CHAPITRE XIV
ou filles, étaient payes sur des sommes destinées par les deux comités à l'espionnage;
Cet essaim de brigands ainsi répandus dans les départemens, ou même employés à Paris, allaient porter partout la désolation ; ces scélérats avaient une habitude bien perfide dans leurs opérations , c’était de refuser tous les moyens de justification. Le monstre Héron ne se servait pas toujours, ni le plus souvent, des ordres expédiés par le comité lui-mème, qui, en ce cas, passaient par le secrétariat , niais de ceux qu’il demandait et surprenait. Il glissait souvent dans le mandat d’arrêt : (Jn tel sera arrêté, et toutes autres personnes trouvées suspectes chez lui. Ce fut par la latitude que donnait cette subtilité, qu’on augmentait le nombre des victimes, et que, par l’arbitraire le plus infâme, Héron arrêtait de tous eûtes à tort et à travers. Ainsi l’on multipliait les captures et le pillage , et souvent le comité ne trouvait ni le nom , ni l’arrêté relatif à une grande quantité de détenus. On n'avait pas l’habitude de remettre les mandats, ou bien on les substituait aux procès-verbaux d arrestation, que Ton supprimait pour s’attribuer les dépouilles, ou encore ou en remettait peu.
Fouquier-Tinville agissait de concert avec Héron ; il comprenait dans les conspirations de prison , ceux que Héron lui désignait; et dans certains cas, il se servait du mandat d’arrêt contre d’autres , q uoique détenus, cl Us devenaient alors les premières
Victimes* C étaient toujours ceux dont les procèsverbaux étaient supprimés à la suite du pillage ou du partage des dépouilles. Voila encore un des mystères inconnus sur les conspirations de prison.
Voici comment s’y prenait Héron pour surprendre des mandats d arrêt ou de traduction au t ribunal révolutionnaire* Tous ces mandats étaient préparés par Héron , écrits par son secrétaire Pillet, et le nom du porteur d ordre restait en blanc, ou simplement on mettait le porteur . Le nom de l'individu se trouvait éloigné de l’indication du domicile, et on laissait un intervalle, dans lequel, après les signatures , on inscrivait arbitrairement les noms des victimes ; ou bien il faisait expédier de très -grands ordres, joignait à chaque mandai des notes ou des dénonciations fabriquées c liez lui, ou quon lui apportait. 11 les relirait souvent après les signatures, et c’était mi moyen pour surprendre des mandats. Héron avait deux poches de côté où il mettait les mandats sûrs d un coté, et les mandats de surprise de 1 autre ; il
allait an secrétariat , il y prenait quelques ordres ou arrêtés qu’il présentait à la signature, et il J mêlait ses ordres douteux. Alors , par Ve flfet de U barbarie la plus atroce , il ne fallait que trois signatures pour arrêter , ou pour traduire au tribunal révolutionnaire ; il escroquait facilement ces trois signatures, et le comité n'avait ni connaissance des faits, ni pris de délibération; ainsi :