CHAPITRE XIV
cependant on agissait en son nom. Héron employait cette voie pour faire guillotiner ceux dont il gardait les procès-verbaux par des motifs de pillage : tantôt il s’en allait en couard derrière chaque membre, il prenait l’instant où l’on était occupé à des rapports importans, et leur faisait signer des mandats que l’on croyait être le résultat de quelques rapports ou délibérations ; il y joignait alors ses faux mandats. Ainsi il surprenait des liasses de mandats de paiement, de mandats d arrêt , de mandat de traduction au tribunal révolutionnaire. De ces faits je l’ai vu convaincre par des représentans , par des secrétaires , et notamment par le secrétaire principal , Lochel. Je lui ai vu arracher des mains des mandats , les déchirer , lui faire des reproches sur tous les faits ci-dessus. Mais le comité de sûreté générale avait lui-même peur de Héron ; il n’osait l’exclure, sachant l’appui qu’il trouvait dans Robespierre; et , malgré la certitude de ses forfaits , il était craint même de Fouquier*
On doit sc rappeler qu’en ventôse an H, Robespierre fit rapporter un décret de la Convention nationale ? qui ordonnait son arrestation* Le comité de sûreté générale avait pris cependant , à cette epoque > des mesures contre ses subtilités; ce fut alors que Ton obligea les huissiers et secrétaires principaux , a faire eux- mêmes signer les ordres qui venaient du secrétariat ; qu'il leur fut
défendu de rien présenter en Liane ; qu'il leur fut enjoint d'exiger un reçu de celui à qui Ton remettrait l’ordre ou mandat; quTü fut fait un tableau où Ton inscrivait les porteurs d'ordres ou agens de comité , et qu'il leur fut enjoint de n'en remettre qu'à ceux-là; qu'il fut pris enfin des mesures pour l'arrestation de l'exécution des ordres. Souvent on épura ce tableau , mais Héron y faisait conserver , par intrigue, quelques-uns de ses satellites sus-nommés , et surtout Tout io, Peu à peu cependant le crédit de Héron tombait, mais il avait toujours un parti pour lui dans le comité; on le regardait comme indispensable pour la direction de sa troupe , pour les grands coups de main, les expéditions vives. H portait la terreur; il était Labile dans les découvertes; le système affreux de dévastai ion et de cruautéle faisait conserver. Un nommé Lamothe , homme de loi , était tombé daus ses griffes; il l'avait obligé et comme astreint à exécuter ses ordres. 11 le chargea d'un mandat, pour aller arrêter quelqu'un , et le traduire à la Conciergerie : Lamothe n accepta la mission que par force; il exécuta Fordrc, saisît l'individu, s’empara des papiers qu'il crut à peu près suspects, conduisit l'homme à la Conciergerie, et remît Fordre et les papiers à l'accusateur public. Héron , courroucé de ce que Lamothe ne lui avait pas remisa lui-même les papiers , privé du moyen par lequel il faisait ses vols et ses rapines , Héron,