CHAPITRE XLV
u’osait pas demander, contre lui , au comité de sûreté générale, un ordre de traduction au tribunal, ni un mandat d’arrêt; il alla trouver Fouquier; il J ni dit que la liberté de Savart ne devait pas l’excepter de la liste de conspiration; enfin , il lui proposa de le faire traduire. Fouquier y consentit. Héron alors se chargea de le conduire à la Conciergerie. Savart , comme on Ta dit , était sur son départ; Héron le rencontra dans la rue, le fit dîner, et de-là le conduisit au cabinet de Fouquier, pour avoir un écrit de lui qui porterait que sa mise en liberté l’exceptait de la liste de conspiration. Sa* vart donna dans le piège, et le suivit. À peine entré dans le cabinet fatal , mieux désigné comme le comptoir de la boucherie , Savart est marqué, précipité dans la Conciergerie. Je réclamai , je promis de le défendre au tribunal, tandis que, d’un autre côté, le comité de sûreté générale me promettait lui-même un prompt examen.
Héron, au contraire, accusa Savart pendant qu’il promettait à ses parens de s’intéresser à lui. La loi du 22 prairial supprima les défenseurs officieux : je ne pouvais, plus défendre Savart ; je redoublai d’efforts auprès du comité de sûreté générale , j’obtins jour indiqué pour son affaire. Mais Héron craignit 1 explication; les séances du comité ne tenaient qu’au soir; il prit le devant, aüa trouver Fouquier qui le fit monter sur les banquettes, avec ce qu'on appelait la fournée; et le soir, Savart
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fut guillotiné. Que peut-on voir de plus atroce.* Quel monstre de perfidie et de cruauté! C était ainsi qu’il traitait ceux qui lui résistaient.
Un honnête citoyen , nommé Ducange 5 autant que je puis me le rappeler, qui d’ailleurs était agent national de l'administration des domaines nationaux, quej’aivu souvent, chez lequel] ai mangé et avec lequel j’eus occasion de parler secrètement de la barbarie de Héron, me révéla un attentat qu’il avait éprouvé de la part de ce monstre. Il s’était trouvé dans la compagnie de Héron ; ce dernier spécula sur lui; il chercha a s eu emparer; il l’atteignit, et l’asservit par la terreur. Un jour qu’ils avaient mange ensemble , apres s etre quittés sur des protestations d’amitié , Héron courut au comité le dénoncer, et demanda qu il fût traduit au tribunal révolutionnaire. Un membre s’y opposa : il fut mandé; on l’entendit ; il prouva son innocence et conserva sa liberté malgré Héron; mais il ne put se débarrasser de son asservissement dans l’exécution des ordres qu’il lui donnait, que parla fatalité d’une grande maladie qui lui survint aux yeux. Il ne dut son salut qu a un accident.
Un nommé Lapallu, que tous les patriotes re- ! commandaient, était en prison. Le comité avait chargé un membre de iaire son rapport , Héron lui-même avait reçu l’ordre de prendre , à l’instant, les réponses de Lapallu. Mais Héron n'en fil rien ; et, à l’insu du comité, il s’assura qu’il devait être