‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 67 sur 190 · CHAPITRE XV. igy · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. igy

Robespierre avait proposé la fête à l’Étre-Suprême : pour la célébrer il se fil nommer président de la / Convention; une slatne couverte d’un voile représentait l'athéisme , et le président devait faire brûler le voile sous lequel on aurait vu paraître la statue de la sagesse. Robespierre fit or ûler le voile , mais la flamme noircit entièrement la statue , et la prétendue sagesse de Robespierre est restée terne , et lui-même est mort en prouvant qu’il avait manqué de sagesse. Cette noirceur qui s’attacha à la statue fut un mauvais présage : la fatalité sembla depuis poursuivre Robespierre qui vécut trop long-temps pour la honte de la Convention et le malheur des Français.

Le calendrier républicain donnait à chaque décade une dénomination particulière ; la première décadede thermidor de l’an I f était dédiée au malheur, et ce fut ce jour-là même que la chaîne du malheur fut rompue; que ceux qui étalent ou victimes du tyran, ou opprimés par lui, furent délivrés; la fête du malheur fut l’époque du triomphe des malheureux , et le jour ou le glaive national vengea le malheureux et frappa le tyran. Il voulut établir une religion : il feignait de combattre l’athéisme, et il le propageait en bouleversant les cultes, c’était un culte à lui qu’il voulait. Il devait faire briller la sagesse , mais il ne resta qu’une statue [, noircie par la fumée , symbole de la propre noirfs ceur de son cœur. La fête de l’Être-Suprême fut

la première pierre des fondemens du trûnc de Robespierre et le comble de l’illusion et de l’idolâtrie du peuple français qui s’enthousiasme de toutes les- nouveautés. Ce peuple allait lui-même applaudir aux jugemens de mort contre ceux qui avaient parlé mal de ce tyran"; il criait contre les fanatiques, et 'il avait une idole exclusive, une secte intolérante ; il immolait les hommes et les lui offrait en holocauste comme les payens sacrifiaient aux fausses divinités.

Le résidant à Genève, digne émule de Robespierre, aussi cruel que Marat, a marché sur les traces de ces tyrans, il a aussi répandu le sang et allumé les torches de la discorde : ce qui sera l’objet du chapitre suivant.

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