DIX-SEPTIÈME ESQUISSE
290, Les tyrans ont reçu le juste châtiment de leurs forfaits : leur sang coupable a coulé sur le sol qu’ils avaient arrosé si long-temps du sang de l'innocence. Le Ciel est un moment plus doux , les bourreaux se reposent, les jours de la justice semblent renaître : les infâmes complices de Carrier sont mis eu accusation; Carrier lui -même est chargé de fers. Ces monstres attendent, dans les angoisses du désespoir, le jour tardif de leur
supplice . Mais bientôt des fureurs nouvelles
succédèrent aux anciennes fureurs : les sections de Paris s’armèrent, et chaque jour vit proscrire les plus vertueux citoyens. Ce fut au milieu de ces longues discordes, de ces mouvemens convulsifs, de cette fièvre intermittente, que Fanguste Dauphin , le fils malheureux du Roi Louis XVI, fut assassiné dans le fond de son cachot. Quelle plume éloquente pourra jamais apprendre à la postérité les longues douleurs de celte innocente victime! Qui pourra peindre avec assez d'énergie la rage, la fureur, la tyrannie de ses affreux gardiens , ou plutôt de ses affreux bourreaux !
Qu’il soit voué du moins à l’opprobre et à l'infamie, le nom du cordonnier Simon : c’est lui , c’est sa cruelle épouse que les antropophagesdes B et 6 octobre avaient chargés de préparer la lente agonie de la victime. Que les siècles futurs répètent aussi avec horreur le nom des grands coupables qui armèrent le bras féroce de Simon !!!
api. Le Comité de sûreté générale annonça que le fils de Louis XVI était mort k la suite d’une tumeur au genou droit et au poignet gauche ; mais le bruit se répandit et s accrédita 7 que le poison avait abrégé ses jours , et ces justes soupçons ne tardèrent pas k être confirmés par la mort subite du médecin Dussaux et de l’apothicaire qui avaient donné leurs soins à cet auguste enfant, ¥
292, Jeune et déplorable victime ! ton seul crime était la naissance : devais-tu n’entrer dans la vie que pour y recueillir une moisson d’épines !!!
Arrêtons-nous ici : l'indignation s allume au récit de tant de forfaits*
* On trouvera à la fin de l'ouvrage le procès verbal rédigé par les médecins qui furent appelés pour constater sa mort.
( «Si )
DIX-HUITIÈME et dernière ESQUISSE.
293. La France est un vaste cimetière où les vivans se traînent au milieu des sépulcres* Plus de droits 7 plus de religion > plus de mœurs , plus de retenue : toutes les traces de la civilisation ont disparu; les lois liront plus de force ; le gouvernement n’existe plus de fait; des hordes sauvages , armées Tune contre Fautre, sont tour à tour dominatrices * et la terreur est l’unique sceptre qu'elles agitent dans leurs mains.
294* Les Niveleurs de l’Assemblée nationale ont fait place aux Niveleurs de l’Assemblée législative; les Niveleurs de P Assemblée législative ont fait place aux Niveleurs de la Convention. Une Jacquerie audacieuse a porté dans toutes les" provinces la dévastation, l’incendie et la mort. Toutes les classes ont été soulevées ; le sol de la patrie a été déserté par les uns et ensanglanté par les autres ; les forfaits les plus exécrables se sont succédé avec les réactions*
2p5* Les Montagnards ont frappé les Girondins, les Feuillans ont frappé les Maratistes, les Cordeliers ont frappé les Jacobins; on a exilé,
égorgé au nom fie la liberté ; de vastes prisons ont été ouvertes : l’innocence y a été précipitée ; le glaive des bourreaux n’a pu suffire pendant huit années à l’empressement des prescripteurs. Les Niveleurs du Comité 'de siWeté générale ont rappelé l’affreuse tyrannie des décemvirs de Rome : ils ont décimé la France entière pour égaliser les conditions.
2 96. Enfin , du sein de celle horrible anarchie , s’est élevé le Directoire , qui du moins a su respecter le sang de nos Rois dans la personne de la plus vertueuse Princesse, Marie-Thérèse, aujourd’hui la Mère de tous les malheureux; mais les mains inhabiles des cinq tyrans qui le composent ne peuvent soutenir les rênes de l’Etat. Sous leur administration , le commerce languit, l’agriculture est délaissée, les arts restent sans aliment , chaque jour fait sentir au peuple la faiblesse du pouvoir et l’absence des lois; le feu de la sédition mal éteint, jette encore des étincelles : la guerre civile éclate , et des Français sont réduits à combattre contre des Français.