CHAPITRE Vil
meosoDge : il peut être démenti par le citoyen Trachon qui était alors membre de la commune. Truchon était allé h la Force de son propre mouvement^ ne participant pas à ce complot. Il crut de son devoir d'y aller pour opposer quelque défense^ et prendre des précautions ; mais il fut mal payé de son zèle, et pensa être immolé. Les chefs des égorgeurs, qui savaient bien qu'il ne faisait pas partie du complot, l'eussent tué sans des gen-> darmes qui le sauvèrent et le cachèrent. Ce fut pourtant en cette situation qu'il trouva encore le moyen de sauver quelques victimes. Secondé par le^ gendarmes , il parvint k délivrer entre autres la femme Saint-Brice et la femme Tourzel. Il leur donna le bras , les conduisit , et c'est à lui seul qu'elles durent la ^ie , et non à Tallien qui n'avait pas été a la Force. C'est ainsi qu'elles s'en sont expliquées par une lettre adressée à lui Truchon , et suffisante pour démentir Tallien. Son acte de bienfaisance n'était qu'en paroles, Truchon seul en avait le mérite : Truchon fut reconnu seul bienfaiteur, Tallien en a usurpé le titre.
Que Tallien, pour les tromper, leur ait persuadé que Truchon avait agi sur son invitation , ou d'après les moyens qu'il lui avait donnés; et que , par une complaisance ou reconnaissance mal entendue, l'une d'elles se soit abandonnée à sa luxure , ce dont Tallien s'est fait un odieux mérite , et que son impudeur l'empêche de rougir tant du
4a MEMOIRES DB SE0ART.
meneange par lequel il veut urarper le tUre de bienfaîtear, que du vice doai il fait étalage, Tru-^ chon peut opposer la preuve que Tallien n'a au^ <tanement participe à sauver ces femmes» Des écrita confirment le démenti qu'il pettt en recevoir; partout Tallien est démontré menteur^ partout coupable; et c'est pourtant alors qu'ail perle humanité* Ë!) vain fait-il publier sa défense par son satellite, M». *.•...•. qui, rougissant de son nom par les souvenirs qu'il rappelait, a pris le nom de
F .!Que Tallien dise qu'il a été à la barre
de l'Assemblée nationale dénoncer ces événemens f eomme organe ministériel de la commune de Paris, dont il était secrétaire , toujours est^il qu'il n'a pas été dire publiquement à cette barre, quft le massacre n'était point un éi^énemerU fortuit , mais qu'il résultait d'un noir complot, ourdi à ladministration de police , à son vu, à son gré, et auquel il n'était pas étranger, puisqu'il avait écrit et travaillé pour son exécution. Cependant il est suffisamment démontré que ce massacre n'était point ua événement de circonstance , mais bien un horrible complot dévoilé par les pièces que j'indique* Si ce n^eùt point été un complot , à quoi bon ces précautions et ces ordres ? Or, n'estai! pas bien caractérisé par les sanguinaires circulaires écrites par Marat et ses collègues, pour inviter les départe* mens à de pareilles horreurs, et par la conduite de Legiendre et de Manuel?
CfliPITitE VII, 4^
Si 5 dfins k dessein de se préparer un bouèîîer défensifi U conjuration a mis quelqu'un en avant pour disposer les palliaiifis^ aurait-elle envoyé un autre qu'on conjuré? et pouvail^^elle employer un autre agent qu'un complice? Le titre de secrétaire de la commune n'élait pas exclusif de la compli*cité 9 au contraire c'était une cause de présomp-* tion. Si Tallien^ secrétaire y n'eût pas été reconnu l'orateur nécessaire ^ eût-il été employé? Enfin s'il n'eût été dévoué à ce crime ^ il n'eût cherché ni à le <léfendre, ni à le cacher. Eh bien I il en résulte que Tallien était de cette faction liberticide , et qu'il en était l'agent et le secrétaire. Celte faction pouvait-^elle donc employer quelqu'un qui ne fût pas dans le secret ? Se serait-elle exposée à rencontre)^ une opposition? Ainsi Tallien n'a perdu aucune occasion pour servir les ennemis de la France et de l'humanité; les pièces matérielles ne l'ont que trop prouvé.
