CHAPITRE XV IL
Malheurs de Bordeaux. — Oppressions, horreurs, cruautés , Barbarie: j persécutions exercées contre les citoyens de Bordeaux. — Famine , désolation h Bordeaux. — Hamas de brigands égorgeant, les citoyens de Bordeaux, — Désarmement , spoliation de la garde nationale de Bordeaux- — Armée et garde prétorienne du représcnlocmte , oppresseur de Bordeaux, — Dissolution de la réunion de la jeunesse de Bordeaux occupée aux travaux publies ; — Sa punition pour avoir travaillé pour les besoins du peuple pendant ia disette.
Le tyran représent ocratë annonçant le produit des travaux de la guillotine, — Taxes révolutionnaires, exactions, i: ou eussions. — Bureau tenu par la prostituée Cabanis pour vendre les mises en liberté cl les lettres de grâce. — Barbarie du représenter râlé qui lit placer, a Bordeaux, ta guillotine sous ses fenêtres, comptant les têtes Lombées et relies à tomber, — Prisons remplies de victimes entassées, “ Détenus réduits à coucher sur du fumier. — Détenus privés des aimions et des secours de Leur famille. — Détenus réduits à rester dans la boue. — Détenus privés de vête* mens, — Détenus auxquels on refuse jusqu’au recueil de leurs pièces justificatives et moyens de défense. — Accaparement, séquestres du numéraire par le représentocrate , a Bordeaux et aux environs, — Commerce détruit à Bordeaux.
— ÀrresLalron en masse des négocia us de Bordeaux. — Cuillutine permanente à Bordeaux.— Suspension des suites d' alfa Ires du commerce à Bordeaux par le représen tuera U\
— Propositions exécrables par le représentoerate , en harangue publique, d* arroser de sang les arbres de lu liberté.
— Loi agraire prédire et propagée par le représentoerutr
MEMOIRES DK SENAU T *
— Maximes abominables du représentocrute , affidées a Bordeaux , par lesquelles i) prétend que les vertus républicaines sont étrangères aux vertus de l'humanité. — Familles désolées et menacées de la mort par le tyrau pour avoir demandé justice* < — Arrêt de mort prononcé par le tyran , sans autres motifs que parce que le détenu était homme de loi* — Inconcevables et odieuses approbations de la conduite du représen toc rate à Bordeaux , félicité d’épurer militairement la génération de cette ville. — Char de triomphe traîné dans les rues de Bordeaux, et présentant à la vue du peuple le tyran r ep resent ocrât e , et à côté de lui une femme prostituée costumée en déesse à bonnet rouge.
— Le tyran représente crate montant dans les tribunes des sociétés populaires le sabre nu à la main , et prêchant la guerre du pauvre contre le riche. Acharnement du représen toc raie à poursuivre jusques à îa mort les députés du peuple qu'il appelait girondins, — Sommes dépensées, à cet effet , contre eux* — Supplice et mort méritée des ugens du tyran re présentera te, — Décision obscure et immorale du représentoerate , qui livre k des mains étrangères une jeune fille qu’il avait arrachée à ses parens. — Suite des malheurs de Bordeaux ; succession au trône du tyran d7un régent commissaire à brevet illimité. — - Ses opinions, ses expressions inhumaines et sanguinaires. — Ses déréglé mens. — Sa conduite; l’usage qu’il fait de ses pouvoirs. — Ses actes et ses fonctions.
C'est ici ^ à la suite du récit du despotisme de MM. les jacobins, de leurs émissaires extérieurs et des ultra-révol utionn aires, que Fon doit représenter Tallîen sous ses différentes faces* Il est indispensable de faire connaître ce caméléon politique; il
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esL temps de déjouer sa perfidie. Lecteur, rappelezvous que Desfieux , qui avait trempé dans la conspiration de l'étranger Bâte, disait le 2 frimaire an ü aux jacobins : Que si Tallien s’était décidé d’aller à Bordeaux , c'était sur son invitation et sur les renseignemens qu’il lui avait fournis*
Le système de l'étranger était d'allumer la guerre civile j de détruire le commerce, de dégoûter de la révolution. Eh bien! Tallien fa suivi à la lettre* Rappelez-vous ce que disait Desfieux sur le courage qu'il avait montré en dénonçant la faction girondine; n’oubliez pas les preuves que Desfieux a fournies , de sa correspondance à Bordeaux avec Tallien et autres; la lecture des lettres qu'il avait reçues et qu'il donna a la séance du 7 brumaire aux jacobins. Une de ces lettres ( du 19 octobre) porte : Que l'arrivée de Tallien â Bordeaux fut un jour de triomphe; que les prisons regorgeaient , mais que le tribunal qui s’établit fil bientôt faire de la place* La seconde ( du 24 octobre) donnait le détail des chants j des fêtes et des réjouissances dirigées par Tallinn 7 lorsque les têtes tombaient.
