CHAPITRE XVJII
sonville, et que j’ai vu entre les mains de ce dernier,
II ne faut pas perdre de vue que ce Du monceau qui , après le 9 thermidor , devint un des hommes de confiance du comité , avait aussi > lui ^ intérêt d'éloigner d Ossonville dont il craignait la présence et les révélations. D’üsson ville m'a dit qu’il l’avait chassé d’auprès de lui pour cause de délits et d'infidélités y et notamment pour avoir dévoilé a Tallien les dénonciations qu’il savait être portées contre lui j Tallien , au comité de sûreté générale , ainsi que l’ordre de ce comité pour le surveiller; et pour être allé prévenir Robespierre, son camarade d é- Ludes, de ce qu’il savait se passer a son égard au comité de sûreté générale : que cet homme était fourbe, perfide et dangereux!
Tallien était le protecteur de Dumonceau, et Tallien , qui avait juré la perte de d’Ossonville , n’a pas dédaigné les manœuvres de Dumonceau ; Tallieti osa même encore employer un nommé Dulac- Ce Dulac, habitué des prisons de Paris, y ayant figuré comme complice dans des procédures pour émission de faux assignats , et qui ne doit son existence qu’à un brevet de folie que lui délivra le jury du tribunal , avait encore roulé les prisons à l’occasion d’un différend qu’il eut dans un café avec un certain fripier, lequel lui reprochait et l’avait convaincu de lui avoir escroqué une somme de trois mille livres; événement remarquable par
1 arbitraire de 1 officier de police qui envoya eu prison avec Dulac le maître du café, qui" avait apaisé la querelle. Dulac eut la bassesse d'escroquer, à la Force, uue modique somme de six livres au citoyen Lain ville , défenseur officieux, qui s’employa pour lui rendre la liberté. Lainvilie, au lieu de recevoir des émolumens de la part de Dulac , na rien exigé pour ses démarches , et est resté créancier de six livres; et Dulac sou débiteur a eu l infamie de devenir le calomniateur de Lainville. Dulac était deLenu à la Conciergerie, non pas pour faits révolutionnaires, niais pour une autre acqgsatÎQa. Lainvilie soulageait quelques victimes de la tyrannie, et Lainvilie, sous le poids de cette dénonciation , fut incarcéré pendant quatorze mois. Dulac , après le 9 thermidor , a rempli le poste de mouchard dans les maisons d’arrêt, à celle dite des Orties, et à la maison de santé d’Esuos ou autrement Mont-Prin , rue Kotre-Dames-des-CLarnps. C'est de cette dernière maison, surtout, qu’il correspondait avec Tallien ; ce que TaJlien lui-même a déclaré , en avouant ses intelligences avec Dulac dans les maisons d’arrêt, et en cherchant à se disculper des faits qu’ou lui imputait. Tallien s’en servit pour commettre une scélératesse : comme il savait que ses crimes étaient connus de ***, envoyé en mission à Bordeaux, cl en ce moment détenu dans cette maison d’Esnos, il plaça auprès de lui ce même Dulac pour l'espionner.
CÜÀl'IT HE XVlii.
La preuve de ce fait , cest que ce Dulac devait être traité comme détenu , et que pourtant sou mandat était particulier , conçu d'une manière différente, et portait, non pas l’ordre d arrêt, mais ces mots ; Le gardien de la maison d’Esnos recevra le citojren Dulac ; sans aucune autre expression. Ce mandat n'est ni un mandat d'amener , ni un mandat d arrêt, et Dulac ne fut amené ni conduit par personne, mais il remit lui-même le mandat* Dulac faisait entrer dans sa chambre , au centre de la maison, femmes, filles, hommes, étrangers, h différentes heures , et leur donnait des repas. On ne pouvait tolérer cela des détenus * la loi ne permettait pas ce L te introduction dans l'intérieur, il y avait contravention aux réglemens. Un certain Lemaire, Suisse , surnommé Barbiche, venait soir et matin , et colportait les rapports de Dulac ; ce même Lemaire était aussi eu observation dans les cafés. Dulac affecta du patriotisme , flatta ***, et profita d/un moment de distraction pour lui voler un papier contenant quelques réflexions sur l'arbitraire des détentions et sur les abus du gouvernement. 11 croyait avoir fait une bonue capture j ïalheu espérait qu’avec celte pièce il ferait guillotiner ***, à la perte duquel il était intéressé. Il appela donc sur ce papier ratteatiou du comité de sûreLe générale, mais vain espoir! il fut constaté et reconnu que cet écrit n'était point de ***, mais d’une autre écriture; que e était (exprès-
HÉMOIKUS l)K SEKAftT .
