CHAPITRE XIX
de sûreté générale par d’Ossonville , commissaire secret du comité, portant que Fouquier, Dumas, Reuaudin et quelques autres jurés , réunis à un certain dîner , s’entre-féliciLaient sur le nombre des têtes qui tombaient. Au dessert Dumas avait dit : Ce Méot est plaisant à son fourneau ; il serait curieux de l’envoyer chercher un matin , avec son tablier, de le faire monter sur les gradins, et de le faire guillotiner tout de suite. Ce serait pour le coup la fricassée du fricasseur. Reuaudin ajouta : Il faut le mettre dans une fournée, le lendemain d’une décade ; n’étant pas de ses juges, je viendrai dîner chez lui pour rire. D’Ossonville observa que cet avertissement pressait : Dumas et Renaudin furent mandés au comité de sûreté générale, et ne purent pas nier, mais n’avouèrent pas ces propos. Le comité les prévint qu’il était à craindre que cela ne transpirât , et leur fit des représentations. Voilà, lecteur, un de ces traits qui caractérisent la férocité de ces monstres!
Je me rappelle quelques notes de ces tableaux d’observations, et je vais vous les transmettre. Il ma souvient d'avoir remarqué que ce fut vers le moi! de juillet 1795 que ces observations avaient été faites. Celle qui fixa la première mon attention était relative à Charlotte Corday ; elle donnait des instructions au tribunal, et présentait la sévérité comme nécessaire; mais ce fut en vain qu’on l’employa pour arracher un signe de repentir à l’ac-
MÉMOIRES T1E SEÈART*
cnsée qui semblait jouer un personnage , et avait l'air grave et majestueux. L’auditoire était comme en presse, son apparition flatta les uns et sensibi- (isa les autres j les premiers mots de l’auditoire roulèrent sur sa beauté; chacun discourait: plusieurs disaient : C’est grand dommage; les habitués et habituées criaient Contré elle fet la btiaient. L’acensée soutenait fermement n'avoir pas de complice; elle retraça dans tous ses détails son projet d’assassiner Marat, et semblait encore en ressentir de la satisfaction; elle l’accuSaît de tyrannie, et s’élevait contre la révolution : elle ne varia dans aucune réponse. Son défenseur semblait être fort gêné par la présence de Legendre èt de Chabot , qui étaient placés dè manière à le suivre. L’opinion à son égard s’est soutenue , et l’on disait , avant comme après sa mort : Quel courage ! quelle beauté! c’est dommage : les habitués et habituées de l’auditoire criaient seuls contre elle; il semblait qu’elle obtint des regrets. Les derniers mois qu’elle a prononcés comme ou l'attachait sur la bascule , sont : peuple aveugle , tu es assez lâche pour adorer tes Myrans.
J’ai encore particulièrement remarqué que l’observateur, lors du jugement des individus accusés d’atlentat contre Léonard Bourdon, rapportait que les habitués et habituées de l'anditoirè criaient et huaient, etqne l’auditoire semblait, en majorité, plaindre les accusés , et donner tort à Léonard