Une troisième et une quatrième lettres ( meme date) annonçaient des supplices multipliés; la mort de B i r o t e a n et d'a u tre s n o m ni es fédéra t is tes , les succès enfin el la permanence de îa guillotine à Bordeaux, Rappelez - vous que ce Desfieux lisait avec emphase la proclamation de Tallien à Bordeaux , dis 5 o vendémiaire an 11, portant rétablisse-
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meut d une commission militaire , et dont 1 article 2 exprimait que la commission était spécialement chargée de reconnaître l'identité des personnes niisevS en arrestation , et de les faire exécuter surle-champ; joignez à cela le grand discours de Baudot a la tribune des jacobins * le i3 brumaire de l'an II j dans lequel il rappelle de nouveau le triomphe de Tallien, en désignant les supplices et les morts. Je frémis au seul souvenir des éloges prodigués à Tallie», oui j'en frémis encore, quand je me rappelle que ce Baudot disait : Ta! lien va épurer la génération de Bordeaux , il me l*a promis ; tout s exerce militairement ; le sabre toujours levé imprime la terreur , et tout se fait au cri de vivent les jacobins b
11 u est pas encore temps de fixer voire opinion sur la différence de son langage actuel avec sa conduite d’alors; je vais vous transmettre les renseigne mens remis au comité de sûreté générale sur sa conduite à Bordeaux. Ils sont restes enfouis dans les cartons; mais j'ai promis de dévoiler ce que je savais et ce qu'on voulait taire.
Tallieri a désolé le commerce de Bordeaux ; il a , dans une seule nuit, fait arrêter tous les principaux négocions des grandes maisons ; il a séquestré leurs livres ^ leurs effets, leurs correspondances ; et pour entraver le commerce , jusque dans les plus petits détails ? il a, par un arrêté, suspendu leflet des condamnations pour fait de négoce :
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Pili ne pouvait mieux anéantir le commerce, el eu assurer !a destruction,
II a imposé une taxe révolutionnaire de cinq cent mille livres sur les détenus emprisonnés ; il établissait des amendes excessives.
liuvoyé eu mission a Bordeaux par Danton , Delacroix et Robespierre, pour en épurer la population, il le promit, récrivit positivement ; et, part! <Je Paris, se lixa à la Réole, à quinze lieues de Bordeaux ; là il prononçait la destitution et fempirisono eurent de tous ceux qui lui étaient désignes.
Ainsi , il frappait arbitrairement sans rien t *nlendre ni vérifier; il jure d'exterminer Bordeaux; et il le calomnie, l'accuse , le juge à la fois.
Il excita le peuple des environs a se soulever contre Bordeaux $ et il favorisa les insurrections, en les légitimant; sous prétexte des levées en masse , mais dans des vues iniques contre Bordeaux , il leva une nombreuse armée révolutionnaire -qui lui servit et d'exécuteur de ses arrêts et édits , et de garde prétorien ne.
Pour exciter la malveillance contre Bordeaux et des troubles dans cette commune, il publia que la ville était suffisamment et pour long-temps approvisionnée de subsistances, à l'instant même où les citoyens étaient réduits aux petites rations. Ils supportaient avec courage la privation ( ruelle des objets de première nécessité, el Tallien prétendait qu ils en aval eu! en suffisance, et sous ce prétexte
MÉMOIRES DE 5ENA.EVT.
il détournait l'arrivage des subsistances a Bordeaux,
Déjà la guerre civile s'allumait; les commissaires de la commune de Bordeaux, envoyés pour approvisionnement à Barbezieux , furent outragés et faillirent même à être massacrés; mais la commune de Bordeaux * souffrante > prouva la fausseté et la malveillance des prétextes dont il avait coloré l'arrestation des subsistances , et il fut convaincu de perfidie. Ta 11 i en ne s'arrêta pas là ; il donna comme bonnes denrées à Bordeaux des matières fétides, mêlées de paille, d'herbes ligneuses, et accusa comme séditieuses les représentations à cet égard : des commissaires furent nommés, et il lut encore convaincu d'oppression.
Des jeunes gens sc réunissaient pour travailler à la réparation des moulins, et s’y occupaient utilement , et gratuitement ; il les traita pour cela de séditieux , et les dispersa. Il employait le ministère dVm certain boulanger pour diriger les subsistances , et il osa même établir le boulanger un des juges de la commission militaire. Ce boulanger a, d'après le rapport de Tallîen, été guillotiné pour fait de vol.
Tandis qu’on réduisait le peuple de Bordeaux à la misère en ne faisant des distributions que deux fois par semaine , et chaque distribution a étant que de quatre onces de pain, cinq onces de riz ou de châtaigne , lui Tallien affectait la somptuosité d’un potentat : on fabriquait pour lui du pain aussi