Revendication de la priorité de la découverte des vaccins du choléra asiatique [electronic resource]
Vu r impression de nouveauté produite an sein de cette illustre Académie par les travaux du Dr. Gamale'îa concernant la prophylaxie du choléra asiatique, travaux qid, à F exception dît fait relatif à V exaltation de la viridence du hacillus-virgide dans le pigeon, sont les mêmes, quant au fond, que ceux que feus V honneur de présenter à cette corporation en 1885 et 1886,
fai cru convenable de renouveler V envoi de mes notes, afin qu'un oubli involontaire ne puisse donner lieu à ce que mes droits de priorité à la découverte des vaccins du choléra asiatique soiént frustrés.
Je viens, en conséquence, prier de nouveau très-instamment V Académie de voidoir bien prendre en considération mes notes antérieures dont je lui adresse ci-joint une copie, et de les étudier comparativement avec les travaux dti savant prof esseur russe.
Veidlles agréer. Monsieur le Président, l'assurance de mon profond respect.
J. Ferrân
Barcelone le 8 Octobre i888
Pathologie expérimentale sur l'action pathogène et prophylactique du bacillus-virgule
Note du Dr. Jaime Ferràn
ToRTOSA, LE 31 Mars, i88s
Lorsqu'on injecte dans le tissu cellulaire sous-cutané d'un petit cochon d'Inde une culture de bacillus-virgule dont la semence provient de colonies qui ont évolutionné sur des plaques (ces colonies étant engendrées par des germes procédant directement des excréments d'un cholérique), il se produit deux ordres de faits, les uns locaux et de nature phlegmasique, les autres généraux qui accusent une profonde hyposthénie.
On obtient le maximun de virulence en semant une goutte de magma blanc opaque, procédant d'une ou de plusieurs colonies, dans du bouillon très-nutritif et légèrement alcalin; l'incubation faite dans l'étuve à 37° ne devant durer que juste le temps nécessaire pour que le bouillon devienne trouble. Si la semence que l'on a employée est très-virulente, on obtient une culture qui peut tuer un cobaye, à la dose de deux à quatre centimètres cubes. Si la semence n'est pas assez virulente, ce résultat ne s'obtient que par l'emploi de plus fortes doses, La phlegmasie locale est caractérisée par un infarctus chaud et douloureux qui peut tomber sous forme d'escarre couenneuse; la plaie qui en résulte giierit spontanément et sans jamais
donner lieu à la formation de pus ni à des symptômes de putridité.
Les symptômes généraux qui apparaissent, sont une rapide hypothermie avec abaissement de la température physiologique qui est de 40° dans le rectum; l'on s'en rend compte en y introduisant, à quatre centimètres, le réservoir du thermomètre. Lorsque ces symptômes sont plus rapides et plus violents, il est facile de remarquer que la phlegmasie locale n'a pas d'importance.
Si l'on prend une goutte de sang d'un animal injecté encore vivant, et qu'on la sème dans une petite quantité de bouillon, on obtient, au bout de 24 à 48 heures d'incubation à-|-37°, une culture pure de spirilles, avec laquelle on pourrait reproduire la même maladie en séries indéfinies.
L'examen microscopique de la sérosité qui flue des incisions faites à la partie qui a reçu l'injection, offre les particularités suivantes:
Microglobulie extraordinaire au point de faire naître des doutes sur la nature de l'objet que l'on examine, tant il diffère des hématies ordinaires. Beaucoup de ces globules sont hérissés de pointes aiguës et se meuvent réellement; mais leur mouvement est dû au choc des microbes contre ces pointes.
2" Spirilles et virgules presque invisibles à cause de la vitesse de leurs mouvements.
3° Cellules sphériques, pleines de granulations; quelquesunes d'entre-elles ont une petite sphérule que ses dimensions rendent plus visible et qui semble être une de ces hématies dégénérée,
4° Éléments lenticulaires de surfaces et contours unis; ces éléments varient dans leurs dimensions entre 5 et 20'""'-; leur aspect ne permet pas de les confondre avec les autres éléments déjà décrits. Comme cette humeur est relativement dépourvue d'hématies et que la couleur rouge y prédomine notablement, on paraît fondé à croire que cette couleur provient de la dissolution de l'hémoglobine.
Les cultures en série dans la gélatine conservent assez bien leur virulence; elles s'atténuent au contraire dans le bouillon, au bout d'un certain temps.
Il est difficile, avec des cultures atténuées, d'obtenir les résultats dont je viens de m'occuper, à moins d'employer des doses considérables.
Les bouGfies neuves à filtres Chamberland, soumises à la pression d'une atmosphère, donnent passage aux germes. Pour s'en convaincre, il suffit de semer r 5 ou 20 gouttes de liquide de culture dans une petite quantité de bouillon. Si l'on emploie les dites bougies déjà usées, la filtration résulte parfaite; et si Ton injecte à un cobaye une dose de 12"- de culture ainsi filtrée, il ne se produit chez lui qu'un léger malaise qui disparaît bientôt.
