CHAPITRE XIV. l6l
cas de la knise en jugement de Santerre. Je ne pou^ vais^ ni ne devais m'intéresser à sa mise en juge-* ment, encore moins la soUiciler. Fouquier alors voulut faire l'éloge de Santerre. Les murmures du public l'en empêchèrent.. 11 dit : Santerre a été mis en liberté ; oui, répondis-je, après le 9 thermidor, par la faction thermidorienne. Un juré me demanda ce que j entendais par le mot de faction thermi-* doriennei je lui répliquai : Je connais une loi qui autorise les jurés à faire expliquer les témoins sur les faits; mais je n'en connais pas qui leur donne le droit d'obliger les témoins à expliquer leur opi-^ nion politique; en tout cas, la police de l'audience n'appartient pas aux jurés, mais au président. Alors le président dit : Je fais observer au témoin qu'il n'y a plus de faction , nous sommes au retour de la jus-* tice; le règne des égorgeurs est passé. Je répondis au président : Je suis la victime des égorgeurs, et je n'ai pas entendu parler d'eux : je vais expliquer ce que j'entends par faction thermidorienne. J'entends de grands coupables qui ont cru se sauver, le 9 thermidor, en couvrant leur crime , et qui, dans tous les cas , persécutent les patriotes ,. et protègent les ennemis de la liberté. Le président me demanda : Où est donc. cette faction? Je lui répondis : Elle est partout où se trouvent les coupables dont je parle. Je continuai ma déposition, et je rendis compte que Fouquier et Héron se félicitaient sur les travaux de la guillotine , et les produits qui en résultaient.
l62 MEMOIRES DE SEMART.
Telle fut la première partie de ma déposition que le rédacteur du Papier- Journal sur le procès de Fouquier^ avait mal rendue, et que jai intérêt de mettre au jour avec exactitude.
La seconde partie de ma déposition portait que j'allai au tribunal révolutionnaire remettre des pièces, par ordre du comité de sûreté générale; que j'en voulais un reçu; que Fouquier dit qu'il n'avait pas l'usage de prendre tant de précautions ; qu'il n'en fallait pas; que j'étais un formaliste. Le journaliste a omis cet article.
La troisième partie de ma déposition fut que je lui dis un jour ^ au nom du comité de sûreté générale, de ne pas poursuivre l'affaire des citoyens de Boui^ueil ( ce qui e&t bien différent du mot Mareidl que le journaliste avait mis ), et qu'alors Fouquier me répondit : Ils sùnèrickes^ ilsypas^ Seront f qu'il ajouta : Ils awzient de T argent lorsqu'ils sont entrés à la conciergerie ; que je lui renM>ntrai qu'ils étaient des cultivateurs, innocens de l'inculpation qu'on leur faisait; que les secours qu'il» avaient pu réunir, en se précautionnanl , n'étaient pas une richesse; qu'enfin Fouquier me promit de surseoir; que cependant le lendemain il avait commencé à dresser l'acte d'accusation ; qu'un député me dit que Fouquier allait suivre l'affaire; que yen fis à Fouquier de vifs reproches auxquels il objecta qu'il n'avait point donné d'écrit pour ne pas poursuivre, que sa parole ne suffisait pas; qu'il fallait