sion de ta pensée d'un autre détenu rais eu liberté sur un fait particulier, et arrêté de nouveau pour te même sujet, Tailien employa au comité de sûreté générale ce Dulac dont le rôle était d'établir des équivoques contre d’Gssonvilîe , et d’empêcher qu'il ne fût mis en liberté. Il est une remarque bien singulière , c’est que Tailien et Dulac craignirent également d’Ossoe ville* Dulac avait su, par intrigue, s’introduire auprès de d’Ossonville , et il était employé et payé par d'Ossonviïle pour être observateur; Tailien était, dans la force du terme, un mouchard , et avait plusieurs fois proposé à d’Ossonvüle de lui faire prendre des représentai qui étaient hors la loi, et notamment le représentant Kervelégan dont il lui avait indiqué la retraite, les relations, les habitudes et l'existence dans une foret près de Brest. D’Ossonville avait refusé. Cela n’est point dans ma mission , dit-il , je ne ferai jamais rien pour causer la perte de personne; je veillerai sur ceux que la loi n'ordonne pas de juger ni d'entendre, et encore mieux sur ceux mis hors la loi pour des opinions dont l’intérêt public exige la libre manifestation, Dulac menaça , sur ce refus, de dénoncer d'Ossonville , el en effet il le dénonça au comité de sûreté générale ; mais il échoua parce que d’Ossonvîlle répondit : « Je courais la poste, » j’allais à mie mission secrète; j'avais pris Dulac n avec moi pour m’en servir comme dun reeors; » je ne pouvais sans danger différer mon arrivée ;
CKAPJTftK XVI IL
» déjà je m’étais repenti d’avoir employé Dulac, et n je regardai sa proposition comme une perfidie et » mi moyen de retard, » D’OssonvilIe conserve encore la lettre d’invitation de Dulac, portant indice de la retraite de Kervelégan , contenant l’offre d’aller trouver Kervelégan qu’il connaissait, dont il se disait Fanai , et de ramener dans les mains de d’Ossonville sous le titre d’ami* Cette exécrable proposition est dans un écrit que conserve d’Ossonville , pour faire connaître Dulac : cette pièce que j’ai vue , lue et tenue, est une preuve de la perfidie de ce monstre qui offrait d’aller prendre un homme , sous le titre d’ami, et de l’égorger en l’appelant de ce nom. Et cependant aujourd’hui Dulac va voir Kervelégan , se dît son ami , et le prie de s’opposer à la mise en liberté de d’Osson ville. Voilà ce Dulac, digne ami de Tallieu avec qui il est en relation, et dont il est l’homme aposté. Après le 9 thermidor, il ne parlait que par lui , ne jurait que par lui : craignant que d’Osson ville ne Feût présenté tel qu’il était, il travaillait, dans ses intérêts et ceux de ses complices, à la perte de d’Qssonville, Un jour Dulac courut dire au comité : u D’Ossonville a profité n d’une erreur* il est sorti, quel malheur! cet » hommedà est à craindre : » et déjà il était chargé d’un nouveau mandat, lorsqu’il fut attesté et reconnu que d’Ossonville était encore sous les verroux. Ce Dulac, qui avait été détenu pour cause