Pourquoi cent qui ont écrit sur les massacres de septembre ont-ils omis un fait essentiel : qu'un attroupement dirigé et formé par un nommé Gardembas> dit Casque » a voulu égorger la famille de Bourbon 9 détenue eu Tenifde? Pourquoi n'avoir pas dit que Gardembas , dit Casque y ayant reçu une niission particulière pour assassiner toute cette famille y la mèm^ mi^ian fut encçre donnée par une autref section^ de la faction d'Orléans^ qu'il sa-^ vait la complicité de la municipalité de Paris ^ et
qu'il s*y adressa en séance publique pour faire legaliser le massacre des prisonniers du Temple ?
Retou y un des chefs des égorgeurs ^ avait l'ordre spécial de s'emparer du nommé Thierry Ville-d'Avray, frère de Thierry qui restait avec Gapet. 11 partit avec six cents assassins qui étaient , comme tous les scélérats, forts de leur nombre; et pour assassiner un seul homme, ils se réunirent six cents. Ils le trouvèrent caché sous un tas de charbon y k côté d'un fourneau ; ils amenèrent la victime à la municipalité de Paris qui les paya. Thierry y resta jusqu'à dix heures du soir, ensuite on le conduisit à l'Abbaye , et sur les trois heures du matin, dans la même nuit, on l'en fit sortir et on l'assassina.
Pourquoi a-t*on encore omis un autre fait non moins cruel? Quelques égorgeurs ^ ayant aperçu à la Force la princesse Lamballe, la reconnurent pour la. belle-sœur du roi des meurtriers , le duc d'Orléans. Déjà elle avait passé la porte comme libre, lorsque, par malheur, survient un 'chef égorgeury qui, la reconnaissant d'abord, se rappelle que le roi des assommeurs a donné Tordre de tuer et d'immoler à sa cupidité sa faible sœur. Il la fit rentrer, et mettant la main sur la tête de la victime, il dit : « Camarades , cette pelote doit être » dévidée. » Cela suffit et elle fut tuée. On lui prit la têle par les cheveux, et, par un genre de cruauté encore inouï, on lui passa un sabre dans le cou,
v CHAPITRE Yll. 4^
et on le scia pour séparer la téte.^Chaeun^ alors^ se disputant Thonneur de servir les intentions du roi des assassins^ coeipa un morceau de son corps; sa tête fut attachée à une grille ^ en attendant qu'on la portât au roi des assassins qui y en la recevant , paya généreusement. Son cœur fut arraché^ et un monstre, par un raffinement de barbarie la plus révoltante, lui enleva les parties génitales , et les appliqua sur la garde de son sabre. Ce barbare égorgeur en fit parade pendant et après les massacres. Sar ce trait inoui chez les sauvages même , le nommé Mamin , peut donner des renséignemens certains; il fut lami et le protégé de Tallien , mais celui-ci a cherché à s en débarrasser en l'accusant d'attentat contre lui.
Pourquoi les écrivains ont^iis donc omis aussi que la faction meurtrière avait compris dans sa proscription l'ex-ministre Roland; que deux cents assassins allèrent chez lui les habits et les mains ensanglantés , les manches retroussées et couvertes de sang caillé, les massues ou assommoirs sur l'émule, les sabres nus, tout furaans et couverts des ordures qu'ils recevaient en coupant les intestins? Ils étaient gorgés de sang, ivres de vin, vomissant et menaçant ; ils juraient la mort sur le bonnet rouge dont ils étaient affublés , ils demandaient Roland , ils criaient qu'ils voulaient Roland : leur prétexte était de lui demander des armes ; ce qui était d'autant plus ridicule, que lui Roland , ministre de l'intérieur, n'en avait pas à sa dispo-
sition. Roland se sauva par une issue secrète. Tts prîr^t en otage un citoyen de sa maison , noromë Gharetier, et exigèrent qu'il les conduisit où était Roland. Cet homme généreair se dévoua pour Roland; il sortit au milieu d'eux et les promena pendant neuf heures. Le digne corte'ge parcourut les rues; Cbareticr leur fit faire des pauses dans les cabarets; et, a force de brocs de vin des deux cor,leurs^ il s'en débarrassa. Les uns restèrent dormant dans les cabarets, les autres tombèrent aux coins des rues et des bornes; ceux-ci vomissaient, ceuxlà ne pouvaient plus marcher; et a la faveur des ombres de la nuit, Charetier s'enfuit. La troupe meurtrière se sépara , et Roland leur échappa ainsi que 1 otage qu'ils avaient pris.
