CHAPITRE XIV
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guillotiné- sous peu, par le moyen d’une liste de conspiration de prison. Les réponses attendues ne parvinrent pas, et la liberté, projetée par le comité, s’éloigna. Héron garda le silence, Lapallu fut guillotiné. Le reproche lui en fut fait devant moi au secrétariat du comité.
Jetais chargé, par le comité de sûreté générale, de faire un travail d’analyse > pour préparer le rapport sur l’affaire de Magon La Ballue, célèbre banquier, place Vendôme , en correspondance avec la Russie, l’Angleterre, l’Espagne, l’Allemagne et autres pays encore. Cette affaire avait connexité avec celle de Port-Malo, par suite 3e relations avec Lalaude-Magon , Magot i-Lablinaye de Saint-Malo. Il est inutile de donner le détail de cette affaire, je vais seulement rapporter un trait de la barbarie la plus féroce.
Héron vint me trouver dans le cabinet où je travaillais aux rapports; il me dit d’un ton mielleux : Je voudrais vous prier de me rendre un service important, vous le pouvez ; si vous faites ce que je vous demande, je vous remettrai à l’instant un effet de six cents livres, j’ajouterai un présent de trois mille livres, je vous paierai dix-huit cents livres, et vous ferai avoir une place fixe de dix mille livres. J’c'couLaî, mais avec indignation, toutes ces offres. Enfin, il terruiua sa proposition par m inviter à insérer dans mon rapport le nom de sa femme, afin de la faire guillotinei^Ma femme,
M-ÉMÜUtLti UE SÜ&ÀRT,
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disait ce monstre, est une conspiratrice ; elle est complice de Magon-Lablinaye. Elle est de Saint- Malo , cl le rapport , dont vous êtes charge, offre une occasion certaine que je ne retrouverai plus ; il faut mettre son nom dans le rapport. Quand ori glisse le nom de quelqu'un dans une grande affaire, cela va ; et, sur le nom désigne, on fait gui Hat iner : il suffit d*iudîquer le nom des complices; on fait Tappei, les têtes tombent, et pouf, pouf, ça va. Je lui répondis avec une gravité dédaigneuse ; Voire proposition est aussi ridicule que vos offres sont méprisables : on ne séduit personne pour faire le bien , une simple proposition suffit; maïs les offres, qui déterminent la séduction , ne peuvent avoir d'autre objet que le crime. Si votre femme était coupable, je la désignerais sans que Ton m’en priât; mais, dans toutes les pièces que j ai scrupuleusement examinées, il n’en est aucune qui indique votre femme, rien ne présente l’idée du soupçon : je méprise vos offres; j'ai en horreur VaUental que vous me proposez ! Il me pria alors de ne point le com promettre. Vous voulez que je rie parle pas de votre proposition , lui dis-je? Non, non , je ne garderai pas le silence sur les atrocités que vous avez commises dans cette affaire ; tenez , voilà les remarques que j'ai fai Les. Un de vos débiteurs aurait , d'après votre banqueroute , payé à vos créanciers; mais vous vouliez les frustrer de cette somme , vous eu aviez fait^une cession frauduleuse à un nommé
CIIAPITlIE \IV.
Tafaüret , sous Je nom duquel vous tenez votre loyer, vos meubles. Votre débiteur écrivit à Tabnrei relativement à celte créance; ol comme, pour Cacheter sd lettre, il s'était servi d’un cachet ayant pour empreinte un chevron brisé et une licorne , vous l’avez fait arrêter. Le mandai est écrit p.n votre secrétaire; il est joint à une dénonciation qui porte sur ce que l’on a fait usage d’un cachet à blason. C’est sur ces chiffons que vous avez privé de la liberté un malheureux citoyen, réclamé par toutes les autorités constituées et les sociétés populaires. Je lui fis ensuite l’exhibition du mandat , de la lettre et delà dénonciation , écrite par la même main qui avait fait le mandat ; il resta sans réplique.
1 euez , en voilà un autre que vous avez fait arrêter pour avoir écrit à quelqu’un qu’il envoyait îles tabatières à un représentant. Voici la dénonciation écrite par votre secrétaire , et voici la lettre.
En voilà un que vous avez fait arrêter sur la dénonciation qu’il avait une housse de cheval sur laquelle était brodée une fleur de lis. En effet, la housse f ut trouvée dans le fumier de l’écurie ; mais était-ce un crime * cette housse ne servait pas. La dénonciation est écrite de la main de votre secrétaire.
1 enez , en voilà quatre autres auxquels est applicable 1 amnistie qui fut prononcée en 1791; ils ne sont accusés de rien autre chose, et sont réclamés
MÉMOIRES DE SEXVftT*
par tous les citoyens témoins ée leur bonne conduitc.
Tenez, en voilà maintenant six arrêtés sur une simple dénonciation sortie de étiez vous , signée de votre domestique, sur le seul fait quils sont notoirement fédéralistes, sans autre désignation.
Tenez , voilà Primpain l’imprimeur , conduit aussi en prison pour avoir imprimé des arrêtés des représeutans du peuple.
Tenez , en voilà deux autres contre lesquels il n’y a ni mandat , ni dénonciation , ni pièce à charge; mais ü y a seulement des réclamations de leur commune, en marge desquelles est mis voir Héron, et plus bas est tracé au crayon néant. Vous avez donc employé quelque perfidie pour les faire périr. Depuis nombre de mois ces malheureux gémissent dans les fers; croyez-vous que je les livrerai l Il se leva et partit en manifestant autant de fureur qu’un ours affamé dans sa cage. Ses derniers mois furent: Nous vous retrouverons , monsieur de la faction des indulgens !
Je crus nécessaire, pour déjouer ces menaces, de prévenir Amar, membre du comité. Je lm portai mon analyse ; je le priai de me procurer toute latitude dans mon rapport , parce qu’il était temps de faire connaître à tout le comité ce dangereux confident. En effet, il me promit tout appui, et le soir je fis mon rapport. Je présentai les libertés de ceux que je ne croyais pas coupables,