‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 185 sur 190 · SIXIEME EXTRAIT · texte numérisé non relu

SIXIEME EXTRAIT

Paris, 5 avril iôi^-.

Si non jus t eveherct nmor*

U y a ciiïq jours qu’une multitude de guerriers s’avançait en ordre sur la capitale (le la France. La mort promenait sa faux sanglante sur les monutnens qui rappellent la gloire de nos Rois; mille tubes d’airain prêts à vomir l’incendie menaçaient nos murailles. Tout un peuple, dans une profonde stupeur, attendait l’instant qui devait amener sa ruine; abusé par des discours fallacieux , il ignorait alors que les eufaus du Nord n’étaient armés que pour sa propre défense, et que ses seuls ennemis avaient cherché mi réfuge dans son sein.

Déjà ces monstres à figure humaine avaient donné des ordres parricides. Pour la conservation de leurs titres et de leurs dignités , ils avaient décimé nos enfaus ; toutes les exactions, ils les avaient exercées; tous les crimes, ils les avaient commis; et, dans leur désespoir, ils avaient réservé pour le dernier la destruction de la ville qu’embellit Louis XIV : des torches embrasées brillaient déjà dans les souterrains qui recelaient

lé salpêtre homicide* Un Dieu juste éclaira ce forfait : les vils âgens que Buonaparie avait chargés de son exécution reculèrent devant Fabime qui devait les engloutir*

Pendant que des ministres et des conseillers ■ coupables cherchaient leur salut dans une fuite honteuse ; pendant que de lâches courtisans dédépouillaient les orneraens militaires dont ils avaient osé se parer clans leur superbe arrogance, croyant sans doute qu'ils n’imposaient pas plus d’obligations que les cordons qu’ils étalaient à tous les yeux* Pendant que le prince généreux chargé du commandement général des troupes alliées gémissait des maux inséparables de la guerre, et déplorait V en durcisse m en t de nos tyrans, quelques sages magistrats résolurent d’affranchir les Français du joug de fer qui pesait sur leurs têtes : le signe de la paix à la maiu, ils parurent devant les Rois alliés, et nos malheurs eurent un terme.

Qui croirait, en parcourant la capitale de la France, que naguère elle eût été destinée à devenir le théâtre de F incendie ! Qui pourrait jamais croire au calme qui nous environne, à Furdre qui règne dans cette immense cité, k l’accord parfait de tous les senti mens qu’une portion

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de tôns les peuples de l’Europe est confondue dans une même ville !

Pour pénétrer ce mystère , il faudrait connaître le nœud sacré qui nous lie. Proclamons a la face du monde que Louis XVIII est désormais le gage, la garantie du repos des nations : qu’à sa voix tous les États reprennent leur équilibre, toutes les haines s’apaisent, tous les intérêts se rapprochent, tous les malheurs s’oublient.

O Prince vraiment digne de notre amour! Accourez au milieu de ce bon peuple que de -vils factieux agitèrent, et qui a racheté par vingt années de larmes et de repentir les erreurs d’un moment.

Français! c’est à la fausse philosophie que nous devons les fureurs révolutionnaires ; c’est elle qui, sous les couleurs de la sagesse, corrompit nos âmes, troubla notre raison, eL nous rendit avides de nouveautés.

Ses sectateurs ont prêché l’athéisme; iis ont avili nos prêtres, commandé la désertion de nos temples, éteint le feu sacré qui portait notre encens vers le trône de la Divinité,

Bientôt , accablés par le sentiment de nos

pertes, en proie aux souvenirs douloureux de nos égaremens, nous avons tour à tour gémi sous le glaive des monstres les plus féroces. En nous toute énergie était éteinte ; impunément nos tyrans ont insulté à nos larmes ; ils nous ont tout ravi , nos trésors, nos frères , nos enfaos ; ils ont fait exécrer le nom français chez toutes les nations civilisées : ils ont traîné le saint pontife de cachots en cachots ; ils ont présenté la coupe des humiliations au vertueux Charles IV, au pieux et auguste fils de ce monarque, Ferdinand VII. Nous avons vu toutes ces horreurs , nous les avons souffertes; des apostats ministres de la religion du ChrisL ont osé y applaudir; et , dans ces derniers temps, notre terreur a été telle, que nous eussions obéi sans murmure au décret du tyran qui nous eût tous mandés aux pieds de l’échafaud.

Pour nous soustraire à l’aveugle démence qui régissait notre belle patrie, le Nord s est armé : il a donné le signal des vengeances. Levonsnous; mais sachons pardonner h nos ennemis; donnons l’exemple d’une modération sublime ; entourons le trône de Louis XVIII; formons une légion de braves; jurons de vivre et de mourir pour ce Monarque. Le tyran , pour appuyer ses prétentions injustes, ne trouvait plus, il y a

huit jours , que des sujets indociles : prouvons qu'à la voix de leur père tous les Français sont soldats; marchons au-devant de sa personne auguste. Conduisons Louis XVIII, la Fille et le Gendre de Louis XVI dans nos murs; et, avant qir ils pénètrent dans le palais des Rois, suivonsles au Temple de l'éternelle justice, et tombons avec eux aux pieds du Dieu des miséricordes , pour signaler, du moins par un premier acte de reconnaissance, le jour heureux de notre affranchissement

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