‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 186 sur 190 · SEPTIEME EXTRAIT · texte numérisé non relu

SEPTIEME EXTRAIT

G avril 1814*

Si non jus , eveheret amot.

Serait-il vrai, comme l'ont annoncé quelquesuns de nos journaux , qu’il se trouvât encore dans Paris des partisans de Ruonaparte? À cette idée , l’esprit se révolte et rindignation s'allume. Sont-ils Français, en effet, ces hommes qui peuvent désirer en secret le triomphe d'un étranger barbare, qui se portent volontairement complices de ses crimes, et qui brûlent d’imiter sa fureur?

Non, sans doute, ils n’ont pas vu le jour clans notre belle pairie : ils ont été nourris dans les rochers de la Corse , ceux qui n’ont pas senti tressaillir leur cœur à l’aspect de nos libérateurs, qui n’ont point arboré les couleurs de notre antique monarchie ; qui n’ont point éprouvé le besoin impérieux de s’écrier: Vive le Roi \ vive Louis XVIII! à bas le tyran l '

Français! il n’est pas un de vous qui n’ait été victime de Buonaparte : j’atteste ici toutes les mères , quelles nous disent combien de larmes elles ont versées au moment ou leurs fils étaient arrachés de leurs bras ; qu’elles nous peignent leurs craintes, leurs douleurs, et l'incertitude plus cruelle encore que la mort , lorsque leurs premiers nés avaient courbé leur lète sous les drapeaux du décimateur des peuples.

J’atteste les vieillards : qu’ils nous disent les nombreux sacrifices qui ont été arrachés à leur - faiblesse.

J’atteste les riches : qu’ils nous montrent le bilan de leur fortune , et nous acquerrons la preuve que leur revenu, quel qu’il fût, n’a point suffi pour apaiser la soif qui dévorait le§ administrations fiscales.

J’atteste les pauvres : qu'ils nous disent que, pour alimenter leurs fils prisonniers dans de lointains climats, ils ont vendu la chaumière de leurs pères , et le sol héréditaire qui devait les nourrir dans Page des infirmités.

J'atteste les épouses qui ont vu, le lendemain de la célébration de leur hymenée , d’odieux sicaires violer leur couche pour y sabir celui qu elles avaient fait l'arbitre de leur bonheur, et le charger de fers.

J’atteste nos vierges qui ont vu rompre ? au moment de les former, des nœuds assortis par Famour et la décence ; qui , sans avoir été épouses, pleurent la mort du seul époux qu elles pouvaient chérir.

J'atteste les enfans qui, livrés aux charmes de l’étude , au moment où l’émulation conduit aux progrès, ont dù céder au découragement à la seule idée que leur sort inévitable était de gémir dans les camps.

J'atteste les mânes de cinq millions de Français qui , dans Fespace de treize ans , ont arrosé de leur sang les plaines de l'Espagne, du Portugal, de Fltalie, de l'Allemagne et de la Russie.

J’atteste enfin , un million de braves qui respirent encore, et qui, âgés à peine de vingt ans, sont en proie aux douleurs d'une vieillesse anticipée : qu’ils paraissent tous au milieu de la capitale de la France , qu ils nous montrent leurs blessures , qu’ils nous montrent leurs corps séparés de la moitié de leurs membres, qu’ils nous disent avec quelle inhumanité ils furent exposés, quels traitemens barbares ils essuyèrent, et quelle récompense ils ont reçue pour la plupart.

Des partisans ! Buonaparte ne peut avoir que des ennemis ; pour l'honneur de l’espèce humaine, il doit être rangé dans la classe des tigres. Un cri d’horreur doit se faire entendre à sa vue : que partout il trouve des pièges; que partout ou il portera ses pas , son oreille ne soit frappée que de celte exclamation : Oh! le monstre ! *

* Buonaparte , dans son île d'Elbe , lisait les feuilles de l'Ami du Mail ce fait est constant. Il mettait en ligne de compte ce qu'il regardait comme des outrages envers sa personne ; et dans le siècle des cent jours T Fauteur de cette feuille royaliste a ressenti les terribles effets de la vengeance impériale.

Page 1