Ces faits essentiels n*ont pas été transmis par tous ceux qui pnt écrit sur le massacre ; tout noirs et atroces qu^ils sont, ]e les ferai connaître, en bravant le crédit et la toute-puissance des complices de la conjuration d Orléans. 11 en est encore u» que je ne puis omettre; c'est qu'à celte épocjue Sanlèrre, complice de la faction d'Orléans, Sanlerr<?, participant au complot homicide , Santerre, beau-frère du traître et meurtrier Panîs, le directeur de toutes les opét'atiorts des massacrés , ne pouvait rjfifn ignorer; et sans doute, s'il n'eût pas été complice, il aurait déployé là force de la garde nationale qu'il commandait. Les bons citoyens n'attendaient que Tautorisation pour marcher comme
CHAPJTKB TU. fyj
force armée; rolis Santerre n arréla point ces hor^ reurs, il choisit au contraire ceiuc par la piésenee desquels il vonlait tromper le peuple^ et il favo^ ri8a des atrocités que jamais pays n'a vu comtmettre ^ que les Tartares et les »Sauvages euïiHndéaies se reprocheraient w II seconda des abominations qui surpassent la fureur des bétes féroces» Toute réflexion deviendrait inutile^ chaque fait produit à la lecture frisson , etfroi et saisissement I Hoipmes sensibles , en quelques lieux que vous me lisiez ^ je vous devais ces détails que l'inexactitude , la honte ^ la crainte ou le défaut de connaissance^ TOUS ont ravis. Je vais vous faire passer (je ces réflexions douloureuses à de nouveaux détails, non moins curieux^ sur la suile et tes efiels de cee massacres. «
Pourquoi encore les diflerens écrivains ont «ils gardé le silence sur les vols et les pillages^ qui ont suivi ces massacres? Pourquoi le faux F..*........ y
qui était M , rédacteur de l'ouvrage, Vé^
ritéy etc., n'a-t-il pas voulu parler de ces vols et de ces pillages? Pourquoi a*t-il omis les faits esseiitiels? c'est qu'il était complice, et je vais le prou*ver.
M ..., expert dans la déliyrance des faux
passe-ports, en vendait à cette époque, et en a procuré même depuis : ce fait a été déqoncé par Rieher Serisj, ce qui résulte de déclarations adressées au comité de sûreté générale. C'est le n^m^ Ri^
cher Serisy, auteur de 1 écrit intitulé V Accusateur
public^ qui avait fait connaître qq^ M et
un nommé Beson lui avaient vendu deux faux passe-ports^ qu'il avait payés douze cents livres que la femme Fontenelle avait remises; qu'il y avait eu différend entre eux parce que ce passe-port vendu
par M , portait en tête ces mots : La loi et le
roi^ sorte de passe-ports usités en septembre 1792
lorsque M était conunis à la police et les
avait à sa disposition; la querelle s'engagea sur ce que les passe-ports que M vendait coûtaient quatre cents livres. Si Richer Serisy niait cet aveu y il en serait convaincu par les pièces matérielles remises au comité de sûreté générale |^ar deux agens différens du comité , et sur les lettres desquelles sont les apostilles de deux membres du comité. Ces pièces seraient • elles détournées^ les agens du comité qui ont remis ces |>ièces existent encore y et j'aurai d'ailleurs occasion de présenter Richer dans la faction de l'étranger. Le fait des faux passe-ports délivrés par M y n'est indiqué que pour prouver à ce dernier que sa conduite est connue.
M........ 9 délivrant de faux passe - ports ^ joua
dans les horreurs de septembre un rôle particulier en fait de pillage. Les complices se distribuèrent les rôles et préparèrent les opérations. Quelquesuns répandirent le bruit que Ton allait faire des arrestations de prêtres y de nobles et d'aristocrates