CHAPITRE II. l
posait à leur départ pour Paris ou Versailles. Le . sang allait couler de part et d autre ; Fournîer , par son intelligence y apaisa tout, et on lui confia en6n^ sur des promesses de loyauté , les malheureuses victimes. Le convoi partit.
Lorsque lonfut arrivé à lerabranchement de la roule de Versailles, le commandant ne put être maître de sa troupe; une partie conduisit les effets des détenus à Paris, tandis que le reste prit avec \û convoi des prisonniers la route de Versailles. Fournier, jugeant que sa présence serait nécessaire à Versailles, précéda sa troupe , et fut prendre quelques précautions. Il amena au-^devant du convoi \e département, le district et La municipalité. Ces trois corps s'étaient crus ^uffisans pour déterminer la confiance et prévenir tous lep accidens* Cepertdant Danton avait donné un ordre secret, mais; écrit , qui fut remis par Tallien à Grammont et dî- 1 vulgué ensuite par ce dernier qui en était dépositaire, pour que le massacre ne fût fait q|i'à Versailles. Il avait disposé les postes : il savourait d avance le sang qu'il devait faire couler, et spéculait • sur les dépouilles que l'on allait ravir ; -bagues , porte-feuilles, bijoux, tout était un objet de cupi*dilé. Alors le convoi s'avance j les égorgeurs se présentent, le mot est donné aux conducteurs, les victimes passent rapidement la grille de l'Orangerie 'j celte grille est aussitôt fermée sur les détenus qui sont livrés aux assassins apostés. On pi'écipité
l6 MÉMOIRES DE SENART,
Fournier, commandai\t , de dessus son cheval , on le terrasse. Une partie de sa troupe le dégageai l'autre veut forcer la grille , et pendant ce t^mpslà les victimes e'iaîent égorgées sous les yeux du peuple, sous les yeux de la troupe. Le peuple crie vengeance, les corps constitués réclament force à la loi : les grilles s'enfoncent, les égor-^ geurs font retraite et s'éclipsent par des moyens préparés. Héron, leur chef, les ramène à Parisu Danton dispose de la loi; le crime reste imputti. Tallien , commissaire confident, prépare dès-lors une vengeance contre Fournier dont il n'avait pu disposer à son gré.
Les brîgisinds égorgeiirs avaient pillé des montres, des porte-feuilles et divers bijoux. L'un d'eux avait coupé une main , ne pouvant en arracher, deux bagues de diamans, et l'avait mise dans sa poche; un autre la lui^vola, et après avoir coupé les doigls qui portaient les bagues, la remit dans la poche où il l'avait prise. Le surplus des efiels, et. ce. que l'on n'avait pas eu le lemps d'emporter^ fut soigneusement recueilli par les corps administratifs de Versailles. Mais la municipalité de Paris ' ayant été , sans raison , indiquée par de lâches émissaires, comme pourvue d'une certaine autorité à cet égard, on lui renvoya toutes les dépouilles des victimes. ,
, Alors le fameux M qui, sous le nom
àe F.., , a écrit le journal de Tallien après
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le ^' thëritaidor ^ éuit Tun des secrétaires commis de £a muaicif^aité^ dé Paris et râssbcié deTallîeti. Orf ràvàit aUssî' iàtércssé dans le casuel ; et leé effets vénuiâ dWMans , et ceut hiâme des vîbtîmes , re^eâ dés dé][)0uîlles du massacre dé Vé^sailled , étaient une partie^ ou même lé principal objet du casaelé Ofty comment remplir les vides dé ce que hé àn^ toritéscbustituëels d'Orléans et dé Versailles avaient constate exister et ehvoyé à Paris? On imagina d*àccus(ér Fournier lûî-mêihe dé soùstrabtionis y et Ton suï^prtt un mandât d'afrrét contre Itii. Le coup n était ^asnAatadiroît : Fôiirnier arrêté, plongé dânsl lirie maiison dVrrêl,' égbi^gé ensuite , n'aurait pu donner Ibs' explications néceissaîres ,' et il eût été accusé de éé vol. tes'vtàîs volèilrs pi'ovoquàient sbn arrestation et méditaient sa mort;' niaîé le Complot fui déjoué, le mandat d'atrét ne put être exécute. Foûitiier vint à labaï*ré de la municipalité, eri séance publique , prouva' le faux de rîhcùlphtibn, fît reconnaître que le tout était pia'rvéhtf à Ih îhUnîcipalîté dé Paris, et dieJÎicliitrd quil n'àVait tbdché a rien, qu'il n'était point coupable. Fournîèr fut p.pplaudi, M.... fût dévoilé, TailHèn rtsta derrière le rideau.