Si l'on prend un lot de cobayes et qu'on leur injecte la moitié de la dose qui suffirait pour les tuer, cette injection produit chez eux l'immunité et les rend capables de résister aux doses qui auparavant les auraient tués infailliblement. C'est un résultat qu'il est facile de contrôler d'une manière qui ne permet aucun doute; il suffit pour cela de prendre deux lots de cobayes de même âge, dont l'un ait été d'avance doté d'immunité au moyen des injections. Si l'on injecte des doses mortelles aux individus des deux lots, il arrivera que ceux qui ont été cholérisés précédemment résisteront, tandis que les autres succomberont ou tout au moins deviendront gravement malades.
Effets du microbe chez l'homme. — L'injection, dans larégion du triceps brachial, de huit gouttes d'une culture virulente trèsrécente, donne lieu à un infarctus douloureux et chaud qui empêche tous mouvements du bras; cet état n'a d'autre conséquence qu' une fièvre localisée qui bientôt disparaît spontanément: trois heures après l'injection, l'évolution de cette phlegmasie commence et continue pendant 24 heures environ, après quoi tout malaise disparaît presque complètement sans qu'il se produise ni phlegmons ni escarres.
Lorsqu'on injecte un demi centimètre cube à chaque bras, les symptômes locaux s'accentuent et il en apparaît d'autres géné-
raux. Si l'on a égard aux caractères plus saillants observés clans chaque individu, on arrive à former un tableau général dont la ressemblance avec le vrai chôléra n'est pas discutable: perfrigération de marbre, e'tat lipothymique, lassitude générale, crampes, vomissements, tête lourde, sueurs froides et visqueuses, évacuations plus fréquentes que de coûtume, sans arriver toutefois à la vraie diarrhée du choléra.
Tous ces symptômes d'hyposthénie sont suivis d'une hyperthermie générale qui monte jusqu'à 2°, 5 au dessus de la température normale. Ce qu'on remarque plus fréquemment dans ce cas, ce sont des frissons plus ou moins accentués, lassitude générale, tête lourde, tendance à vomir et fièvre. Tout ce syndrome dont l'aspect est imposant, cesse après 24 ou 36 heures, sans qu'il soit besoin de recourir à la thérapeutique. Ces symptômes sont parfois plus accentués; le sang, pris alors dans n'importe quelle partie du corps, a les mêmes caractères que celui procédant de cobayes soumis à l'expérience dont nous avons déjà parlé, moins la présence des bacilles en quantité appréciable, La microglobulic se manifeste aussi quoique à un degré plus faible. On remarque également des cellules lymphatiques et des corps discoïdes de grandeurs diverses.
Si, après six ou huit jours à compter de l'injection d'un demi centimètre cube à chaque bras, on injecte au même sujet une autre quantité égale de liquide doué du même degré de virulence, il ne se produit pas de symptômes généraux de perfrigération, et c'est à peine si l'on remarque les symptômes locaux beaucoup moins accentués d'ailleurs.
De tous ces faits si clairement définis et si faciles à reproduire, l'on peut déduire, avec preuves à l'appui, les conclusions .suivantes;
1° La possibilité de la cholérisation chez l'homme comme chez les cochons d'Inde par voie hypodermique.
2" Que la prophylaxie de la cholérisation s'obtient au moyen d'injections graduées quant à la virulence et quant aux doses.
Je me tiens à la disposition de l'Académie pour reproduire sous ses yeux les expériences que je viens de décrire.
Ce travail ayant les conditions requises aux effets du prix Bréant, je prie l'Académie de vouloir bien me compter au nombre de ceux y aspirant.
Ampliation à la note envoyée le 31 Mars à l'Académie des sciences, sur l'action pathogène et prophylactique du bacillus-virgule
Madrid, i.e ii Juillet i88=i
Lorsque j'eus l'honneur d'adresser ma dernière note à cette savante Académie, je crus m'être exprimé assez clairement au sujet de la vaccine expérimentale du choléra, et que, partant, cette question pouvait dès lors être abordée par tous les panspermistes qui voudraient l'appliquer à la prophylaxie du choléra asiatique. Mais, puisque Ton m'attribue des réserves scientifiques auxquelles je n'ai même pas songé, je me propose de démontrer, dans cette ampliation à ma note, l'inexactitude de pareilles suppositions, me bornant à signaler seulement les points de ma note antérieure qui montreront au grand jour les obscurités visées par ceux qui parlent de mes prétendus secrets.
Qu'on lise le second paragraphe de la susdite note dans lequel j'expose la manière d'obtenir la culture virulente; que l'on voie ensuite comment dans un autre passage (dans les premier et second paragraphes de la partie qui a trait aux effets produits chez l'homme), je dis que celui-ci supporte un centimètre cube de culture virulente.
De la seconde conclusion il ressort, sans qu'il soit besoin de faire un grand effort pour le comprendre, et avec toute la clarté possible, que la prophylaxie peut s'obtenir au moyen de doses graduées, sans atténuation d'aucune espèce.
Il n'existe donc pas de secret. Après que j'ai affirmé qu'une culture ayant le maximum de virulence est bien tolérée par l'homme et que les doses graduées de la même culture produisent des effets prophylactiques, il n'est pas possible de désirer une révélation plus complète du prétendu secret.
Je m'offris d'ailleurs à faire personnellement devant cette savante Académie, au cas où elle le désirerait, une démonstration expérimentale des faits consignés dans ma note.