‹ Rêveries et réflexions d'un voyageurChapitre 4 sur 8 · S REVERIES · texte numérisé non relu

S REVERIES

Tel est le pouvoir de l'avarice, qu'elle devient le sépulcre des autres passions et des meilleurs sentiments. L'avare vit pauvrement pour mourir riche. Il se fait le geôlier de sa maison et le guichetier de sa cassette. Pour amasser et pour garder son or, il se condamne à une servitude plus dure que celle de l'esclave qui extrait cet or du fond des mines. Et ceux à qui il laisse cette fortune faite avec tant de peines, agrandie par tant de privations, conservée avec tant d'angoisses, ne lui donnent aucun regret et souvent se raillent de sa folie.

Ou'elle est belle, la prière que le Christ enseignait à ses apôtres : Pancin nostnon quotidianum da nobis hodic! Le pain quotidien ! Que peut-il demander de plus, l'être faible et fragile qui n'est pas sur du lendemain?

Telle est la profondeur des facultés d'affection iuqdautées dans l'âme de l'homme , que ceux-là même qui, après quelques mortelles déceptions, se détachent de tout lien et se vantent de ne plus rien aimer, aiment encore quelque chose. Le misanthrope ain^.e son chien ou son oiseau. Sa pensée est terriblement déchue, son cœur s'est douloureusement resserré; mais son élément d'affection subsiste.

Heureux ceux qui ont gardé dans toute sa plénitude

cette puissmicp de svmpalliif fjue mous devons considérer comme un des meilleurs dons de la grâce céleste ! Heureux ceux (|ui peuvent aimer à cœur ouvert, qui ont un sentiment de pitié pour toutes les souffrances et d'admiration pour toutes les vertus ! C'est l'échelle de Jacob, l'échelle des anges, par laquelle nous remontons de charité en charité, de tendresse en tendresse jusqu'au troue céleste.

Dans cette délicieuse dilatation de l'espril et du cœur nous aimons aussi, en dehors de ce qui fait notre véritable amour, tout ce qui vibre, tout ce qui rayonne, palpite et végète autour de nous : le sol que nous cultivons, les arbres qui nous ombragent, les oiseaux qui nous égayent, les fleurs qui nous inondent de leurs parfums, tout, jusqu'à la plante grimpante qui se cramponne à nos murailles, jusqu'à l'innocent insecte qui, fatigué de son vol, vient îivec confiance se poser sur notre main. >'ous nous associons ainsi à la vie de la nature, et il nous semble que la nature s'associe à nous par la variété de ses saisons et de ses phénomènes, par ses jours de splendeur et ses jours de deuil. Nous multiplions ainsi nos émotions, et ces émotions, quand elles sont passées, nous laissent le souvenir. Le chêne, à mesure qu'il s'élève dans les airs, enfonce ses racines dans le sol. La racine de l'homme est le souvenir.

De là celte magie de la ferre natale qui poursuit en tout lieu l'exilé, qui faisait gémir la harpe des Israélites au bofd des fleuves de Babylone, qui fait pleurer les Suisses au son des chants de leurs montagnes.

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Il n'est si pauvre homme ({ui ne tienne au sol où il est né, au foyer où il s'asseyait, enfant, sur les genoux de son aïeul, au petit jardin qu'il a vu cultiver par sa mère, au cimelière où sont ensevelis ceux qu'il a aimés.

Ce sont des esprits tourmentés qui ont sans cessa besoin de nouvelles émotions. La nature pourtant, par SCS constantes harmonies, par le changement périodique des saisons, donne à l'homme l'exemjjle de la régularité, et lui prescrit en quelque sorte une idée d'ordre et d'habitude. Les consciences honnêtes et paisibles se complaisent dans l'emploi régulier de la vie. A chaque jour sa tâche; à chaque jour aussi son repos. Ceux qui l'ont épi'ouvé peuvent dire qu'il y a une douce quiétude, un charme particulier dans l'uniformité même de l'habitude. On demandait un jour à un philosophe qui avait occupé de hautes fonctions :

« Qu'est-ce que le bonheur ?

— Le bonheur, répondit-il, c'est de faire le lendemain ce qu'on a fait la veille, à la même heure et de la même façon. ;)

ET lii:ri.E\IONS

Sur les arbres frappés par la foudre naissenl |)arfois (les rejetons qui leur fout uue nouvelle couronne et les décorent d'une nouvelle verdure. Dans le cœur comprimé et ulcéré par le sort naissent aussi des espérances qui lui donnent un nouvel essor.

La vie morale de l'homme commence, plus tôt qu'on ne pense, par des réflexions tacites et des élans inaperçus. On ne remarque pas le germe fugitif que le vent emporte au loin ; on ne remarque pas le rapide incident qui laisse une impression dans l'esprit d'un enfant. Ce germe produit un arbre; cette impression produit une passion.

Il est des terres légères où une forte plante ne peut fixer sa racine : il est des caractères qui n'offrent pas

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plus (le consistance aux généreux sentiments : une circonstance y fait nailre un germe d'alïection. une autre circonstance l'en détache.

Dans le désert, les urnes, suspendues aux feuilles des "népenthes, s'emplissent d'une eau limpide qui désaltère l'oiseau et le vovageur. Dans l'aridité de la vie du monde, la vraie bonté ne s'offre-t-elle pas ainsi, comme une rosée céleste, à tous ceux qu'elle peut soulager!

(( Dans la vraie bonté, dit Shakespeare, il n'y a point d'hiver, mais un automne fécond. Plus on y récolte de fruits, plus il eu mûrit. )t

Parmi les Hébreux, parmi les nations de l'antiquité, parmi les Celtes et les races indo-germaniques, la femme apparaît souvent avec une autorité de prophélesse. Le cœur de la femme, plus tendre que celui de l'homme, a de mystérieuses intuitions qui parfois deviennent en réalité des prophéties.

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