‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 3 sur 190 · SÜR S EK AK T ET SES ‘MEMOIRES* VI · texte numérisé non relu

SÜR S EK AK T ET SES ‘MEMOIRES* VI

Un homme qui connaissait si Heu toutes les manœuvres et les secrets desseins du parti de la révolution , a dû plus d’une fois éveiller les soupçons de ses maîtres ; de-la vient aussi qu il a été , presque sans relâche , poursuivi par le poignard et le poison. Le comité de sûreté générale, qui l’employait habituellement aux interrogatoires et à la rédaction de ses rapports, ne le perdait guère de vue : il occupait dans l’enceinte des Tuileries, un appartement voisin des comités , d’où il ne pouvait sortir sans être accompagné d’un gendarme. Accusé du vivant de Robespierre, accusé après sa mort par Tallien et Lecointre, il ne put échapper au soi t commun des jacobins , sur lesquels le parti des Cordeliers avait détourné la vengeance publique , et fut enfermé au Plessis comme terroriste. Heureux encore dans sa disgrâce que ces cordeliers de Danton, plus détestables mille fois que Ropespierre luimême , 11e l’aient pas fait périr avec les autres montagnards, dans cette réaction d’un jour où Pou voulut dérober jusqu’aux moindres^

NOTICE

Vil]

u aces des crimes de la faction thermidorienne !

Cesi dans la prison meme du Plessis qu’il a écrit ses Mémoires, également indigné de la servitude odieuse où Pavaient retenu les chefs jacobins, et de l’espèce de victoire que remportaient en ce moment les dantonistes. Il ne J aut que jeter, avec Sénart, un coup-d’œil rapide sur toutes les infamies d’un Tallien et d’un Yadier, d’Amar, de Vouland, de Louis du Bas-Rhin , qui opérèrent ensemble la révolution du 9 thermidor, pour s’assurer que Robespierre était déjà plus que remplacé. Ainsi finit la lutte cruelle et sanglante qui s’était d abord engagée pour des principes, par le déplorable triomphe de la horde révolutionnaire des assassins et des voleurs, auxquels devaient naturellement succéder les gens d’armes et les ravisseurs de couronnes.

On a Jàii disparaître de cet ouvrage quelques incorrections choquantes, des expressions basses et quelquefois obscènes ; on a aussi éclairci le sens de l’auteur dans plusieurs endroits où la précipitation de son travail le

SÜR SE N A RT ET SES MÉMOIRES. ix

rendait presque inintelligible. Mais aucun de ces cliangemens, qui ne portent en général que sur des mots, n’a fait perdre aux Mémoires de Sénart leur couleur originale : c’est toujours Sénart ; et, s’il vivait encore, peutêtre ne s’apercevrait- il pas lui-même des taches que l’on a enlevées. On s’est bien gardé surtout d’altérer son style , ce style révolutionnaire qui ne fait pas moins époque tlans nos mœurs que dans notre littérature. En effet, les compositions de ces temps funestes respirent toutes une fièvre d’opinions et un mélange de fureur et d’effroi dont nous sommes encore saisis. 11 est aisé de voir qu’on écrivait alors sous l’inspiration d’une pensée ardente , eu présence de toutes les passions soulevées, à la vue des échafauds , et , pour ainsi dire, les pieds dans le sang. Les anciens termes de notre langue ne suffisent plus à de si grands attentais ; il faut qu’on invente ces noms terribles de massacreurs et à’égorgeurs , tandis que les mots Ubertàcide et popu/icide viennent se placer d’eux-mêmes dans la bouche des fougueux ora-

X BOTICK sur senart et ses mémoires.

leurs de la Convention. Enfin un idiome nouveau se forme dans les comités révolutionnaires, qui seul attesterait la férocité des juges. S’agit-il d’envoyer des victimes à l’échafaud ? Ti rayons du rouge, dit celui-ci; oui , reprend un autre , célébrons la messe rouge : qu’au le mène au vasistas , s’écrie un troisième, en faisant allusion au fatal collier de la guillotine. Il n’est pas jusqu’à la prison même, et jusqu’à ses tortures, qui n’excitent d’odieuses plaisanteries ! Tout supplice alors était marqué du cachet d’un affreux bon mot. Mais c’est dans le livre même de Sénart qu’il faut chercher ces joies cruelles et les effrayantes peintures d’une ivresse de sang.

A. Dümesnjl.

TABLE

Page 1