‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 74 sur 190 · CHAPITRE XVII. 21 î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. 21 î

Il osait intitulei’ son journal Y Ami des arts, et il avait dit à une femme : Que son mari serait guillotiné, parce qu’il était tomme de loi ; et il le fut. Ce journal portait encore le titre de Y Ami du commerce , et il eu fut le destructeur. Tallien osait écrire sur les crimes de Carrier, de Fouquier-Tinviile , de Robespierre, de Collol et de Billaud; il avait en cela raison, car il fut d’abord leur complice, et bientôt poussa jusqu’au raffinement les supplices et la barbarie, et se rendit au moins aussi exécrable qu’eux : et c'est cet homme qui , aujourd’hui et depuis le 9 thermidor, parle de vertu, de justice...

Tallien est semblable au poisson qui noircit l’eau quand il fuit : il était l’agent confidentiel du comité de saint public et n’a pas rougi de laisser établir

la défense de M . qui , par honte du nom qu’il

portait, a pris celui de F .

Tallien fut épouvanté par les jacobins. 11 voulait assurer son existence et n’ètre ni pendu par les royalistes , ni guillotiné par les terroristes ; cependant il méritait un châtiment de la part des uns et des autres. Suspendons un instant l’examen de ses crimes : je prouverai qu il était le correspondant des ennemis intérieurs et extérieurs de la France qui 1 eussent puni comme un traître après la réussite du complot.

Je ne dirai pas qu’il fut traître à l’égard des patriotes, car en examinant sa conduite révolutionnaire , on est aisément convaincu qu’il n’a rien pu

faire de plus pour avilir la révolution, pour déchirer le sein de la patrie , et qu'il a en tout exécuté le système désorganisa te ur de Pitt. On ne doute pas que les ullra-révoluLionnaires lui fussent affidés, et aussi indispensables que les conspirateurs secrets et les conspirateurs armés.

Taîlien ne peut nier, et d’ailleurs il est notoire, qu’il a publiquement parlé en faveur de Pitt et de Cobourg; qu i! a défendu les ministres des ennemis coalisés; qu’il a excité à licencier nos troupes; qu'il a semé des germes d’insurrection. U a prétendu et écrit que la cberlé des denrées avait pour cause la guerre, insinuant des propositions honteuses, et accusant les comités de la disette, et de l’état de nos finances , quaud il fut seul l’auteur et l’exécuteur de ces malheurs. Rappelons-nous, en passant, qu’il était intéressé à la mort de certains membres des comités , et d’autres de ses collègues, pour enfouir jusqu’à l'idée de la preuve de ses forfaits. Il ne faut pas oublier non plus l’affreux ridicule dont il s’est couvert , lorsqu’il a osé publiquement attaquer la dénonciation d’un représentant du peuple sur le complot de rétablir un roi en France. Il croyait , en renversant Robespierre et le comité de salut public , anéantir les preuves de ses crimes, mais il a découvert lui-même qu’il y eu avait autant au comité de sûreté générale , et dès-lors il intrigua pour en renverser les membres. II a poussé plus loin les effets de la crainte , car non-seulement

Page 1