Le mandat d^arrêt fut f apporté. Fôufriîef <iônservâ sa liberté, mais il resta en btiftë àùx'côtU^ plices de la faction d'OrléanS' qui le dériotiçà , mà'îi en vaîd, sur d^autrès^ îniposlurés, d:ân^ le^ j6ùVnaux de IVlarat. Cependant, a TAss^emlilee natîit-
î8 TVItMOIRES DF. SENAKt. ';
nale, Maral nV)sa les souleîiir en face : Fournier fut justifié par uq décret , et iadiqué comme témoin nécessaire dans une affaire majeure. Il conserva sa liberté^ mais on ne l'appela point en témoignage, et l'affaire fut terminée sans lui, par ' une manœuvre de la faction.
. Bourdon de TOise avait aussi, lui, tout fait pouc le perdre , par souvenir de ce qu'il l'avait contrarié et dévoilé dans ses projets liberticides et orléanistes. La faction, en conséquence, surprit un mandat d'arrêt; on incarcéra Fournier sans motifs; et il demeura dans les fers pendant quinze mois. , Malgré la barbarie de Bourdon de l'Oise, qui avait déchiré sa mise en liberté plusieurs fois , et aussi souvent que le comité de sûreté générale l'avait signée, il a recouvré sa liberté dont ses ennemis, il est vrai, ne l'ont pas laissé jpuir long-temps. La faction l'a de nouveau plongé dans les prisons où il est encore depuis cinq mois et plus. A l'époque où j'écris, sans doute on ne peut méconnaître les causes de la persécution qu'il endure; les pièces déposées au comité de sûreté générale , relatives au massacre des prisonniers d'Orléans, caractérisent, la complicité de Bourdon et de Barras. *
. Lecteur, réfléchissez sur cet événement et ses suites? Voilà ce que mes travaux m'ont fait décou-* . vrir dans les cartons du comité de sûreté générale, voilà les infamies qu'ils recèlent , voilà ce que m'a confirmé une explication donnée par l'infortuné i
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Fournier luî-niêtne. Ici commencent les renseigne- «nens sur cette conduite criminelle de Héron qui lui a valu rentrjee au comité de sûreté générale > comme chef de la horde des assassins ; là commencèrent ses exploits dans là révolution. Alors il reçut le Sceau dont l'empreinte le désigne à l'opprobre. C'est à ce titre que cet être vil croyait avoir mérité la place de ministre de la marine ^ qu'il se flatta d'obtenii^ jusqu'à l'instant de son arrestations Je laisse au lecteur lui-même à pronon-^ cer sur l'atrocité de ce massacre^ et sur la bassesse du complot formé pour arracher les dépouilles des victimes; enfin sur la noirceur de l'acctisalioii portée contre Fdiurhier^isurses causes^ ses motifs^ et la persécution qu'il .ne cesse d'essuyer. Com--' bien est funeste l'impunité dont jouissent encore les coupables I et parce que Héron ^ le loup-cer-" vier du comité^ était implique dans rajBTaire du massacre, fallait-il faire disparaître la preuve de tant de crimes ?
aO ViMOULES DB SBMART.