‹ Révélations puisées dans les cartons des comités de salut public et de sureté générale, ou, Mémoires (inédits) de Senart, agent du gouvernement révolutionnaire (volume 2)Chapitre 92 sur 190 · CHAPITRES XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRES XIX

Bourdon ; que les témoins balbutiaient; que la défense des accusés paraissant d’un certain poids, le president fit un signe , et que la défense fut restreinte; que leur mort n’a rien offert de remarquable , seulement des protestations d’innocence. Je ne rappellerai pas ce qu’on a souvent répété sur la lâcheté el le cagotisme de Custine. Un autre tableau sur le jugement et la mort de la belle-mère de Péliou indique les murmures et l’improbation de l’auditoire à la condamnation, et que l’arrêt ne fut pas étouffé du reste par les huées des habitués et habituées. Le rapport des mêmes observateurs constatait que, lors de la mort de Corsas, il y avait des paris qu’on ne le laisserait pas mourir, parce qu’il était député , par respect pour la représentation ualionale. Les uns disaient : Tl rt’a pas commis de délit : d’autres disaient : Voilà une pierre ôtée, on démolira le mur.

A l’égard d’Antoinette, veuve Capet, le rapport ne contenait que ce qui a été transmis par les écrits publics, q u 'Antoinette avait montré beaucoup de courage et de fermeté ; mais le tableau indiquait la présence de Vadier, d’Amar , de Vouland, de Moïse-Bayle au jugement, à côté de l'accusateur public; l’air de mépris d’ Antoinette à l’imputation d'inceste que lui fit Hébert. Le tableau du lendemain rapportait les expressions de quelques défenseurs officieux hors l’auditoire, dans la salle des pasperdus, sur l’incarcération de leurs confrères pour

MEMOIRES DF. SEÎIAItT.

l’avoir défendue, et ce, par l’ordre de Vadier et Vouland, encore que ces défenseurs y eussent été contraints par le tribunal. Outre ce que les papiers publics ont raconté dans le jugement des vingt-un députés relativement à leur courage, et que je ne répéterai pas, parce que cela est connu , j’ajouterai que le tableau d’observations rapportait que la majorité de l’auditoire était pour eux : que l’on blâma la sévérité avec laquelle on les traitait; que , lors de leur exécution beaucoup de personnes parlaient ouvertement pour eux , et que quelques-uns disaient : Mais ceux-là veulent aussi la république, ils ont peut-être raison ; que l’un des vingt - deux dit, en montant à l’écliafaud : De mes persécuteurs le peuple fera justice.

Une remarque importante sur le jugement de Marie-Olympe Degouges, femme de lettres, c’est que, si le tribunal n’eût rétréci sa défense, et ne l’eût comme obscurcie, elle avait disposé en sa faveur l’auditoire, et confondu le tribunal. Et sur le jugement de d’Orléans et sa mort, outre ce que les papiers publics oui transmis, et peut-être différemment que la tradition , le tableau de l’observateur portait que le peuple unanimement prononçait, jusqu’après l’exécution, les imprécations les plus outrageantes contre d’Orléans. Je regrette que ma mémoire ne me rappelle pas suffisamment toutes les particularités du jugement et de la mort de Marie Phlippon, femme Roland; mais je uai pas oublié que le Lableau

Page 1