non relu

SEIZIÈME ESQUISSE

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a85. Roberspîerre régnait à Paris sous le nom de Maximilien P*. Ses deux complices, Couthon et Sainl-Just, devaient établir le siège de leur empire dans le chei-liëu des provinces qui leur étaient échues en partage , et il ne fallait plus qu’une grande audace pour sceller l’acte de leur toute-puissance. Une loi sanguinaire venait de mettre toute la population française à la merci des triumvirs ; son effet fut prompt comme h foudre. Une horde d’antropophages s’étendait d’un bout de la France à l’autre. Ces hommes étaient secondés par d’autres hommes qu’on pouvait appeler la lie des nations, l'écume des cités, le rebut des campagues : ils proclamaient la loi agraire, l’abolition des dettes, la proscription des riches. Les délations étaient leurs armes or* dinaires : le père n’osait se confier à son fils; celui-ci n’osait embrasser la défense de son père: on proclamait la vertu, et une nuée de poignards pesaient sur l'innocence. La terreur planait sur le peuple et sur les dépositaires de l’autorité; les mots magiques et toujours puissans de patrie , de liberté , de salut public , en imposaient à la

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multitude, et faisaient toute la force des tyrans,

2 86. La mort promenait sa faux sanglante sur la France entière. Le suteît se refusait à éclairer des jours destinés au deuil et aux larmes, A Toulouse, à Bordeaux, à Lyon, les satellites de Roberspierre faisaient reposer la liberté sur des cadavres. L’armée révolutionnaire portail en tous lieux le fer, le pillage et la dévastation.

287. À Paris, Pair était infecté ; tout y retraçait Tiinage des discordes civiles. Les femmes n'osaient sortir de leurs demeures : les hommes, pâles et tremblans, ne connaissaient plus que le sentiment de la crainte ; les flots de l’Océan étaient gonflés par les corps mutilés que le crime confiait aux abîmes de la Loire : le sang misselait par torrens; les cachots de cent mille Basi illes s’affaissaient sous le poids des victimes entassées. La hache des lois était émoussée ; les licteurs étaient las de frapper , et les tyrans traçaient encore des listes de proscription, La France en lin était en proie à cent mille Nérons populaires devenus l’horreur de leurs premiers complices, et les bourreaux de celui d'entre eux qui manifes^tait le désir tardif de s arrêter dans le chemin du crime.

288. C’était dans le parc du château dTssy que le farouche Maximilien cherchait à dissiper la sombre fureur qui l’agi tait. Sa vue inspirait tant

d’effroi, que nul n'osait rapprocher que Couthon, Saint- Just, Collot-d’Herbois et Billaud- Varennes. Les hommages de la multitude étaient un poids qui l’accablait. Quelques jours avant le g thermidor, il se déroba à tous tes témoins pour venir cacher à ïssy le trouble et l’agitation de son âme; mais après avoir vogué quelques momeiis sur Félang, on l’entendit s’écrier : « Rien ne me » plaît ici; tout m’ennuie à la ville comme à la » campagne : je voudrais m’en retourner. « Et en effet il s’en retourna pour signer à Paris, dans une seule soirée, ceut soixante arrêts de mort Roberspierre, au moment d’en venir k l’exécution définitive de ses projets, hésita, et cette hésitation fit sa perte. U voyait Forage se former sur sa tête : la plaine de la Convention commençait à se soulever ; la Montagne n’était pas toute pour lui : une partie regrettait Danton, et témoignait hautement ses regrets. De plus en plus sombre et ombrageux, le triumvir montra son âme dans toute sa nudité, et il inspira une

horreur générale . Il périt enfin, ce monstre à

figure humaine! Mais 011 doit soutenir que son projet, n’échoua que parce qu’il manqua d audace, et qu’il ne sut pas franchir l’obstacle qui sépare toujours un citoyen ambitieux du trône qu’il veut usurper.

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